‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 216 sur 276 · décembre · texte numérisé non relu

décembre

théâtrales de Paris et de L'Eclair le prouvent surabondamment, et les blessures qu'elles avaient faites à certains amours-propres étaient encore cuisantes. — « Ont-ils jamais blessé une croyance quelconque ou un parti ? — Qu'on se rappelle le prêtre mondain de Renée Maupérin, confesseurs pour consciences aristocratiques, agent matrimonial à l'occasion ! Qu'on se rappelle Bourjot, ce parvenu vaniteux, ancien carbonaro devenu réactionnaire farouche! Qu'on se rappelle l'explication toute profane et physiologique des crises de mysticisme chez Philomène et Germinie Lacerteux! Mais plus encore que les auteurs dramatiques et la bourgeoisie dévote, les Goncourt avaient irrité les petits journaux et une partie de la jeunesse des Écoles. Ils avaient dénoncé la petite presse qui abaissait les lettres « en faisant du sourire de Monsieur Prudhomme l'approbation du goût delà France» ', en servant les vengeances de toutes les médiocrités, en permettant d'assassiner le talent à coup sûr et sans risques. Et dans les rangs de la « Jeune Bourgeoisie » où se recrutaient, pour une large part, les étudiants, ils avaient découvert — et dépeint avec quelle cruauté ! — cet Henri Maupérin, ambitieux positif et gourmé, amant calculateur d'une vieille maîtresse, virtuose de l'art de parvenir. Cela criait vengeance, on le fit bien voir aux deux imprudents.

Ainsi de toutes parts, un orage d'inimitiés, de rancunes, de haines, s'était accumulé depuis longtemps et sur tous les points de l'horizon à la fois. Henriette Maréchal le fit éclater et on s'explique sans peine la violence de la tempête. On s'explique aussi que les adversaires les plus acharnés des Goncourt aient équivoque, nié l'existence d'une cabale ; ce n'est pas en effet une cabale, mais des cabales qui firent tomber la pièce. Salons, brasseries, bureaux de rédaction étaient tous bien déterminés à exercer des représailles. S'ignoraient-ils les uns les autres? C'est douteux, mais il n'importe guère : un mot d'ordre unique était inutile, car ils n'avaient tous qu'une même pensée : infliger à leurs ennemis communs la plus cruelle et la plus retentissante humiliation. Un chef d'oeuvre aurait-il résisté à de si furieux assauts? Peut-être, à la condition toutefois que personne « en haut lieu » n'eût intérêt à prolonger, à exploiter le scandale. Mais il s'en faut qu'Henriette Maréchal soit un chef-d'œuvre et la Cour officielle était trop heureuse de pouvoir faire pièce à la « petite Cour » des « Mathildiens ». Ainsi tout conspirait contre les Goncourt, qui tombaient victimes de la politique et de leurs ennemis personnels; c'était bien, comme l'écrivait Paul de Saint- Victor, un « guet-apens » ; et si le désastre de 1865 est. la plus douloureuse page de la vie des deux frères, il est certainement, dans l'histoire de la société parisienne du second Empire, un des épisodes les moins glorieux.

M. Fucus.

Docteur es lettres

Professeur au Lycée de Marseille.

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