DE L'INFLUENCE FRANÇAISE DANS LA POÉSIE DE BASILE ALECSANDRI
Parmi les écrivains roumains sur qui s'exerça au xixe siècle l'in- Quence Française, le plus réputé est assurément Basile Alecsandri. Conteur agréable, auteur fécond de vaudevilles et de comédies, c'est surtout à ses mérites de poète — de poète lyrique, de poète épique, de poète dramatique — qu'il doit une place d'honneur dans les lettres roumaines. Son nom, d'ailleurs, est fort connu en France où, à lui seul, il représente pour une grande partie du public cultivé la littérature roumaine du dernier siècle : les séjours prolongés du poète en France où il compléta des études commencées à Jassy dans un pensionnat français, ses missions diplomatiques auprès de Napoléon III, puis, plus tard, ses fonctions de ministre de Roumanie à Paris, les traductions françaises de ses Doïnas, de ses Pastels et de ses Légendes1, le couronnement, en 1878, de son Chant de la race latine par les Félibres de Montpellier, ses relations avec les hommes de lettres ~ et les hommes politiques de l'époque, expliquent cette faveur, à coup sûr justifiée. Car, s'il y eut au moment de la Renaissance de la littérature roumaine, dans la première moitié du xixe siècle, de nombreux écrivains dont certains témoignèrent d'une pensée plus profonde ou d'une sensibilité plus émue, les contemporains goûtèrent davantage la muse d'Alecsandri, aimable, aisée, enjouée, touchant d'une main adroite la corde patriotique, si facile à vibrer chez un peuple dont la vie nationale venait d'éclore ; aussi se reconnurent-ils dans ses vers qui, tout comme ceux de Victor Hugo, devinrent 1' « écho sonore » de son époque.
Il est donc intéressant d'étudier dans la poésie si représentative d'Alecsandri l'étendue et la nature de l'influence de la littérature française3.
1. Voir sur ces traductions, auxquelles il faut ajouter celle faite par l'auteur lui-même de son recueil de Ballades et chants populaires de la Roumanie, l'introduction de Bengesco à sa traduction des Pastels, Bruxelles, P. Lacomblet, Paris, Le Soudier, 1902.