‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 31 sur 276 · DISCOURS INÉDIT DU PÈRE GARAS · texte numérisé non relu

DISCOURS INÉDIT DU PÈRE GARAS

modités d»' maladies de chaleurs de voiages <|ui se rencontrassent : outre cela très souvent le cilice sur le dos, des disciplines fréquentes des austérités excessifves, l«-s veilles continuelles ne ddrmant que trois heures pour le plus chaque nuit, elle estoit la première en touts les excercies de la communauté elle nusoit daucune dispense que pour enchérir au dessus de la règle.

Sa prudence et sa charité deux bonnes sœurs et communes estoient de vray une sagesse et une affection de mère a l'endroit de ses fdles et je ne veux point d'autres tesmoins que ses larmes, ses cris ses vociférations, publiques qui ont fait retentir le logis durant tout le cours de la maladie et le huitiesme de son decedz les larmes des pauvres sont des bonnes harangues funèbres a la louange des riches decedés ; mais les pleurs dune communauté Jt ne le sont pas moins a la mort d'un chef de famille. Elle gouvernoit ses filles non obstant la diversité de leurs humeurs comme si elles eussent esté jettées sur un mesme moule, elle avoit emporté par la montre de ses affections une telle confiance sur l'esprit de toutes les bonnes filles quelle tenoit en sa main et gouvernoit souverainement les pensées et les volontés de toute la maison et en pourroit dire véritablement quil ny avoit céans que la volonté de Madame et que neantmoins chacunne faisoit sa volonté, par la sage condescendance du chef a touts les membres : son soin maternel parroissoit bien partout mais principalement au vivre ordinaire de la communauté, elle prevenoit les plaintes et les estoufoit si puissamment dans un honorable traitement que sa nature quelque mal mortifiée quelle soit eust eu honte de former ses premiers ombrages de plainte, elle se mettoit devant les yeux. Comme elle me la dit souvent que les filles nestoient pas des chambrières a gages mais bien des filles de très bonne maison qui sestoient rendues volontairement au service de Dieu auxquelles elle faisoit oublier le foyer de leurs parents par le tesmoignagne dune charité plus que maternelle mais principalement a l'endroit des malades lesquelles elle traictoit aveq un tel excedz d'amour que les maladies se rendoient aucunnement désirables et les -- infirmeries qui sont partout ailleurs comme les prisons du monastère estoient icy par la charité de son bon traictement des maisons de récréation et de plaisance ; pour danger quelconque de mal contagieux elle n'abandonnoit ses filles mais faisoit son refectoir, sa chambre et son parloir au chevet de la plus malade et comme touts les esprits ne sont pas jettes en sable ny faictz au moulinet, elle a souvent abysmé dans une mer damour par sa sage conduite et insurmontable charité les aspretés de nature et les contradictions qui se charroient bien souvent du siècle dans la religion. Les diamants ne naissent pas touts tailles et la brutalité de leur naturel donne souvent de l'exercice a l'industrie de l'orfeuvre ; c'est radoussissement d'esprit que la charité de Madame estoit merveilleuse, car les injures des faux amis de Job n'eussent pas esté capables d'altérer la douceur de son esprit ny les impossibilités de luy faire perdre le courage et de la rebuter et ce quon doibt estimer en ce fait cest quelle ne scavoit user ny de ses avantages ny de ses victoires, elle ne donnoit rien a son industrie mais tout au bon naturel de ses filles, comme1 a la cause de tout le bon règlement et des heureux succedz, que nous voions, a son dire ce ne fut jamais son industrie -: ny sa charité qui ont remis le bon ordre et la sainctete dans la maison de céans ce sont les bonnes et sainctes filles que Dieu luy avoit envoiées, et choisies à ces fins, la charité nest point glorieuse, et ne vis jamais moins d'affection de charité quen cette ame qui nen aspiroil «pie lo> effectz. Elle ma dit souvent quen vérité elle n'avoil rien fait en l'ouvrage

1. Entendez a de même que, à la cause... ce ne fut jamais elle. » Lis son. — Mélange?. 3

de cette reformation que de servir d'empeschement aux desseins de nostre maistre. Il y a fort peu de capitaines de cette humeur qui renvoient le gaing de la victoire sur la vaillance de leurs soldats et n'en donnent aucunne part a la sagesse de leur conduite.

