‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 186 sur 276 · Voir R. Doumicj Lettres d'Elvire, Appendice, p · texte numérisé non relu

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et dont il ébauche déjà en pensée les grandes lignes. Ailleurs de même, il lui est arrivé quelquefois de répéter certains mots, certains vers ; ainsi, dans le manuscrit de YEsprit de Dieu, le dernier vers de la VIIIe strophe : « Et c'était l'Esprit du Seigneur », se trouve répété quatre fois de suite1.

On peut donc dire que ces mots idea, ideare, notés sous l'empire d'une certaine préoccupation d'esprit, sont pour le poète une indication et comme une formule relative à l'exécution de son œuvre. Cette image, ce tableau, cette scène funèbre dont il porte l'ensemble dans son esprit depuis bien des mois, il va essayer d'en réaliser quelque chose ; et voici qu'une première strophe jaillit de son âme d'homme et d'artiste.

Ce qui fait surtout l'intérêt de ce fragment, c'est qu'il nous donne la première pensée poétique de Lamartine, son premier jet : « Héritage sacré de celle que je pleure ». Que n'est-il de 1818 ou de 1819, ce vers si touchant ! Il contient, en effet, l'expression spontanée, sincère, de l'émotion que Lamartine avait maintes fois éprouvée devant le crucifix d'Elvire ; émotion devenue moins vive, moins poignante, avec le temps, et surtout qui s'était peu à peu transformée en une émotion intellectuelle, artistique, venant désormais de l'imagination plutôt que du cœur. Lamartine ne l'a pas gardé, ce premier vers, et c'est regrettable. L' « Héritage sacré » a été transporté à la XXIIe strophe; et les mots «Celle que je pleure » ont disparu. Ces pleurs appartiennent désormais au passé : « Que de pleurs ont coulé !... » écrira-t-il à la IIe strophe. C'est qu'en réalité, en 1821, il ne pleurait plus Elvire, sinon par métaphore.

Ainsi le manuscrit nous révèle ou nous fait pressentir quelque chose des étapes par lesquelles a passé le travail d'esprit du poète. C'est d'abord l'esquisse en prose, suivie de quelques notations pour l'entente de l'économie générale du poème ; puis l'essai de trois vers de la première strophe ; puis, écrits, semble-t-il, un peu après, les deux derniers vers de cette même strophe, tels qu'ils sont restés dans l'édition, le mot mourante étant mis à la rime du second vers féminin ; ce qui obligera l'auteur à changer le premier vers de la strophe. Et la scène s'organise dans l'imagination du poète, la fiction prend corps et vie : le crucifix d'Elvire est plus qu'un « héritage sacré... recueilli avec son dernier souffle, etc. »; il devient un « don » de la « mourante », le don volontaire qui accompagne son « dernier adieu ». Enfin voici un élément nouveau qui s'annonce et s'affirme, l'élément religieux : « Symbole deux fois saint,... image de mon Dieu ».

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