‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 202 sur 276 · Préface des Poèmes Antiques · texte numérisé non relu

Préface des Poèmes Antiques

al tent rve étude qu'il a faite des Sources de Leconte de Lisle ', M. Vianey suppose, — avec raison, semble-t-il, — que le tableau de la jeunesse de Khirôn, passée dans une sorte de communion enivrante avec la nature, aurait été suggéré par la lecture du Centaure de Maurice de Guérin, paru en 1840 dans la Revue des Deux Mondes. Il rattache à la Gigantomachic de Claudien le récit de la guerre entre les Géants et les Dieux. Il pense que Leconte de Lisle a emprunté ce qu'il rapport c de l'enlèvement de la Toison d'or à l'argument mis par le scoliaste en tête des Argonautiques d'Apollonius de Rhodes, et au chaut icr, vers 23 et suivants, du même poème, le dénombrement m iiirrs <pii doivent prendre part à l'expédition. « Mais, poursuit-il, ni Apollonius, ni, je crois, aucun autre historien de l'expédition des Argonautes, ne nous dit que les navigateurs auraient manifesté le désir d'avoir pour chef le vieux centaure Chiron, ni qu'ils auraient député vers lui le chanteur Orphée. C'est sans doute Leconte de Lisle qui a imaginé lui-même la rencontre des deux héros, ajoutant ainsi une page toute nouvelle à la légende des Argonautes 2 ». M. Vianey incline même à croire qu'il se serait inspiré pour cela d'un modèle français, le Récit qui sert de prologue à la Chute d'un Ange3.

Si l'on prend les choses à la lettre, il faut avouer que, n'y ayant point dans la littérature grecque de récit qui conduise Orphée chez le Centaure Chiron pour lui demander de se joindre à l'entreprise argonautique, l'épisode a été inventé par Leconte de Lisle. Mais l'objet proposé à cette démarche n'a, comme on en peut juger par la seule analyse de la pièce, qu'une importance tout à fait secondaire. Si, le laissant de côté, on s'attache aux détails de l'entrevue : venue d'Orphée à la grotte de Khirôn, repas servi par Achille, chants improvisés par les deux héros, on n'aura, pour les trouver groupés dans le même ordre, qu'à ouvrir une œuvre antique que Leconte de Lisle connaissait certainement et qu'il a certainement utilisée, comme il est aisé de le démontrer.

Il s'agit d'un autre poème des Argonautiques, dont la tradition attribuait la paternité à Orphée lui-même, mais que la critique moderne ne fait pas remonter au delà du ive siècle après Jésus-Christ. Le récit, beaucoup plus court que celui d'Apollonius, suit, dans ses grandes lignes, le même plan. Mais il ne le développe pas de la même manière. Il glisse sur des épisodes qu'Apollonius avait amplement traités ; il s'attarde à d'autres qu'Apollonius n'avait fait qu'indiquer. Il y en a qu'il passe complètement sous silence ; mais il en ajoute de nouveaux. Parmi ceux-ci, deux intéressent les sources du Khirôn de Leconte de Lisle.

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