‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 204 sur 276 · Vers · texte numérisé non relu

Vers

Si maintenant on compare dans le détail l'œuvre du pseudo-Orphée et celle de Leconte de Lisle, on remarquera en plusieurs endroits des ressemblances qui vont jusqu'à l'imitation littérale.

Khirôn aux quatre pieds, roi de la solitude, Sur la peau d'un lion, couche nocturne et rude, Est assis, et le jeune Aiakide, au beau corps, Charme le grand vieillard d'harmonieux accords.

Ces quatre vers reprennent visiblement un passage des Argonautiques : « Nous arrivâmes dans une grotte obscure où le Centaure reposait sur un humble lit, étendant ses membres agiles à la course, terminés par des cornes robustes de chevaux. A ses côtés, le fils de Thétis et de Pelée touchait la lyre de ses doigts habiles, et l'âme de Chiron en était enchantée »*. — Khirôn salue son hôte des paroles suivantes :

Orphée aux chants divins, que conçut Kalliope, En une heure sacrée, aux pentes du Rhodope, Que baigne le Strymôn d'un cours aventureux ! O magnanime roi des Kylones 2 heureux ! Dieu mortel de l'Hémos, qui vis le noir rivage !...

Ce sont, ou peu s'en faut, celles que, dans le poème grec, Jason adressait au même personnage : « Orphée, fils chéri de Kalliope et d'Oiagros, toi qui règnes dans la Bistonie sur les Kikones riches en troupeaux, salut, puisque pour la première fois j'arrive aux portes de l'Hémus, au bord du Strymon, non loin des hautes vallées du Rhodope3 ». Et, tout aussitôt après, il rappelait le voyage du héros dans les régions infernales4. — Plus loin Orphée raconte à Khirôn comment Phyrxos a immolé à l'ombre d'Hellé le Bélier divin :

Il suspendit lui-môme, au milieu des forêts,

Sa brillante toison dans le temple d'Ares;

Et depuis un dragon aux Dieux mêmes terrible

Veille sur ce trésor, gardien incorruptible.

Immense, vomissant la fumée et le feu,

De ses mouvants anneaux il entoure ce lieu.

Il n'a dormi jamais, et tout son corps flamboie ;

Il rugit en lion, en molosse il aboie ;

Comme l'aigle, habitant d'Athos aux pics déserts,

Il vole, hérissé d'écaillés, dans les airs !

Page 1