‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 135 sur 276 · Raynal, Nouvelles Littéraires, II · texte numérisé non relu

Raynal, Nouvelles Littéraires, II

2. Barbier (Journal historique, III, 337) dit que le tome II de L'Encyclopédie « a été délivré le 22 ou le 23 de ce mois » (de janvier 1752). « On publie, depuis très peu de jours, le second tome de l'Encyclopédie », dit le Journal de Trévoux, février 1752, p. 378.

premiers volumes de Y Encyclopédie seront et demeureront supprimés. »

En réfléchissant à ces dates, on comprend que Diderot ait été ému par les critiques du Journal de Trévoux; et l'on s'explique sa démarche auprès du P. Castel pour essayer d'amadouer le terrible P. Berthier : « Au nom de Dieu, mon révérend Père, à quoi pense le P. Berthier de persécuter un honnête homme qui n'a d'ennemis dans la société que ceux qu'il s'est faits par son attachement pour la Compagnie de Jésus...? » Cet « honnête homme », si attaché à la Compagnie de Jésus, c'est Diderot lui-même, qui n'a pas hésité, insinue-t-il, à repousser les avances et l'argent des jansénistes1.

Il faut croire que le P. Castel ne dépensa pas beaucoup d'éloquence à convaincre le P. Berthier : car le journaliste et ses collaborateurs, bien décidés à avoir le dernier mot, examinèrent le premier volume article par article 2, et, au total, ne lui consacrèrent pas moins de 229 pages, d'octobre 1751 à mars 1752.

Contentons-nous d'indiquer ici les principales critiques formulées par le P. Berthier :

1° Le Discours préliminaire de Y Encyclopédie « ne manque ni de feu, ni d'élégance, ni d'aménité », mais en attribuant l'origine de nos idées à l'impression que les objets font sur nos sens, l'auteur « place nos connaissances sur le bien et le mal moral et sur la loi naturelle avant celles de l'existence de Dieu et de nos devoirs envers lui... Ceci ne paraît pas incontestable 3. »

2° « Notre seconde observation est que, comme, dans Y Encyclopédie, on se sert souvent du Dictionnaire de Trévoux et du Dictionnaire du Commerce (de Savary), il serait à propos de citer ces sources, de mettre même des guillemets, comme on fait à l'égard de quelques autres livres dont on emprunte des morceaux *. » Et le P. Berthier revient, dans chaque numéro de son journal, sur cette question des plagiats : il donne, avec références, la liste, sans cesse croissante, des passages volés, copiés mot pour mot ou « fortement imités ». Il signale les nombreux articles pris, non seulement dans le Trévoux ou le Moréri, mais dans le Dictionnaire de Mythologie publié par l'abbé de Claustre en 1745 5, dans le Dictionnaire de Médecine de James (auquel on emprunte

1. Œuvres de Diderot, t. XIX, p. 425 (lettre sans date [1751] au P. Castel).

2. Barbier signale les Jésuites parmi les ennemis les plus acharnés de YEncyclopédie : « Le père jésuite qui fait le Journal de Trévoux a un peu drapé et critiqué les éditeurs au sujet du Discours préliminaire et de certains endroits

du premier tome » (III, 354). Et, après l'arrêt du 7 février 1752 : « Tout

cet orage contre ce beau Dictionnaire est venu par le canal des Jésuites et par l'ordre de M. de Mirepoix, qui a un grand crédit ecclésiastique sur l'esprit

du roi » Le plus grand péché de cet ouvrage est « quelque trait piquant contre

les Jésuites et contre la moinaille » (III, 344).

Page 1