‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 137 sur 276 · Janvier 1752, p · texte numérisé non relu

Janvier 1752, p

2. Et encore ! Le Dictionnaire du Commerce de Savary « ne laisse pas de présenter aussi quelques articles dans le même genre. » (Février 1752, p. 321).

de la place pour descendre jusqu'à des « détails de cuisine et d'office » sur les compotes et les marmelades d'abricots, sur « l'art de faire de l'eau d'angélique » et des « asperges en petits pois », sur « la façon de mettre les artichauts à la poivrade et de les frire », ou bien pour nous avertir qu' « abreuver un cheval, c'est le faire boire » et que a accommoder une tête, cest en peigner la frisure, arranger les boucles, y mettre de la pommade et de la poudre1 ... »

5° Enfin, et surtout, le P. Berthier dénonce les tendances antireligieuses de l'ouvrage et notamment de quelques articles (Aius Locutius, Amour des Lettres, Aristotélisme, Athée, Autorité). Quand « l'auteur encyclopédiste » écrit (Amour des Sciences et des Lettres, p. 368) que « la plupart des hommes honorent les Lettres comme la Religion et la Vertu, c'est-à-dire comme une chose qu'ils ne peuvent ni connaître, ni pratiquer, ni aimer », le père Jésuite ne peut s'empêcher de protester : « Il ne nous appartient pas de qualifier des propositions de doctrine, mais nous ne serions nullement surpris que celle-ci fût notée et censurée comme très irréligieuse, sans compter la fausseté manifeste qu'elle renferme et l'indécence qu'elle présente aux yeux du lecteur2 ». L'article Autorité politique, dans la mesure où il paraît saper les fondements de la puissance royale, est longuement et minutieusement discuté : « Car, dit le P. Berthier, quelles conséquences ne pourrait-on pas tirer d'une doctrine qui met toute l'autorité essentielle entre les mains du peuple ; qui réduit celle des Rois à un pur dépôt ; qui fait dépendre la puissance du consentement des peuples, et l'usage de cette puissance des conditions passées entre le Souverain et les sujets3 ? »

Et le P. Berthier conclut par une déclaration très ferme, où il annonce son intention de veiller de fort près à ce que « la Religion » soit « respectée » dans le nouvel ouvrage. Il prie les auteurs « d'être infiniment circonspects sur un point de si grande importance », et il ne cache pas son dessein « d'exercer... une critique grave et soutenue contre tout ce qui donnerait atteinte aux vérités révélées et à la doctrine des mœurs ».

L'avertissement était net, plus net même que celui qu'apportait le Journal des Savants de septembre 1751, en un long article de 11 pages in-4°, signalant, lui aussi, l'impiété et les dangers de l'ouvrage.

Diderot et d'Alembert eurent, à plusieurs reprises, l'occasion de s'apercevoir — avant Voltaire — que « frère Berthier » n'était pas un

1. Voir tout ce passage fort amusant à la fin de l'article de décembre 1751. Le P. Berthier ajoute malicieusement qu'en matière de cuisine, il faudra so tenir au courant des recettes nouvelles et donner des Suppléments, « sans quoi, dans vingt ans d'ici, les lecteurs de cet ouvrage n'y trouveraient plus qu'une cuisine gothique. » (Ibid.)

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