UN ADVERSAIRE DE DIDEROT ET DES PHILOSOPHES : LE P. BERTHIER
Dans son livre très impartial et très vivant sur Les Encyclopédistes1, M. Louis Ducros, faisant le récit des divers assauts que les philosophes eurent à soutenir au cours de leur longue et rude bataille, passe rapidement en revue les ennemis de la « séquelle encyclopédique » et caractérise les phases de la lutte. Il nous montre l'hostilité de la cour, du clergé, du Parlement. Il nous présente tour à tour des courtisans comme le duc de La Vrillière, grand pourchasseur de productions impies ; — des prélats comme Boyer, évêque de Mirepoix, Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, de Pompignan, évêque du Puy, Lévis de Caylus, évêque d'Auxerre; — des magistrats comme Orner Joly de Fleury ou Séguier; — et des francs-tireurs, clercs ou laïques, parmi lesquels se distinguent Chaumeix, « généralissime de l'armée anti-encyclopédique », le P. Gauchat, le P. Barruel, le P. Bonhomme, le P. de Neuville, le P. Chapelain, l'abbé Yvon, l'abbé Guénée, Bergier, Nonnotte, Pluquet, Hayer, et le Moreau des Cacouacs, et Clément « l'inclément », et le Palissot des Philosophes, et le Fréron de L'Année littéraire. . .
La liste est forcément incomplète. M. Ducros, qui le sait mieux que personne, s'en excuse en ces termes : « Ce qui nous dispense de faire connaître au lecteur, même sommairement, le reste des ennemis de l' Encyclopédie, c'est que ce reste ne vaut vraiment pas l'honneur d'être étudié ; c'est que de tels écrits, qui répètent les mêmes arguments et parfois les mêmes sottises, ne comptent pas dans l'histoire des idées et qu'enfin, aux encyclopédistes qui prennent la peine de les combattre, on a toujours envie de répéter ce que Mme du DefTand disait à Voltaire : « Oh ! qu'il vous serait aisé de mépriser vos adversaires ! personne ne les écoute2 ».
De tous ces écrivains, aujourd'hui un peu oubliés, il en est un cependant qui, bien avant Moreau, bien avant Chaumeix, bien avant