‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 131 sur 276 · Essai historique sur les Mémoires de Trévoux, p · texte numérisé non relu

Essai historique sur les Mémoires de Trévoux, p

Trévoux (1745), les circonstances sont particulièrement difficiles. Les philosophes, de plus en plus audacieux, sont à la veille de frapper leurs grands coups. En 1745, Le Breton et les libraires associés obtiennent un privilège pour l'ouvrage qui deviendra Y Encyclopédie; Diderot traduit YEssai sur le mérite et la vertu et se prépare à bâcler les Pensées philosophiques. 1748 verra paraître L'Esprit des Lois de Montesquieu et Les Mœurs de Toussaint. Voltaire, quoique membre de l'Académie française depuis le 25 avril 1746, n'en demeure pas moins l'auteur des Lettres philosophiques et de quelques autres ouvrages « détestables ». BufTon se dispose à lancer les premiers volumes de son Histoire naturelle qui vont scandaliser le parti dévot. Rousseau est prêt à déclarer la guerre à la civilisation...

Il fallait, à la tête du Journal de Trévoux, un homme jeune, actif, érudit, d'esprit vif et alerte, très vigilant, capable de supporter les coups de ses adversaires et même de les leur rendre à l'occasion. Le P. Berthier, alors âgé de quarante ans, a été l'homme de cette lourde tâche : pendant dix-sept ans, il a mené la lutte avec ténacité, souvent avec esprit, toujours avec courtoisie, signalant tous les ouvrages dangereux, prenant part à toutes les batailles, aux simples escarmouches comme aux batailles rangées, donnant à son journal, malgré la multiplicité des collaborateurs, l'unité d'action nécessaire, devenant « le centre unique de l'admiration ou de l'estime des uns, et de la haine ou des colères des autres ' ».

Il va de soi que, pour soutenir un si rude labeur, le P. Berthier a eu des associés : les PP. d'Orival, Routh, Benoît, Plesse, Mat, Fleuriau, d'autres encore, demeurés inconnus, « ainsi qu'il sied à ce corps obéissant et dévoué à son seul esprit », qui « n'a porté à la renommée le nom singulier d'aucun membre ' ». Mais, malgré le talent de ces écrivains, malgré l'anonymat de la plupart des articles, aucun lecteur n'ignorait que le P. Berthier était véritablement l'âme de l'entreprise et la notoriété du « journaliste de Trévoux », surtout après ses premiers démêlés avec les philosophes, fut très grande en France et à l'étranger 3.

Nous ne pouvons, dans le cadre étroit de cet article, raconter par le menu toutes les luttes ardemment conduites par le P. Berthier pendant les dix-sept années de sa direction. C'est un sujet que nous espérons reprendre ailleurs. Nous voudrions seulement ici caractériser sa manière par un simple exemple : celui de sa polémique avec Diderot lors de l'apparition de Y Encyclopédie.

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