Fréret à Gaubil, 8 août 1737 {Obs
plaines de Sennaar à la Chine, il fait valoir que ces populations, arrivées à la Chine, ont dû se disperser, puisqu'elles sont tombées dans cet état de barbarie dont parle Confucius et d'où les ont tirées les premiers souverains de la Chine. Mais cet argument ne semble pas avoir touché le moins du monde le P. Gaubil.
Autre argument, qui sera l'argument type de Voltaire : du temps de Yao il existait un calendrier et l'on faisait des observations astronomiques, ce qui suppose un nombre considérable de siècles. Ici le P. Gaubil n'était pas embarrassé pour répondre : les premiers Chinois avaient conservé les connaissances astronomiques de nos premiers pères.
« Je connois, répond Fréret1, ce que Joseph et les premiers écrivains chrétiens ont débité de la grande habileté d'Abraham en astronomie et ce que feu M. Cassini2 a dit après eux du culte des premiers patriarches, mais ce sont toutes choses avancées gratuitement et sans que l'on en trouve le moindre vestige dans l'Ecriture où nous voyons que les descendans d'Heber et ceux de la famille d'Abraham si attentifs à conserver les traditions de leurs ancestres, ont ignoré pendant longtemps les principes les plus communs de l'astronomie et cornu ussoint si peu les mouvements lunaires qu'ils étoint obligés de régler leurs mois lunaires sur les phases mêmes de la lune et sur la première apparition de cette planette.
« Je suis très persuadé que les anciens Chinois ont été théistes3 ou adorateurs du souverain être et très éloignez de l'athéisme de ceux des siècles postérieurs. Quoy qu'en disent nos esprits forts, cet athéisme est un estât violent pour l'esprit humain (où il ne se peut maintenir que par un effort continuel) dans lequel il ne s'est mis que par le désir de se débarrasser du joug des loix naturelles ou tout au plus par un abus du raisonnement philosophique. Blessé des absurdités de détail dont les hommes avoint chargé le fonds du système religieux, ils n'ont pas seu distinguer ce fonds des détails estrangers qui les défiguroint. Cudworth a très bien prouvé dans son système intellectuel que c'estoit par là que l'athéisme s'estoit introduit dans la Grèce et qu'il estoit une corruption de l'ancienne philosophie primordiale. Mais de ce que les hommes d'après le déluge avoint conservé l'idée d'une divinité et de la nécessité du culte religieux, idée qu'ils défiguroint par le mélange des fables les plus absurdes et les plus