‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 141 sur 276 · VOLTAIRE A-T-1L ÉCRIT EN ANGLAIS DEUX ESSAIS OU TROIS · texte numérisé non relu

VOLTAIRE A-T-1L ÉCRIT EN ANGLAIS DEUX ESSAIS OU TROIS

« En un mot nous avons des comédies en prose du célèbre Molière, que l'on a été obligé de mettre en vers après sa mort, et qui ne sont plus jouées que de cette manière. » Ce que le traducteur inconnu rend ainsi qu'il suit (p. 6) : « In a word, our poets hâve been forced to work up into verse, ail those Comédies which the celebrated Molière writ in prose ; and they are always represented thus alter'd on the stage. »

Toutes les comédies en prose de Molière mises en vers ! Voltaire n'avait jamais dit cela. ,

Mais voyons le second passage que nous n'avons pas craint de qualifier de phénoménal. Voltaire se demande pourquoi il reste défendu au poète français de mettre sur la scène un meurtre, un homicide quelconque, puisqu'il peut bien y mettre un suicide, comme dans Rodogune. Et il poursuit (Moland, II, 319) : « La scène est-elle moins ensanglantée par la mort d'Atalide, qui se poignarde pour son amant, qu'elle ne le serait par le meurtre de César...? » Et voici ce que lui fait dire le traducteur (p. 14) : « Is the stage less bloody when Atalida stabs herself for her lover, than when Cœsar murders himself? » N'est-ce pas ici le cas ou jamais de nous écrier : Traduttore, traditore?

Donc point de doute. Non seulement cette version anglaise du Discours sur la Tragédie n'est pas de Voltaire, mais on peut même se demander si elle a jamais passé sous ses yeux. Quand on se rappelle l'emportement parfois comique suscité chez lui par la bévue de Desfontaines, qui avait pris le mot anglais cakes comme représentant le géant Cacus, on peut se représenter sa fureur contre le traducteur ignare qui l'aurait fait passer aux yeux des Anglais comme s'imaginant que Jules César avait lui-même mis fin à ses jours par un suicide. Et cela, bien qu'il ne s'agisse pas de Marcus Brutus, dans la préface d'une tragédie ayant pour titre : Brutus !

Adolphe Cohn.

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