Ibid., II
Tandis qu'il écrivait, la Révolution était venue, et la littérature ne pouvait plus lui suffire. « L'état le plus accablant pour l'âme, déclare Montigène, est celui d'un parfait repos. » Il était en proie à cette « langueur de l'âme, à cette inquiétude vague, à ce besoin d'action qui succèdent aux passions, aux goûts vifs qui se sont éteints ' ». Son ami et compatriote Athanase Torné, de Tarbes, prieur de Saint-Paul, plus tard évoque constitutionnel de Bourges, abbé philosophe, avait été député à la Constituante '. Un tel exemple devait le séduire. L'influence qu'il avait sans doute prise dans le pays comme médecin, son séjour à Paris, sa réputation d'homme de lettres : autant de raisons qui le firent agréer par les électeurs des Hautes-Pyrénées pour un siège à la Convention.
Il y joua le rôle le plus effacé. « Il m'a toujours manqué l'ambition et l'hypocrisie. Le désir de conserver ma tête m'a retenu. Sa chute, à quoi aurait-elle servi ? » Nous savions bien qu'il n'était pas un brave 3. Il lui suffit de partager, de façon toute platonique, les enthousiasmes du temps, d'admirer les volontaires de 92, qui partaient aux frontières défendre la liberté. Républicain modéré parmi des fanatiques, en relation avec Brissot, et Robespierre, qu'il avait connu dès 1789, il obtint quelques mesures de modération, la suppression d'une commission populaire instituée à Tarbes, et qui, sous couleur de salut public, voulait exercer des vengeances personnelles. Il sauva, s'il faut l'en croire, plusieurs aristocrates. Il se sauva lui-même.
Il avait voté la mort de Louis XVI avec sursis jusqu'à la fin des hostilités. Ses souvenirs si peu intéressants pour l'histoire de la Révolution, traduisent pourtant deux impressions fort justes. L'une, c'est la méfiance qui régnait entre députés, et qui, jointe à la veulerie d'hommes semblables à Picqué, âmes sensibles promptes à s'attendrir mais incapables de réagir, fit la force des dictateurs. L'autre confirme une remarque des Considérations de Mme de Staël 4 : à côté des pires