Evénement 12 décembre
Princesse Mathilde. L'Avenir National demandait pourquoi on avait fait disparaître de l'affiche, après deux représentations, la Gaëtana d'Edmond About, sifflée par les cléricaux ; pourquoi, devant les clameurs du Jockey-Club, on avait si prestement signé le passeport de Tannhauser et pourquoi on maintenait quand même Henriette Maréch.al, sifflée par les républicains1. Anatole de la Forge s'écriait dans Le Siècle :
« Depuis quand songe-t-on à créer au Théâtre-Français une catégorie de pièces protégées? Il y aura donc désormais, à l'instar des candidats agréables et des candidats agréés de la politique, des auteurs agréables et des auteurs agréés? Il ne reste plus à l'administration supérieure qu'à donner les noms des candidats officiels au répertoire de la Comédie". »
Justement Le Moniteur de l'Armée venait de découvrir que, dans les propos des masques, il était question du cheval blanc de La Fayette et du Pacificateur de la Vendée : plus de doute ! l'Empire protégeait la pièce parce qu'elle contenait un outrage à la Révolution ! Aussitôt Le Siècle de s'indigner, avec la plus ridicule véhémence, contre une plaisanterie assurément bien plate, mais sans doute fort vieille. Il s'en fallut de peu que l'affaire ne se terminât par un duel 3.
Cependant ces profanateurs de la Révolution étaient considérés par d'autres feuilles comme des révolutionnaires de la plus dangereuse espèce. Un journal, inspiré, disait-on couramment, par l'Impératrice, attribuait « l'erreur » des Goncourt à « l'influence funeste du milieu où elle est née, et dans lequel de jeunes et vaillants écrivains ont subi l'action de tout un courant d'idées qui, sous le pavillon du réalisme, s'efforce d'entraîner la littérature, l'art, la philosophie, et jusqu'à la politique, à la négation, c'est-à-dire au matérialisme.
« Pour cette école, Proudhon est un grand doctrinaire et le piédestal que l'on dresse à sa mémoire, en le relevant de la chute qu'il avait subie de son vivant, semble marquer la décadence de tout un ordre social et moral dont il était l'implacable adversaire4. »
En constatant cet acharnement des feuilles bonapartistes, un des plus fougueux défenseurs des Goncourt écrivait : « Si j'y comprends