DISCOURS IM-DIT DU PÈRE GARASSE
dans une si douce ame autre fruit que d'une saincteté très eminente mais oe i|ui sert de rehaussement et d'esclat à cette noblesse cest ce peu d'estat quelle faisoit «lu sang au ]>rix de la vertu ce quelle a fait paroistre d'effect par la pratique et de paloce instruisant efficacement ses filles au mesprii des avantages de leur naissance et ne leur en faisant trouver qu'en la seule vertu qui est celle qui nous distingue devant Dieu disoit elle. C'est pourquox aussy comme elle a dit a quelques persones elle n'a jamais eu inclinaon et particulière affection pour aucune ou elle n'en ait reconu pour la perfection aimant plus celles qui travailloient à s'y advancer. Mais comme elle conseilloit qu'en Boy on oubliast la grandeur et naissance elle vouloit qu'en autruy l'on la considerast et fist estât de ce que chascune de ses sœurs avait laissé pour Dieu quittant9 le monde. J'ay eu le bien de recepvoir plusieurs lettres en diverses occurrences mais jamais elle ne s'est signée dautre nom que celuy de Sr Jeanne de S1 Benoist par pratique le conseil angelique oublies ma fdle la maison de vostre Père et cest ainsy que S4 Louis avoil accoustume de signer Loys de Poyssi a cause du cresme et baptesme qu'il avoit receu dans Poissy, faisant plus destat du nom de chrestien qui luy estoit venu par le moien du baptesme que du tiltre glorieux et très chrestien de Roy et l'onction de son sacre. Et ce qui me semble digne d'une très particulière remarque cest que Dieu pour mieux faire gouster la douceur de ce fruit permist par les loix de la Providence que ce germe fust corrompu par les chesnilles. Ses père et mère gens au reste de très grande qualité et d'honneur dans le monde furent hérétiques car ce qui est maintenant la faction et la vermine estoit pour lors la religion des grands. Elle nasquit dans le fort de l'heresie l'an 1574 et aiant suece l'erreur aveq le laict elle neut pas si tost l'usage de la raison quelle dogmatisoit en ministre l* Elle nestoit pas huguenote ny par grimasse extérieure ny par estât mais en vérité par principe de religion naiant autre chose en bouche que leternel le tout puissant, le christ et levangile ; elle faisoit doubte a toute la noblesse qui ne marchoit aux afaires de la religion que par des considérations humaines. Ce zèle embrasoit si fort cette petite ame révoltée que madame de Peray sa mère, ses sœurs parentes et aliees qui nestoient pas sy avant dans la prétention de la reforme s'enfuioit et cachoit d'elle comme d'un petit espion des ministres, et en efîect elle deiïeroit au consistoire celles de la maison qui se fusoient ou faisoient quoy que ce fust contre la pureté prétendue du nouvel Evangile. Je diray bien davantage que n'aiant que treze ans elle estoit si bien versée a touts les deffaults et souplesses ministerriades si bien armée des passages de l'escriture que les prédicateurs emploient à la subversion des aines questant a Limoges au monastère de la règle aveq madame de Laveran sa tante elle esbranla et embrouilla lesprit de plusieurs fdles et en avoit desja perverti deux qui eussent jette le voile sy prompt ornent on n'eust affermi leur esprit par la solidité des bonnes raisons et si on ne se fust défait de bonne heure de cette petite ame persecutive. bien plus la nécessité du tempsj11 et le desordre des guerres aiant contraint madame de Peray et toute sa famille de chercher l'asseurance de leurs vies dans une forest auprès de Yendosme elle sestant aperceue après six ou sept jours d'icommodités souffertes que ses sœurs et sa mère chanceloient dans leur resolution et consentoient laschement a quelque simulation extérieure pour éviter les poursuites qui se faisoient contre les huguenots elle prescha si bien et fortement sa famille exhortant tout le monde au martyre quelle les fist résoudre de mourir plus tost que d'embrassoit la religion catholique quelle appelloit pour lors la Papante (?) et l'arçon de Genesve. Mais bon Dieu quel petit apostre de Lucifer voions nous maintenant et quelle signalée servante de Jésus Christ verrons nous en peu de temps. Il y avoit dans ce petit esprit comme dans celuy de S1 Paul du zèle
