‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 174 sur 276 · Fréret a Gaubil, 1er novembre 1736 (Obs · texte numérisé non relu

Fréret a Gaubil, 1er novembre 1736 (Obs

et où l'on ne manque pas de gens qui respectent encore moins l'authorité de Moyse que celle de Manéthon et de Bérose. Il me paroist même qu'il est d'une conséquence dangereuse de rejetter en général toutes les traditions historiques d'une nation et de les regarder comme des fables ou comme des allégories. Ceux qui doutent ou qui veulent doutter de la relligion accordent volontiers cette supposition mais c'est pour en conclure que la persuasion unanime et constante de la nation juive au sujet de la vérité des faits historiques rapportés dans les livres de Moïse n'est point une preuve que ces faits soient historiques et que ces Livres soient de Moïse. Je scay qu'il y a bien des choses à dire pour establir la différence mais c'est là une dispute dont il n'est pas aisé de voir la fin et dans laquelle on s'engage de gaieté de cœur. La foy religieuse pour les faits dont nous n'avons pas esté les témoins est fondée sur la foy historique. Celle-cy doit estre la base de la première'. »

Fréret retourne donc ici l'argument des détracteurs de l'antiquité chinoise. La chronologie chinoise, dites-vous, par la difficulté qu'elle a de s'accorder avec la chronologie biblique, risque de détruire la croyance à la vérité des Livres mosaïques. Mais, répond Fréret, rejeter l'histoire chinoise qui présente les mêmes caractères d'authenticité que l'histoire des Juifs, ne tend à rien de moins qu'à ruiner la valeur historique des Livres saints et par suite la foi que l'on a en eux.

Fréret se déclarait satisfait d'avoir établi dans sa dissertation une méthode* pour l'étude de l'ancienne histoire chinoise. Mais les PP. de Pékin à qui il envoya sa dissertation ne l'entendirent pas ainsi et ils lui reprochèrent vivement de s'être laissé tromper par les « figuristes » en rejetant l'éclipsé du Chou-King qu'ils fixaient à l'an 2155 avant J.-C. Ils lai analysèrent les circonstances historiques de cette éclipse, telles que les rapporte le Chou-King, pour lui montrer qu'elles n'avaient rien d'invraisemblable. Ils lui apprirent aussi qu'il était de tradition constante à la Chine, ainsi que l'affirmait Confucius, qu'il y avait eu des empereurs en Chine avant Yao et que par suite il fallait faire remonter les débuts de l'empire chinois plus haut que ne l'avait fait Fréret dans sa dissertation.

Le témoignage de Confucius paraît décisif à Fréret et il avoue que s'il avait connu ce fait il se serait exprimé différemment. En outre le P. de Mailla dit dans la préface de ses Annales4 que « Confucius parle des temps antérieurs à Fo-hi où l'on se servoit de cordelettes nouées en guise de caractères et même de ceux dans lesquels la plus forte Barbarie régnoit à la Chine puisque non seulement on ignoroit l'art de bastir, mais que l'on se nourrissoit des herbes et de

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