‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 151 sur 276 · Mon Bonnet de Nuit, IV, 33 : « La Rochette · texte numérisé non relu

Mon Bonnet de Nuit, IV, 33 : « La Rochette

on trouve aussi, mêlé à des éléments d'élégie lamartinienne, un curieux prélude au Génie du Christianisme :

... Silence inspirateur ! toi qui me saisis au milieu des forêts épaisses ou devant un grand horizon, c'est ici que tu m'as parlé. Oh ! si la fortune me sourit, c'est auprès des arceaux rompus de ce cloître abandonné que je bâtirai ma demeure ; je respecterai ces débris éloquents je conserverai ces chapiteaux rongés, ces figures d'archanges sans ailes, qui attestent de grandes époques de l'histoire moderne. C'est en voyant ces tombes, ces statues mutilées que je songe à la magnificence de Saint-Pierre de Rome, et que je me représente ce que ce beau monument pourra devenir un jour !

Fermier de cet endroit, n'abats point ce cloche1 qui penche, et qu'on voit de loin à travers les bois verdoyants ! Qu'il fait bien dans le tableau ! le cadre en est immense : ce clocher rappelle le catholicisme, le catholicisme banni : n'abats point ce clocher. . . .

Le jour que je regardais comme l'avant-dernier de ma vie, j'ai voulu revoir ce lieu pittoresque, et boire encore de l'eau de la fontaine ; j'ai salué l'amphithéfttre des Alpes avec un plaisir profond et mélancolique : j'ai dit adieu à l'église démolie, au cloître ruiné ; en descendant la montagne, je me suis retourné ; la lune éclairait le clocher, et je fus saisi de tristesse en le perdant, de vue ....

Anglais, qui sentez la nature ! ce lieu est digne de vous ; accourez, venez le conquérir avec un peu d'or. . . . '

Ce dernier trait est à relever et "date l'œuvre de Mercier. Vers 1780 l'influence littéraire de l'Angleterre est à son apogée. Mercier connaît bien les écrivains anglais et les estime fort : « Il y a cinquante ou soixante années, dit-il, que les Anglais nous ont devancés presque en tout genre, et nous sommes, à leur égard, en littérature, ce qu'au nôtre sont aujourd'hui les autres peuples ». Cette admiration s'exprime fréquemment dans le Bonnet de Nuit, et ce curieux ouvrage mériterait d'être étudié de ce point de vue particulier. Mercier se réjouit de voir enfin Shakespeare mieux traduit; il traduit lui-même un fragment de Milton 2 ; il cite à diverses reprises Richardson, Fielding, Sterne, Ossian, Young, Thompson, avec des appréciations d'une violence toute romantique : « Richardson, dit-il, me touche bien autrement que toutes les tragédies du divin Racine ». Mercier connaît aussi ce qui a été traduit de la littérature allemande : il cite Gessner3 : il donne la traduction d'une pièce de vers de Haller4 : manifestement il a lu et relu Werther5; sa curiosité le porte vers

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