‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 132 sur 276 · Sainte-Beuve, Portraits contemporains, II, p · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Portraits contemporains, II, p

3. Dans les 500 catalogues de bibliothèques dépouillés par D. Mornet, le journal de Desfontaines paraît 101 fois, celui de Fréron 84 fois, et le Journal de Trévoux 50 fois, ce qui est encore une proportion fort honorable (cf. Revue d'Hist. littér., 1910, p. 479).

Dès le début de sa carrière de directeur, le P. Berthier, par un avis inséré en janvier 1746, avait fait connaître que les Mémoires de Trévoux n'ont point coutume « d'user de représailles contre les satyriques de profession ». Et il ajoutait : « Nos Mémoires reconnaissent toujours plus volontiers les perfections d'un livre que ses défauts. Cela ne doit pas en exclure une critique saine, modérée, honnête et instructive. S'il arrive qu'on se croye maltraité par quelqu'un de ces jugements littéraires, on sera toujours reçu à produire ses raisons dans une courte apologie, qui pourra trouver sa place dans un journal suivant ». Autrement dit, le P. Berthier admet parfaitement le droit de réponse et l'on peut constater, en feuilletant son journal, que cet esprit de modération et d'impartialité est sincère. « Nous regardons nos Mémoires plutôt comme un lieu d'entrevue et un terme de réconciliation pour les auteurs, que comme un champ de bataille. C'est une sorte de congrès littéraire où les intérêts se traitent à l'amiable, où ceux qui tiennent la plume se renferment dans la qualité de médiateurs ' ».

Le P. Berthier a plusieurs fois affirmé son désir de travailler en silence, de ne rien épargner pour tenir son public au courant des grands faits littéraires, scientifiques ou artistiques, mais d'éviter toute altercation et tout emploi du « style polémique ». Il réservait « les grands coups de la critique pour les ouvrages contraires à la religion et aux bonnes mœurs 2 ».

C'est ainsi, par exemple, que le compte rendu de la réception de Voltaire à l'Académie française (n° de juin 1746, p. 1339 et suiv.) est assez impartial ; mais lorsque Diderot adapte Shaftesbury, avec réflexions, ou bien publie ses dangereuses Pensées philosophiques, le journaliste de Trévoux a le devoir de protester et il ne s'en fait pas faute 3. Cependant il s'efforce de garder un ton conciliant et modéré, et même il accorde « de justes éloges » aux « nouveaux philosophes » lorsque la religion n'est pas directement en jeu.

Les choses se gâtèrent assez sérieusement à l'apparition de l'Encyclopédie.

L'esprit anticatholique de l'ouvrage et la concurrence ruineuse dont cette publication menaçait le Dictionnaire de Trévoux, cher aux Jésuites, expliquent suffisamment l'énergique intervention du P. Berthier. Celui-ci sut voir les points faibles de la machine encyclopédique ; merveilleusement secondé par ses collaborateurs qui faisaient pour lui tous les dépouillements nécessaires, il mit impitoyablement en lumière les plagiats, les larcins, les répétitions, les contradictions, les bévues qui devaient immanquablement se rencontrer dans un

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