Le Bonheur, poème, Londres (Paris), 1772, in
4. Confessions de Mde Paris, Maradan, 1807, 2 vol. in-12. — Conseils de
Morale, Paris, Pichon et Didier, 1828, 2 vol. in-8. — De l'influence des Passions sur le Bonheur des individus et des nations, Lausanne, 1796, in-8.
avec plus ou moins de simplicité, sur les conditions d'un bonheur neutre ou négatif, leurs aveux et surtout leurs vœux. Les principes de Mme duChâtelet, aussi personnels, et très positifs, portent du moins le sceau de l'expérience. Le commentaire en est dans les deux dernières années de la vie de Galatée-Newton-Pompon. Là se retrouve peinte sur le vif, cette âme férue d'amour et d'amitié, avide de science et de plaisir, apte à goûter, dans le présent même, l'avenir et le passé, adroite à économiser penchants, illusions, jouissances, affranchie des « préjugés » de la « superstition », esclave des « bienséances » du monde, réservée sur ses qualités, franche sur ses défauts, constante enfin sans repentir dans une voie qu'elle fut attentive « à semer de fleurs ». Certes Sainte-Beuve, si délicat lorsqu'il s'agit d'autrui, regrette à bon droit de ne pas trouver, sur ce chemin du bonheur, « quelquesunes de ces fleurs mêmes... cueillies dans la prairie qu'arrose la Pudeur. » C'est déjà la « maison d'Aristippe », le jardin d'Épicure », tout baignés d'une atmosphère d'étude et de paix, que traverse parfois le grand souffle de la passion, ou le vif éclair de la gaîté. Dans ses termes familiers ou imagés, mais précis, sans platitude, pompe, ni pédanterie, ce testament présente une personne peu commune, attrayante tantôt, et tantôt émouvante. Car elles ne datent point, ces quelques pages, des beaux jours de Cirey, où Voltaire-Ariston, près d'I .inilie-Hortense, sous les yeux du « Seigneur Châtelain », faisait honneur à l'inscription célèbre1, où le jeune Helvétius, soumettant les prémices de sa muse philosophique à sa « sublime » correspondante, la conjurait
D'enseigner aux Français... le grand art d'être heureux.
Les derniers feuillets marquent le moment de la composition. L'angoisse est apaisée, que le voyage en Prusse avait provoquée de juin à novembre 1743. Mais l'amour clairvoyant de la délaissée a deviné ce que Voltaire répond sans cesse aux instances de Frédéric, « qu'il lutte contre sa destinée » : tout en écrivant « de Cirey, en Félicité », des lettres ostensibles, il n'a plus pour sa campagne qu'un attachement d'habitude. Son bien reste engagé dans la maison ; mais, la séparation de corps accomplie, le divorce des âmes est imminent. A la longue, « cette certitude, dit la marquise, a amené insensiblement mon cœur au sentiment paisible de l'amitié ». F.clate le nouvel et fatal amour, dès avril 1748, et, dans les affections de Mme du Châtelet, Voltaire prendra définitivement la place de l'ami, jusqu'alors