ALFRED DE MUSSET ET GINGÛÈNÊ
C'est encore chez Ginguené qu'Alfred de Musset prit contact avec le llorentin Luigi Pulci, auteur du Mor gante Maggiore, premier modèle des poèmes romanesques, dont Voltaire citait quelques traits dans la préface de La Pucelle, et qu'imite Byron dans Don Juan. N'est-ce point l'auteur de Namouna qui s'écrie :
Hvron, me direz-vous, m'a servi de modèle. Vous ne savez donc pas qu'il imitait Pulci?
Et telle tirade d'une verve endiablée, où Musset professe avec la plus irrévérente désinvolture sa parfaite indifférence, en tout point sauf en amour, tirade qui figura dans la Dédicace de La Coupe et les lèvres, semble bien écrite dans le style de Pulci.
Morgant, frappé de la taille énorme et de la figure hétéroclite de Margutte, lui demande qui il est, s'il est chrétien ou sarrasin, s'il croit en Jésus-Christ ou en Mahomet. Margutte lui répond : « A te dire le vrai, je ne crois pas plus au noir qu'au bleu, mais bien au chapon bouilli ou rôti. Je crois encore quelquefois au beurre, à la bière, et, quand j'en ai. au vin doux ; mais j'ai foi, par-dessus tout, au bon vin, et je crois que qui y croit est sauvé. Je crois encore à la tourte et au tourteau ; l'une est la mère et l'autre est le fils ; le vrai Pater noster est une tranche de foie grillée ' . . . »
L'ami d'Alfred Tattet ne prend-il pas l'allure de Pulci?
Vous me demanderez si j'aime ma patrie.
Oui ; — - j'aime fort aussi l'Espagne et la Turquie.
Vous me demanderez si je suis catholique.
Oui ; — j'aime fort aussi les dieux Lath et Nésu —
Vous me demanderez si j'aime la sagesse. Oui : — j'aime fort aussi le tabac à fumer. J'estime le bordeaux, surtout dans sa vieillesse; J'aime tous les vins francs, parce qu'ils font aimer.
Et s'il n'était constant que c'est un thème fort ancien, déjà traité par Dante ". par André Chénier, par Schiller, qui atteint sa suprême beauté d'expression dans Rolla, ne rapprocherait-on pas volontiers
J'aime ! voilà le mot que la nature entière
Crie au vent qui l'emporte, à l'oiseau qui le suit....
des paroles adressées par Linco à Silvio, le chasseur insensible du Pastor Fido, de Guarini? « Regarde autour de toi ; tout ce que le monde à d'agréable et de charmant est l'ouvrage de l'Amour. Le ciel est amant ; la terre et la mer sont amantes. Cette étoile, que tu vois avant l'aube jeter un si vif éclat, aime d'amour elle-même, et ressent