très ardent pour un erreur qui luy silloit les yeux et qui neantmoins au travers de ces ténèbres faisoit esclatter des bluettes d'un feu qui nestoit pas fait et allumé pour en demeurer la, toute enfant quelle estoit elle s'apperceut que la reformation de Calvin estoit une muraille seiche et quil ne falloit qu'un coup de|12 pied pour renverser tout cet ouvrage, quil manquoit dans cette Religion des cérémonies et des cloistres pour les filles qui auroient courage de vivre en lestât de célibat .qui le deroit elle se détermina de reformer la reformation mesme et adrousser au dessein de la Religion ce que les Ministres en avoient retranché comme persones terrestres composées de chair et de sang. Elle eut le courage de dresser le plan d'un monastère de fdles huguenotes, elle en avoit desja gaigné plusieurs de mesme résolution desquelles elle devoit estre la supérieure. Mais comme cestoit un avorton baveux et un potiron de pieté suravancee qui navoit autre racines que sur la resolution d'un eufaut Dieu qui la reservoit par des desseins bien différents perinist que ce fruict verreux tombast de soy mesme nostre Seigneur la toucha elle vint a maturité et sur sa vingtiesme de son âge elle commença d'elle mesme de s'appercevoif par la bonté de son esprit des horribles crevaces ' que faisoit l'heresie de Calvin et du peu de goust et satisfaction qu'un esprit bien fait peut trouver dans le choc et dans l'avidité de ces contestai ions éternelles. Et comme Dieu luy avoit donne une douceur merveilleuse avec une vivacité desprit incomparable, elle ne se VQulut rendre qua la raison, à laquelle toujours elle faisoit gloire de tendre les bras et de rendre les armes sans s'opiniastrer a comliatre la vérité conneiie, qui est " une très claire marque ou de reprouvement ou de solidité et de peu de sens naturel. El comme elle entendoit. les controverses de la religion par dessus la capacité de son âge et son sexe elle estoit capable de mettre sa confusion en l'esprit des docteurs s'ils n'estoient fort asseurés en leur contenance et présents a eux mesmes. Sy on pensoit la paier de probabilités vraiessemblanees populaires elle montroit qu'elle n'avoit passion contre, si on taschoit de l'embarasser dans des sophistes, cestoit un petit tigre. Si on prenoit le change des questions ou si on entamait des nouvelles matières pour se sauver par des évasions affectées si on effleuroit les matières si on voltigeoit légèrement par dessus, elle scavoit bien relancer son docteur dans les brisées et jamais ne demordoit d'une proposition ou d'une difficulté commencée quelle n'en vist la dernière resolution. Enfin nostre Seigneur qui aiant esleu cette aine pour lui rendre l'obiect de ses miséricordes et le très digne instrument dont il se vouloit servir pour opérer tant de merveilles en cette maison, il permist par une très spéciale providence que madame sa mère l'y aiant amenée pour estre a la bénédiction de madame de Lavedam sa tante eut une afaire qui l'obligea a un petit voiage pendant lequel)14 feu madame sa fille estant desja dans le doubte secret en son esprit la pria de luy permettre de demeurer aveq madame sa dite Tante ce qu'elle fist fort volontiers ne se deffiant de rien moins que de son dessein elle luy recommanda seulement de ne prescher point tant les Religieuses de céans et quelle les laissast en paix jusques à ce que le Seigneur leur eust donné la bonne lumière, ainsy appelloit elle lerreur de Calvin. Elle luy promist de luy obéir en cela car elle avoit pour lors un autre zèle qui estoit de penser et profiter a soy mesme elle déclare donq son dessein à madame sa tante qui luy donne la conférence de plusieurs docteurs entre autres du Père Boulenger2 qui est mort depuis sainctement dans nostre compagnie, elle oit toutes leurs raisons, produist les siennes, considère tout et enfin se rend a Jésus Christ.