QUELQUES LIGNES INÉDITES DE VOLTAIRE
La Revue d'Histoire littéraire de la France a publié (janvier-mars 1910, p. 73-97) un article où je reproduisais des fragments assez nombreux d'une correspondance que tint Voltaire avec celui qui fut son homme d'affaires depuis le 28 octobre 1762 jusqu'au 29 décembre 1773, Joseph- Marie Balleidier, procureur au bailliage de Gex. Mr C. Balleidier, administrateur des hospices civils de Lyon et petit-fils de Joseph- Marie, m'avait très généreusement permis de puiser dans cette correspondance inédite. C'est une manière de complément, ou d'annexé, que je donne à mon premier article en imprimant ici dans leur entier quatre lettres que j'avais partiellement utilisées. (Les lignes qui ont déjà paru seront en italiques). Ces lettres ne sont pas d'une grande valeur littéraire ; mais elles ont une certaine importance anecdotique, puisqu'elles ont trait à plusieurs affaires peu ou point connues ; et d'autre part elles offrent un intérêt psychologique. Elles éclairent la physionomie complexe et diverse de Voltaire, propriétaire et seigneur féodal, toujours impatient dans le règlement de ses litiges, toujours fertile en ressources pour attaquer ou se défendre, toujours prompt à la bataille pour ses droits et ses deniers, toujours soupçonneux à l'égard de ses voisins, toujours désireux de paraître libéral même dans les occasions où il marchande le plus, fort capable néanmoins de rendre service, et même assez conciliant, par exception, pour arrêter des poursuites.
Première lettre :
A Ferney, 12 septembre 1763.
Monsieur Balleidier est prié de descendre sur le champ avec Mr Besson et la maréchaussée. Les bouviers d'Ornex viennent d'assassiner le berger de la commune de Ferney, qui est très blessé dans la cour du château.
Voltaire.
(Cette lettre ne porte pas l'adresse du destinataire ; mais il est suffisamment désigné dès le début. Au bas de la feuille d'une encre
différente, se trouve l'addition suivante qui ne laisse pas de sembler étrange :
Deuxième lettre
Mr Balleidicr procureur, à Gex.
Si MT Balleidier m avait instruit plutôt (sic) des démarches qui sont nécessaires pour faire écouler les eaux du marais, f aurais déjà mis tout en règle.
Quant au petit voyage qu'on a fait à Ferney au sujet des bouverons d'Ornex, il faut m'envoyer la taxe et je payerai ce que de raison. Il est ordonné que la justice des seigneurs se transporte sur les lieux une fois par semaine.
Le ST Besson aurait tort de se plaindre de n avoir pas été payé. On lui a fait souvent des libéralités qui passent de beaucoup ce quil peut exiger.
Il était assez inutile d'amener tant de monde.
Voltaire.
8 octobre.
Les gardes ont fait un rapport ; on attend sentence.
(Au dos, la date est précisée : « du 8 octobre 1763 »). Troisième lettre :
Mr de Voltaire ne reçut qu'hier la réponse de monsieur Balleidier, concernant le chemin usurpé vers la Tuilerie. Ce chemin existe encore en partie, et fait foi de l'usurpation. Non seulement Mr Balleidier a un acte où ce chemin est reconnu, mais le Sr Fatio possède un ancien terrier où ce chemin est spécifié.
Lorsque MT de Voltaire eut acheté Vhermitage, les voisins lui représentèrent son droit ; ils avaient tous vu feu MT Pellissari enclaver ce chemin dans son bois, et faire un fossé pour assurer son usurpation. MT de Voltaire chargea le ST Vuaillet de poursuivre cette affaire. Feu MT Pellissari engagea le ST Vuaillet à ne point poursuivre ; il en est encore temps, on va consulter les anciens et demander le terrier au Sr Fatio.
Made Denis n'a communiqué qu'aujourd'hui dimanche à dix heures du matin, la lettre de Mr Balleidier du 22. Mr de Voltaire veut bien avoir la bonté (de prêter) les 655 1. à Durand et on enverra incessamment une procuration à Mr Balleidier pour cet effet. Mais il faut au préalable que Mr de Voltaire s'abouche avec le dit Durand.
Quant aux 3.13 qu'on demande pour la cure de Colex à cause d'un bois situé dans le territoire de Colex, il faut spécifier quel est ce bois. Nous avons déjà payé pour de petites broussailles appelées le Cu du chien. Il y en a un autre appelé bois Surgrosse, il est près de Colevrex, mais il est sur la terre de Ferney.
A l'égard de la place de garde marteau, made Denis ne connaît point