‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 211 sur 276 · L'Opinion Nationale, 15 décembre · texte numérisé non relu

L'Opinion Nationale, 15 décembre

des Écoles, à Gambetta, à Laurier, que dis-je? à Pipe en Bois et à tous les engueuleurs de cet acabit, nous avons enfin pu jouer la pièce devant un public attentif. »

Et cette puissance avec laquelle il faut compter, ce chef « de contreclaque » auquel il faut « faire des avances », est précisément celui qu'on désigne tout de suite comme le chef de la cabale montée contre Henriette Maréchal ; Albert Wolfï le nomme par deux fois dans un seul article :

« Si la seconde représentation du drame nouveau a été plus calme que la première, il faut moins attribuer ce changement aux nombreuses coupures faites qu'à l'absence de Pipe en Bois.... Au lieu d'une émeute, une simple querelle d'estaminet ; beaucoup de claqueurs et quelques siffleurs. A ces derniers manquaient l'entrain, la fougue de la première représentation. C'est que leur chef Pipe en Bois n'était pas à son poste1. »

D'autre part la soirée du 11 décembre était, par une singulière coïncidence, la plus tumultueuse de toutes :

« Figurez-vous seize ou dix-sept cents personnes parlant, criant, hurlant, applaudissant, sifflant, pendant vingt minutes ! Vingt minutes, sans interruption, c'est-à-dire toute la durée du premier acte.

« Rien de plus curieux que ce spectacle.

« Dans la salle, une pension d'aliénés agités hurlant et se battant.

« Sur la scène, les premiers comédiens du monde jouant une pantomine des plus burlesques 2. »

II paraît donc évident que le mot d'ordre lancé par Pipe en Bois, bien loin d'être considéré comme une mauvaise plaisanterie, avait reçu le meilleur accueil parmi les étudiants. Il y avait donc très probablement complot à la quatrième représentation ; y avait-il eu complot dès la première ?

Sur ce point encore, nous nous trouvons en face d'une dénégation formelle, celle des cinq étudiants dont Edmond de Goncourt a reproduit à deux reprises la lettre :

« Une cabale?... Et de qui?... Et pourquoi?... Contre quoi?... Voilà trois points d'interrogation auxquels il serait difficile de répondre ! 3 »

Alors pourquoi a-t-on sifflé? Pour venger la langue française et le bon goût offensés? Il se pourrait, mais j'ai tout de même quelques doutes en lisant des phrases comme celles-ci : « Ce n'est pas un drapeau autour duquel les frères de Goncourt rassemblaient leurs partisans, c'est un torchon....

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