DISCOURS INÉDIT DU ÊÊRE GARASSE
Voie) des changements estranges et des opérations très évidentes de lespnl de Dieu, elle ne fut pas catholique quelle ne bruslast aussy tost du désir de passer plus avant elle se souvient de ses chymères frénétiques quelle alloil resvanl doucement dans l'erreur de Calvin sur lestablissement d'un ordre qui ne fut et ne sera jamais hors de la vraie eglize, ses songes Commencent à sespurer, ses idées qui s'avortoient jadis dans son esprit onsolident maintenant de l'espesseur de la fumée, elle vient au clair de la vérité.
Elle demande d'estre receue soubz la conduite de madame de Lavedam sa tante, madame de Perav a son retour la croiant ramener trouve touts ees changements, elle s'afflige, elle se fasche, elle use de douceurs, de rigueurs et de tout ce que lamour d'une mère fournist en telles occurrences pour taire quitter la S,e Resolution a madame sa fille, mais elle est moins esbranlahle quun Rocher aussy estoit elle fondée sur la vraie pierre de Jésus Christ. Après cette espreuve elle en eut une autre qui fut l'attente et retardement de ce quelle desiroit sy ardemment scavoir lhabit de la Religion, car Madame sa mère ne pouvant gaigner sur son esprit pour laisser sa nouvelle créance luy demanda quelle fust au moins un an sans prendre lhabit de Religieuse a quoy elle luy obéit et fut quinze mois entiers acte que je nestime pas peu vertueux.
Elle nest pas si tost novice que la voila changée tout d'un coup, et aiant leu la règle de S1 Benoist elle sy affectionna de telle sorte que jamais elle n'a cesse qu'elle ne soit veue en parfaite pratique en cette maison, dès lors elle avoit d'extrêmes peines de voir le peu d'estat que l'on en faisoit et disoit a Madame quelle lisoit en cette règle tout ce que l'on ne faisoit point en la maison et luy marquoit telle et telle observance ou Ion manquoit. Et disoit que ce nestoit pas estre Religieuse que de vivre dans un tel délaissement elle list beaucoup de pénitences et austérités a ce commencement et demeura six mois entiers " revestùe continuellement d'un rude cilice elle couchoit ordinairement toute vestùe sur les aix de sa cellule et comme elle estoit venue au monde a deux heures du matin Dieu luy avoit donné cette inclination naturelle que toute sa vie dans la maison de ses parents elle se levoit a la mesme heure pour faire ses prières mesme dès son enfance il la faloit lever et promener à la mesme heure autrement elle ne cessoit de crier de façon quelle n'a eu nulle peine aux veilles de la nuict qui ont coustume néant moins de faire une grande partie des austérités de la Religion, elle fut la première en cette maison qui commença de se lever a minuit pour l'office divin ce qu'elle a continue jusques à la mort aveq une si inviolable rranee qu'elle nen a pas une seule minute les dix dernières années de sa vie.