Pour son courage qui faisoit une bonne partie de sa supériorité cestoit une vraie mousche a miel. Lugentes animos augusto in corpore servans sil est vray ce qu'on dit des mousches a miel. Je men remets quelles vont a la picorée des fleurs à plus de cent lieues de leurs cellules mais il est bien véritable au courage de feu Madame. Elle navoit pas seulement à cœur le bon estât de la maison de céans. Elle s'interessoit en touts les ouvrages qui touchoient tant soit peu le service de son espoux. Ilny avoit coing du royaume ou ellen'eust des sainctes intelligences pour remettre un bon règlement dans les maisons qui avoient ressenti les effeetz du libertinage 2t el la malignité del'heresie. Elle a envoie de ses filles en Normandie, «-n Bretagne, en Anjou, en Limousin, en Tourainc comme autant de mousches a miel pour y travailler au restablissement de la religion, elle a reçeu dans ce monastère plusieurs abbesses que l'odeur de ses vertus y avoit attirées comme des petites reines de Saba qui confessoient a leur retour et par leurs deportements et par leurs paroles que la renommée faisoit tort a la maison de la Trinité, ne publiant que la moitié de ses vertus et du courage de feu Madame.

Il n'y a nul doute quen ses peuplades, en ses voiages, en ses colonies, en m s excursions religieuses elle n'ait esprouvé de très grandes contradictions des lieux, des personnes, des mauvaises langues qui s'intéressent en tout hormis en leurs allaites mais aveq une douceur d'esprit incomparable ,et aveq une merveilleuse égalité d'humeurs, elle est venue a bout de ses desseins et je ne doute point qu'elle ne soit maintenant regrettée et admirée après son decedz des personnes qui luy ont fait quelque résistance durant sa Aie. Je ne veux pas iey passer soubs silence une bénédiction très particulière en la bonne intelligence et mutuelle charité qui avoit lie très estroitement le cœur de feu madame de céans a celuy de madame de Ste Croix et de toute sa très saincte famille, aveq le bien et l'advancement mutuel de ces Stes maisons lesquelles aiants l'honneur destre les les plus anciennes de la chrestientép et des plus illustres de tout le monde ont eu ce bien que de voir deux Stes communautés sentreaimer connue des Anges terrestres aussy la croix ne se sépare jamais de la trinité et l'un ne marche point sans l'autre, nous commençons et finissons par là nos œuvres et faut de nécessité que les autres comunautés de filles espandues par la chrestiente viennent comme des samaritaines a la fontaine de la Croix et de la Trinité puiser les sentiments de l'esprit religieux.

Mais je serois injurieux à la mémoire de madame sy je ne donnois une bonne place à la tendresse de sa dévotion. Je veux que cette vertu couronne mon discours comme elle couronne en paradis cette Ste ame. Il est vray que la vivacité, la promptitude, la bonté de l'esprit et la solidité du jugement ne font rien bien souvent au fait de cette tendresse que nous appelions spirituallité, que cest une grâce de nostre seigneur réservée pour les humbles et que souvent les meilleurs esprits en sont les moins capables. Vous l'aves ainsy voulu mon Père, disoit Jésus Christ nostre maistre, vous aves caché ce secret aux plus sages et laves communiqué aux plus simples, mais il est vray que quand la spiritualité rencontre un jugement de Ste Thérèse ou un esprit de Ste Catherine de Sienne, elle y fait bien d'autres merveilles que dans un esprit simple ou dans un jugement idiot et que la dévotion dans une personne scavante et judicieuse est bien d'autre espèce et d'autre saveur devant Dieu que la spiritualité des ignorants!-6 qui ne sont devotz que par des dispositions favorables en leurs bons naturels. Hz ont bien sapientiam mais ilz n'ont pas sapidam sapientiam sanctorum. Hz ne goustent

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