‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 134 sur 276 · Nouvelles Littéraires, II · texte numérisé non relu

Nouvelles Littéraires, II

Le numéro de mars du Journal de Trévoux (p. 708 à 737) contient un « parallèle » très étudié de la « Branche philosophique du système de l'Encyclopédie avec la partie philosophique du livre De la Dignité et de V Accroissement des Sciences, ouvrage du chancelier Bacon ». Selon Berthier, « l'illustre chancelier s'élève ici comme une aigle, et... personne ne peut le suivre qu'en adoptant toutes ses vues et tout son ouvrage. »

Le numéro d'avril (p. 841-863) rend compte de la Lettre sur les sourds et nwels, qui vient de paraître en février sans nom d'auteur : mais, quoi qu'en dise le journaliste de Trévoux, l'auteur ne lui est pas « totalement inconnu » ; et Diderot, fidèle lecteur du P. Berthier, s'émeut de quelques légères critiques adressées à son livre, les discute dans un petit volume d'Additions, et s'attire dans le numéro de juillet (p. 1677-1607) une nouvelle réplique où son contradicteur rélève contre lui autre chose que des « bagatelles ».

On peut dire que, pendant cette année 1751, Diderot et le P. Berthier ont apporté tout leur soin à veiller très exactement l'un sur l'autre et à ne rien se pardonner.

La place me fait défaut pour analyser en détail les six articles donnés par le P. Berthier sur le premier volume de Y Encyclopédie. Mais il suffit de les avoir feuilletés pour être frappé de leur importance : du premier jusqu'au dernier de ces longs et minutieux articles, le journaliste marque sa ferme intention de signaler sans indulgence toutes les faiblesses de l'ouvrage, et, surtout dans l'article de mars 1752, de protester contre tous les endroits où la Religion n'est point respectée. Rappelons simplement, pour mieux comprendre l'inquiétude inspirée à Diderot par cette critique âpre et entêtée, que la publication des articles du P. Berthier coïncide avec les premières mesures prises par le pouvoir contre les Encyclopédistes : le tome I du nouveau Dictionnaire paraît le 28 juin 17511 ; l'abbé de Prades, qui a soutenu sa thèse en Sorbonne le 18 novembre, est condamné par la même Sorbonne le 30 décembre ; le mandement de l'archevêque de Paris contre Y Encyclopédie et les philosophes est du 31 janvier 1752, postérieur de quelques jours seulement à la publication du tome II 2 ; le 7 février, le Conseil d'Etat rend son arrêt portant suppression des deux premiers volumes; le 11 février, le Parlement décrète de prise de corps l'abbé de Prades, qui réussit à s'enfuir. Et le dernier article du Journcd de Trévoux relatif au tome I est publié dans le numéro de mars, mais, s'il faut en croire son rédacteur, « était composé plus d'un mois avant l'arrêt du Conseil d'Etat, qui ordonne que les deux

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