Mais toutes ces rigueurs et austérités ne sont que le noviciat, et apprenge de son eglize primitive a mesure quelle s'avancoit en âge elle gaignoit aus>i paix bien avant dans la perfection Religieuse. Madame de Lavedam sa tante voiant le progrès de ses vertus jugeoit quelle ne pouvoit avoir une plus digne ny plus honorable dépositaire de sa charge que celle que la nature avoit fait naistre pour luy succéder et la grâce avoit ornée pour la devancer en mérites ; et sans luy en parler un seul mot '" elle luy procure ses provisions de Paris et de Rome pour cette abbaye. Il fallut user d'artifice pour luy faire accepter la charge laquelle neantmoins elle receut aveq prome.--*' a Dieu de s'en acquiter à la descharge de sa conscience et introduire la reformât ion le plus efficacement qui] seroit possible a la douceur de son esprit et bien que jamais elle ne fist aucune, action dabbesse durant la vie de madame sa tante luy renvoiant t.ousjours tout ce qui pouvoit donner de l'ombrage à un soleil couchant, neantmoins elle ne laissoit pas de faire la principale fonction d'abbesse cest a dire de commander par l'exemple de
sa vie posant peu a peu des premières couleurs, et la première couche d'une très haute et très parfaite supériorité a laquelle Dieu la conduite l'espace de trente ans quelle a porté les eiïectz et le tiltre d'abbesse. Il est vray quelle essuia des merveilleuses amertumes et luicta contre des estranges flotz de contradiction que la licence du temps luy souslevoit a toutes heures et certes la violence du tourbillon eust été capable de luy arracher mille foys le gouvernail des mains, si Dieu ne leust prévenue et accompagnée d'une force desprit plus insurmontable que ces dilficultés. Combien de foya sur les commencements de sa charge se sont ils trouvés d'esprits farouschés dedans et dehors qui ne li goustpient pas ces changements et qui ne regardaient les grisles quelle fist poser a toutes les avenues delà maison quaveq j eux de Panthère et de Tygre enfermes dans une geôle. Combien de foys comme personnes forcenées luy sont ils venus sauter en croupe luy tlire des paroles cuisantes et luy compter des mots nouveaux tout exprès pour luy faire lascher la prison et jetter les afaires dans un abysme de desespoir, combien de foys en semblables rencontres sest elle jetlée aux pieds de ses persécuteurs. Combien de foys a l'exemple du grand S1 Ignace a elle adore les griffes des lions et les pattes des ours que le désordre dis temps lançoit sur elle pour la dévorer. Combien de foys par l'humilité de ses actions et par la douceur de son esprit a elle tiré des larmes de contrition et pénitence des yeux mesme qui ne dardoient contre elle que des flammes de cholere et des esclairs de menaces. Elle se souvenoit que les douceurs picquantes du soleil du printemps l'avoient emporté pat- dessus les bouches enragées des aquilons et de la bise pour despouiller le voiageuT d'Œsope et se servant de l'instruction de cette Parabole elle n'emploia que la douceur efficace de ses humeurs pour retrancher et arracher les super- Huit es et despouiller insensiblement les propriétaires de leurs commodités particulières. Elle commença par elle mesme, elle se defîist de tout ce qui pouvoil ' ' ressentir la grandeur de maistresse. Elle quitta le logis qu'on appelluit le quartier de Madame. Elle choisit la plus incommode chambre de la maison dans laquelle elle a voulu rendre l'ame elle mistt outs ses meubles a la manse commune elle apauvrit l'abbesse pour enrichir l'abbaye, elle ne se servoit de son autorité que pour autoriser ses bons desseins et avoir le moien de pouvoir souffrir impunément en courant la première a l'observance de sa communauté, elle y attiroit toutes les autres plus efficacement par son silence que par ses commandements, estant absolue dans la charge après la mort de madame, cette liberté qui eust peu faire prendre le large a quelque autre lui servit de bride plustost que de longes et considérant quelle estoit maistresse et servante de ses filles et la loy vivante de la maison elle sestudia tout de bon a la conqueste des vertus et bonnes qualités d'une parfaite supérieure. Elle en tira le dessein de l'idée des règles de S* Benoist qui demande aux Supérieurs de son ordre ce bon exemple de vie, la charité, la dévotion, la prudence et le courage. Pour l'exemple on peut dire que tout parlait en madame son vivre ordinaire qui estoit un jeusne quasi continuel, sa boisson qui n'estoit que de l'eau teinte car pour le vin, quoique elle eust peu se servir du commandement ou de l'indulgence de S* Paul)20 a Timothée ou en user modérément pour fortifier la faiblesse de son estomach, elle sestoit taillée neantmoins une certaine mesure par jour qui estoit une petite fiole de celles qui servent au sacrifice de la Ste Messe, son vestement le plus pauvre de logis, son coucher sur un lodier ' de six a sept livres de laine, sa chemise de sargette laquelle elle ne quitta jamais quelque presse qu'on luy en peust faire et quelques incom-