‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 164 sur 276 · Voyage aux Pyrénées · texte numérisé non relu

Voyage aux Pyrénées

3. Ibid., 217, 218, 219. Passage supprimé dans la 2e, la 3e et la 4e éd.

4. Ibid., 59, 60, 61. Même note anticléricale, mêmes détails sur le pèlerinage à Bétharram et la saison à Bagnères avant la Révolution, dans Lavallée, Voyage dans les départements de la France, tome IX, X et XI, XXV, XXVI et XXVII.

suivante un tout petit roman, les Veillées Béarnaises l. Montigène, c'est l'auteur et c'est aussi M. de Wolmar exposant à Saint-Preux sa manière de vivre et sa philosophie, ou bien encore c'est la raisonneuse Julie ; c'est enfin, pour tout dire, le gentilhomme philanthrope à la fin du xvme siècle, tel que nous l'avons trouvé déjà dans tant d'autres romans, partageant son temps entre les causeries avec les paysans les plus sensés du canton et l'étude, assistant à tous les travaux de la campagne qu'il veut connaître à fond. Le pays de Bagnères est une Salente selon Rousseau, où les hommes élevés à l'école de la nature et tout spontanés ignorent la dissimulation et vivent en mutuelle confiance.

On le voit, Picqué n'est qu'un pâle reflet de Jean-Jacques. Mais, dans les meilleurs endroits, il le pastiche assez bien :

L • lendemain M» embrassant Valcarlos, je lui parlai de ses besoins. Il étendit les mains vers ses habitations, les champs, les jardins qui les entouraient.

Ce que vous voyez, me dit-il, nous suffit. Qui a besoin de peu a toujours assez ; nous laissons le superflu aux avares ; ce qu'on nous offrirait au delà du nécessaire serait inutile. Bornés à des besoins simples, contents du sort, nous vivons de laitage, et de très peu de pain de seigle et de maïs. La combinaison de l'orgueil, l'entassement de dix fortunes dans une même maison, ces vains fantômes du bonheur ne nous touchent point ; ils exciteraient peut être la cupidité de nos enfants. Comme tout le bien est en commun, on évite, avec le plus grand soin, jusqu'à la moindre apparence de profit personnel. L'argent n'est pour nous qu'un moyen d'avoir les choses nécessaires aux besoins du ménage ; chacun se trouve abondamment pourvu par la culture assidue de la terre, et les soins des troupeaux nombreux que vous voyez recouvrir nos montagnes plus accessibles, plus forestières que celles de Béarn ou de Bigorre.

Ne croirait-on pas lire une lettre de la Nouvelle Héloisc? Fils de Jean- Jacques encore par son goût de la chimère :

Mon imagination répandait un charme touchant sur tout ce qui m'environnait et peuplait bientôt cette vallée de tous les êtres selon mon cœur. Chassant bien loin l'opinion, les préjugés, toutes les passions factices, je transportais dans les asiles de la nature des hommes dignes de les habiter, et remplissant leurs jours heureux de toutes les scènes dont mon cœur se faisait la peinture, je m'attendrissais jusqu'aux larmes sur les vains plaisirs dont je jouissais 3.

1. Voyage aux Pyrénées, Paris, Guillot, 1790, 2 vol. in-12. Par J. P. P.. Non mentionné dans Barbier.

2. Veillées béarnaises, I, 117, 118, 119. Voir aussi I, 27, 28, une tirade très rousseauiste de ton, où éclate l'orgueil du pauvre, et I, 83, 84, sur la joie des êtres confiants et simples.

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