‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 237 sur 276 · ÉPISODE DE MADAME BQVAR"Y · texte numérisé non relu

ÉPISODE DE MADAME BQVAR"Y

Or on retrouve précisément dans Novembre (1842), onze ans avani la lettre à Louise Colet, la toute première version des propos de M. Homais sur l'étudiant parisien. Il s'agit d'un jeune provincial qui, comme le clerc d'Yonville, va terminer ses études à Paris :

Résigné à s'ennuyer partout et à s'ennuyer de tout, il déclara vouloir faire son droit et il alla habiter Paris. Beaucoup de gens l'envièrent dans son village, et lui dirent qu'il allait être heureux de fréquenter les cafés, les spectacles, les restaurants, de voir les belles femmes; il les laissa dire, et il sourit comme lorsqu'on a envie de pleurer '.

De Novembre à la lettre de 1853, de la lettre au roman de 1856' des bourgeois du village au curé de Trouville, et du curé au pharma" cien, le lien nous paraît certain. Même inspiration, même situation' même dédain pour l'affligeante sottise du lieu commun et de l'opinion toute faite; avec plus ou moins d'amertume ou d'ironie, le propos est le même. A coup sûr, Flaubert l'avait déjà entendu, recueilli et noté, quand il écrit Novembre.

La forme diffère, et c'est une différence essentielle, significative aussi. Le personnage de Novembre est un héros romantique. En contant sa destinée, Flaubert se souvient amèrement de sa propre expérience et projette sur lui bien des impressions de sa vie réelle ; mais il les a en quelque sorte stylisées, suivant la formule de convention commune aux écrivains dont il suivait alors le goût et l'exemple. Dans la phrase de Novembre, il n'a presque rien laissé passer de la vulgaire et truculente bonhomie du curé de Trouville. Onze ans plus tard, devenu réaliste malgré lui, plus curieux d'observations que de souvenirs, de documents que d'impressions, Flaubert retrouve sa fiche et la transcrit presque textuellement dans son œuvre.

Edouard Mayinial, Professeur au Lvcée Henri IV.

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