‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 231 sur 276 · TOURNÉE DU VICOMTE D'ARLINCOURT · texte numérisé non relu

TOURNÉE DU VICOMTE D'ARLINCOURT

sous le charme comme tous ceux qui l'approchent. Il me semhle impossible que tant de dons lui aient été faits par la Providence en pure perte : il a de hautes destinées à remplir.

Ce matin, au pied de son lit, je lui ai lu quelques passages de mon Voyage en Allemagne. C'était une vieille légende. Avec quel bonheur j'ai vu que mes récits l'intéressaient ! Je n'oublierai jamais les heureux moments où j'ai pu lui être agréable. Hier soir, j'avais lu à l'auguste famille royale ma croisière des bords du Rhin, tirée aussi de mon prochain livre. Que n'étiez vous là ! Vous, si digne appréciatrice de tout ce qui est beau et grand, vous auriez été si heureuse, j'en suis sur, de vous trouver auprès de notre sublime Marie-Thérèse....

On connaît les paroles mélancoliques que lui prête Mme Ancelot, au moment du départ : « Que je plains ces malheureuses princesses ! Comme elles vont s'ennuyer à présent !... Je leur lisais mes ouvrages tous les soirs ' ! » Et ainsi, ses voyages ont au moins ce résultat : ils confirment la haute opinion qu'il a de lui.

Cette première tournée l'a mis en goût. L'année suivante, son champ d'opérations est plus étendu. Il visite la Prusse, la Russie, la Suède, la Norvège, le Danemark, — toujours avec le même succès. C'est, du moins, ce qui ressort des bulletins adressés à sa fidèle amie. Le style ne varie guère, ni le sujet : dans toutes les cours de l'Europe, la même courtoisie délicate, la même déférence pour le génial écrivain. Vraiment, ces souverains « qui aiment les célébrités » méritent la vénération de leurs peuples : « On les adore et on a parfaitement raison. » Au château de Sans-Souci, à Péterhof, au palais de Stockholm, les invitations se succèdent. Il vit au milieu des fêtes : « C'est doux, mais enivrant ! » Sur la table des rois, traînent des exemplaires de ses œuvres, souvent feuilletés. Les princesses brûlent de connaître les merveilles qu'il prépare, et il cède à leur impatience. Il lit toujours, il lit partout....

Hier soir, je lisais quelques fragments de mon prochain ouvrage chez la reine de Suède !... Il me semblait presque être à Paris : et j'étais pourtant au pôle nord !...

Il exagère un peu, n'étant qu'à Stockholm, mais son imagination l'emporte.

Leurs Majestés Suédoises m'écoutaient avec un vif intérêt ; et je lisais encore à minuit !

Quant à s'intéresser vraiment aux pays qu'il traverse, il n'en a guère le temps. De Saint-Pétersbourg, le 20 juillet :

La Russie est un pays dont on ne se fait, en France, qu'une fausse idée ; j'écrirais bien des pages ici, mais il faudrait de nombreux volumes si l'on voulait tout décrire....

1. Mme Ancelot, Les salons de Paris. — Voyez A. Marquiset, Le vicomte d'Arincourt, prince des romantiques, Paris, Hachette, 1909.

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