‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 193 sur 276 · Légende des Siècles de 1877, Groupe des Idylles · texte numérisé non relu

Légende des Siècles de 1877, Groupe des Idylles

Que va dire ce soir Diane aux chastes yeux, la déesse étoilée En voyant toute l'herbe au fond du bois foulée ?

(Toute la Lyre.)

Sa guimpe s'entr'ouvrait, et ma prunelle ardente Brillait, car l'amoureux contient un curieux — Viens, dis-je... — Et pourquoi pas, ô bois mystérieux !

(Toute la Lyre, 1874.)

et qui vraiment éveille trop, dans la pensée du lecteur, le souvenir de l'aventure fâcheuse de la baignade de Vianden et de l'idylle déshabillée interrompue par le garde-champêtre. Il n'y a ici que trop de corrélation entre l'inspiration et les événements.

Et sans doute, cette déchéance de la qualité de l'amour, à mesure que V. Hugo avance en âge, est une des raisons qui l'excluent de la phalange des Chénier, des Chateaubriand, des Musset et des Lamartine. Chateaubriand et Lamartine eurent une autre vieillesse.

Il semble donc que bien des raisons s'accumulent et coïncident, qui suffisent à nous expliquer que V. Hugo ne soit pas pour la majorité du public un poète d'amour. Son génie même y est pour quelque chose, le cœur a peut-être été la dupe de l'esprit : mais ses aventures privées l'ont pour une grande part mené là.

Ce qu'il y a de plus décevant chez lui, c'est le défaut même de la sensibilité, restée très moyenne. Aucun cri de souffrance d'amour profondément humaine n'a fait vibrer la lyre orgueilleuse de ce souverain de la poésie ; aucune passion ne l'a brûlé jusqu'aux moelles de sa fièvre de désir et d'angoisse ; aucune soif d'affection profonde n'a fait crier la solitude de son cœur. Les amoureux de l'amour n'aiment ni les mages, ni les libertins. V. Hugo n'est pas leur poète.

Éclairés par des événements précis de la biographie de V. Hugo, nous constatons trop ce qui sonne faux dans l'inspiration du poète; et, pour les poèmes qui ont l'accent de la sincérité, qui oserait dire que dans l'ensemble on peut les mettre en parallèle avec ceux de Lamartine ?

Si l'artiste et le poète d'imagination sont incomparables dans l'œuvre de V. Hugo, en matière de sentiment il faut avouer que

Le vers se sent parfois des bassesses du cœur.

Les biographes nous ont révélé hardiment sinon des bassesses, tout au moins des frivolités peu nobles. Ont-ils eu tort? Aux yeux de ceux qui veulent être dupes en lisant, et faire du poète une idole intangible, ils sont à coup sûr blâmables, mais aux yeux de ceux qui pré-

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tendent admirer à bon escient, ils ont le mérite de commencer à nous renseigner plus clairement au sujet de la sensibilité de V. Hugo ; ils nous avertissent qu'il sera nécessaire d'apporter des précisions dans la chronologie des poèmes d'amour de V. Hugo et dans l'étude de leurs sources, si nous voulons littérairement nous rendre un compte exact de ce que fut l'évolution de son émotion et de son inspiration amoureuses.

Paul Berret.

, Professeur de Première

au Lycée Louis-Je-Graml.

Le 16 juillet 1827, André-Marie Ampère écrit à son fils : « Sais-tu si la pièce des Proverbes au Château, dont Y Amour Africain de Mérimée fait partie est toute de lui, déguisée sous le nom de Mlle Desrosiers.

Je le croirais ' ». De fait, M. H. Lecomte, dans son Histoire des

théâtres de Paris2, signale à la date du 11 juillet 1827 la représentation aux Nouveautés des Proverbes au Château « ou des Plaisirs de la Campagne, pastiche en trois tableaux mêlés de couplets, par Mlle Desrosiers », et, dans une brève analyse, note que Y Amour Africain « de Clara Gazul » est représenté au cours de la pièce. M. H. Lecomte n'ajoute aucun commentaire ; quant aux historiens de Mérimée3, ils semblent croire que la seule pièce de Mérimée portée à la scène fut Le Carosse du Saint- Sacrement, joué par la Comédie-Française en 1850. Il faut rectifier cette assertion : la première tentative — et le premier échec — de Mérimée au théâtre eut lieu dès 1827.

S'il était vrai que Les Proverbes au Château fussent en entier de sa main, ils présenteraient un intérêt considérable. En réalité, ce vaudeville est l'œuvre de deux auteurs oubliés, Edmond Rochefort et Paul Duport '*, qui ont inséré dans une intrigue de leur cru la petite comédie de Y Amour Africain, extraite du Théâtre de Clara Gazul'. Nous ignorons la part exacte que prit Mérimée à cette tentative '' ;

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