‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 254 sur 276 · DEUX SOURCES DE LAMARTINE. Y · texte numérisé non relu

DEUX SOURCES DE LAMARTINE. Y

contre la tempête le pasteur et les troupeaux ; il loge des empires dans ses racines e1 tics cités sous son écorce ; il fait vivre l'oiseau, l'abeille, l'araignée, le serpent, la fourmi.

Toutes ces idées, Lamartine les avait trouvées dans une page des Etudes de la Nature (XII). Elles sommeillaient dans sa mémoire. La vue du chêne toscan les réveilla un jour, sans qu'il se rappelât peutêtre alors qu'elles lui venaient de Bernardin de Saint-Pierre :

ouvrages de la nature nous présentent souvent plusieurs sortes d'infinis à la fois. Ainsi, par exemple, un grand arbre, dont le tronc est caverneux et couvert de mousse, nous donne le sentiment de l'infini dans le temps, comme celui de l'infini en hauteur. Il nous offre un monument des siècles OÙ nous n'avons pas vécu. S'il s'y joint l'infini en étendue, comme lorsque nous apercevons, à travers ses sombres rameaux, de vastes lointains, notre respect augmente. Ajoutez-y encore les diverses croupes de sa masse, qui contrastent avec la profondeur des vallées et avec le niveau des prairies ; ses demi-jours vénérables, qui s'opposent et se jouent avec l'azur des cieux ; et le sentiment de notre misère, qu'il rassure par les idées de protection qu'il nous présente dans l'épaisseur de son tronc inébranlable comme un rocher, et dans sa cime auguste agitée des vents, dont les majestueux murmures semblent entrer dans nos peines. Un arbre, avec toutes ces harmonies, .nous inspire je ne sais quelle vénération religieuse. Aussi Pline dit que les arbres ont. été les premiers temples des Dieux.

Joseph Vianey.

Professeur de Littérature Française

à l'Université de Montpellier, Doyen de la Faculté des Lettres.

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