‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 238 sur 276 · LES SOUSCRIPTIONS LITTERAIRES · texte numérisé non relu

LES SOUSCRIPTIONS LITTERAIRES

...Parmi les armes dont le gouvernement disposait pour agir sur la littérature, et manifester sa faveur ou sa défaveur au romantisme, il faut compter les souscriptions, encouragements, indemnités et secours aux gens de lettres.

Arme débile, il est vrai, de portée faible, et d'un emploi incertain. On ne peut pas s'attendre en pareille matière à un esprit de suite rigoureux ; trop d'influences diverses dérangent les partis-pris même les plus résolus. Les crédits sont médiocres. Les ministres changent ; chacun d'eux, dans une époque qui croit garder le culte de la littérature, et pour peu qu'il soit lui-même homme de lettres (c'est le cas de Guizot, de Thiers, de Cousin, de Villemain, de Salvandy) apporte au pouvoir les nuances de son goût, et tout un passé de relations, d'amitiés, d'obligations, de sympathies et d'antipathies personnelles et littéraires. Ajoutez les nécessités de la politique générale, les recommandations, les sollicitations, les considérations d'humanité, d'autres circonstances encore que nous verrons. Sous ces compromis et ces louvoiements inévitables, est-il possible d'apercevoir dans le gouvernement une ligne de conduite relativement stable à l'égard de la littérature? L'hostilité générale du monde politique contre le romantisme s'étend-elle jusqu'aux menues faveurs du pouvoir? C'est ce que je voudrais étudier ici sur le point spécial des souscriptions et pour une période limitée, remettant à un avenir très prochain l'exposé d'ensemble de la question.

Le Moniteur et le dossier des Archives *F'' 35 ss. me fourniront les éléments de cette étude. Le dossier commence en 1835, l'année de l'attentat de Fieschi (28 juillet), qui conduisit à la loi sur la presse et détermina une aggravation dans l'attitude du pouvoir à l'égard de la littérature.

Pour la première fois aussi en 1835, le ministère de l'Instruction publique, récemment enrichi de chapitres enlevés au Commerce et à l'Intérieur1, présentait son budget sous un cadre nouveau et unique"'.

Le crédit des souscriptions s'élevait à 134 000 francs ; mais la situation était déjà gravement obérée. La Restauration avait été si généreuse vers sa fin, qu'au 1er janvier 1834, il restait des engagements échus pour 215 000 francs, bien que l'amortissement du passé eût absorbé la presque totalité des crédits depuis cinq ans. On espérait achever la libération à la fin de 1835 ; en attendant, il ne restait que 27 000 francs disponibles pour l'exercice, alors que les bibliothèques avaient passé de 190 à 245 en un an 3.

Nous verrons cette question de l'arriéré reparaître à peu près chaque année, et l'arriéré s'accroître sans remède \ Une autre question soulève des critiques perpétuelles ; c'est celle de la distribution des ouvrages. La Chambre insiste pour que la répartition s'en fasse exclusivement entre les bibliothèques et établissements publics ; mais la distribution aux particuliers datait de l'Empire, et était passée en usage; elle donnait lieu à de sérieux abus. Déjà la loi du 23 mai 1834 avait essayé d'y parer, en réservant, par son article 4, les envois du ministère aux bibliothèques de Paris et des départements et en soumettant les dons particuliers à une décision spéciale et motivée du ministre, dont il serait rendu compte aux Chambres. Elle resta à peu près lettre morte, comme celle du 31 janvier 1833 qu'elle remplaçait. Guizot ne s'y opposa pas, mais il la déclara inutile, et protesta qu'il avait toujoure agi correctement et loyalement. Prunelle, rapporteur du budget ds 1836, redemande l'exclusion des particuliers, qui revendent les ouvragereçus s. Dubois, rapporteur du budget de 1837, dépose un article addis tionnel qui limite strictement la distribution aux établissements publics, exception faite des auteurs, éditeurs et collaborateurs, et il réclame, intelligemment, un classement des bibliothèques et un plan

1. Fondé en 1822, « pour soumettre les écoles au clergé », il n'exista vraiment qu'à dater du 11 octobre 1832 (rapport Dubois, Moniteur, 19 mai 1836).

2. Moniteur, 25 avril (Rapport de Martin) et 28 avril (rapport de Gillon, etc.), 1834. Le Commerce, puis l'Intérieur qui en hérita, avait un fonds de souscriptions, indemnités, encouragements et secours aux arts et aux artistes, qui prêterait à une étude analogue à celle que nous faisons pour la littérature.

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