DISCOURS INÉDIT DU PÈRE GARASSE
pas les délices de la spiritualité comme ceux qui ont la clef du jugement et la bonté de Pespril ceux la dans leur dévotion ignorante adorent et croit-ut 1rs mystères de notre foy, qui est bien asses, mais ceux-cy tes savourent et les goustent en les adorant, qui est une espèce de félicite anticipée.
Or il ny a personne de nous qui ne conneust l'esprit très excellent et la solidité du jugement de feu madame. Il ny avoit que ceux qui ne le pouvoient suivre qui lestimoient trop viste et cest accuser les anges et blasmer la promptitude «l'un hou esprit. Jay souvent conféré très particulièrement KVeq elle, mais je confesse que mille foys je me suis estonné de la vivacité de son jugement, de ses reparties, des demandes ingénieuses des doubles spirituels qu'elle me proposoit, des resolutions qu'elle me demandoit, des ouvertures que le S' Esprit luy faisoit dans les plus hauts secrets de la théologie mystique. Je1 puis dire sans flatterie que la conférence de cette dame m'a fait connoitre que les bancs de la Sorbonne et la poussière des classes de la Théologie ne sont pas les meilleurs maîtres du monde, puisqu'un oratoire et une cellule avoient esté capables d'enseigner à ce bon esprit ce que nous achaptons bien chèrement par la continuation des dispute- éternelles. Je me suis esbahy de luy entendre citer très à propos les meilleurs livres de dévotion qui ne sont que dans les cabinets des plus sublimes et raffinés docteurs. Je me suis veu l'esprit interdit à l'ouïr discourir sur des passages de l'Escriture qui contiennent les axiomes de la plus espineuse théologie mystique, et mesme elle est morte en tesmoignant la bonté de son esprit et les connaissances théologiques qui surpassent la capacité d'une femme. Car, comme son père confesseur l'eut communiée pour la dernière foys et qu'il luy eut dit en la consolant : Et bien, madame, vous avés logé nostre Seigneur dans vostre cœur par l'union sacramentale ; c'est un bon efTect d'une malheureuse cause, et un fruit de nos péchés que l'incarnation et le sacrement de l'Eucharistie. Elle luy répartit, quoique aveq beaucoup de difficulté : Mon père, ne vous persuadés pas cette opinion de théologie car il me semble très évident que le Filz de Dieu se fust incarné bien que nous n'eussions point offensé son Père, et c'est pour cela mesme que les anges sont entrés en jalousie contre la nature humaine, voiants l'honneur que le Verbe luy vouloit faire de s'unir à elle hypostatiquement; car je confesse qu'il faut avoir des lumières particulières pour advancer ces propositions, et que ce n'est point le fait d'une simple fille de sunder de telles questions qui sont capables d'embarrasser les plus solides esprits des hommes ; et néanmoins elle donna très sagement la commune résolution de tous les théologiens modernes, quoy qu'elle soit contre l'opinion du docteur angélique S4 Thomas.
Mais ce que j'estime encore plus estoit la pratique de telles choses. Elle avoit des inventions et des industries inouiës pour entretenir le feu du sanctuaire, car outre que depuis l'Age de trente à quarante et cinq ans elle communiait trois foys la semaine et tous les jours depuis quarante et cinq jusques au cinquante et sixième de son «âge qu'elle est décédée, elle s'étoit aduisée d'une chose par l'onction de l'esprit intérieur que je n'ay jamais ouy ny veu pratiquer ailleurs.
Elle avait un très particulier sentiment à trois mystères de nostre foy, ;i la saincte Trinité, à la passion du filz de Dieu et au S4 Sacrement de l'autel. Ht pour cet effect, non seulement elle avait composé de très excellentes méditations, pour son contentement et pour l'instruction de sa très sainte
1. Jusqu'à cet endroit la copie «lu document avait été faite par Cli. Fiachaire. A partir de cet endroit elk a été exécutée par les soins obligeants de M. l'Archiviste de la Vienne.
famille, mais aussy elle destinait trois de ses filles la semaine pour honorer ces trois mystères en toutes leurs actions de la journée.
La première, le dimanche, qui estoit un continuel exercice d'honorer la saincte Trinité par des actes d'adoration, de communion, de prières mentales et vocales et de toutes les actions de la journée, ne faisant rien tout le dimanche qu'à l'honneur de la très saincte Trinité. La seconde avait le jeudy pour son partage, auquel elle devait rapporter toutes ses intentions, affections, ouvrages, paroles et mouvements à l'honneur du très sainct sacrement.
La troisième avait le vendredi, auquel jour elle consacrait son cœur, sa main et sa langue à l'incarnation et passion de Jésus Christ. Et cela se pratiquait par rolle toutes les semaines et avait passé en règle qu'on le garderait pour jamais dans sa maison de céans. Elle s'étonnait comment il se peut faire que nous perdions Dieu de veue.
El souvent elle a confessé à ses sœurs qu'elle ne se trouvait jamais hors de Dieu et de sa présence, voire elle avait cette faveur sy habituelle qu'elle ne pouvait se persuader qu'une âme de religieuse fust hors de l'intériorité de l'esprit. Elle n'estait jamais hargnieuse ny pesante que quand elle estait contrainte de prester l'oreille à des discours du monde, lesquels elle scavait bien sagement relever et ramener dans la spiritualité, sans affectation ny offense de ceux qui l'entretenaient. Et je puis déposer sainctement en faveur de cette vérité que d'un nombre infini de foys que j'ay eu l'honneur de conférer aveq elle, jamais elle ne m'a lancé sur des discours inutiles mais toujours entretenu dans la spiritualité, ce que j'ai dit souvent et en plusieurs endroits à sa louange.
Qu'attendes vous maintenant de touts ces discours autre chose qu'à cette conséquence naturellement nécessaire que feu madame Jeanne de Guichard estait une grande et signalée servante de Dieu, Que c'est une gresle bien pezante, quoi que prétieuse comme des talents d'or qui est tombée non seulement sur la maison de céans, mais sur toute la ville de Poitiers, voire sur toute l'églize au déeedz d'une sy saincte dame. Dieu nous punist en retirant de nous ceux qui arrestent le cours de sa cholère, et pour nioy, je ne fais nul doubte qu'elle ne soit bien haut en paradis et ce n'est pas d'aujourd'huy que nous avons des arguments pour voire cette vérité, car il y a plusieurs années qu'une saincte fdle mourant dans la maison de céans, s'escria sur le point de son decedz en présence de toute la communauté : Mes sœurs, mes sœurs, merveilles, merveilles, je voy dans le ciel un cabinet richement orné, et on me dit que c'est la place de madame. Les diables mesme à sa mort ont esté contraincts de déposer en sa faveur, car incontinent après son déeedz, trois fdles sans ce communiquer les unes aux autres ouirent en divers endroits de la maison des hurlements de bestes comme des chevaux eschapés et des taureaux mugissants, ce qui me fait dire aveq le prophète Zoel : Mugierunt grèges armenti quia non sunt pascua eis,ceq>. 1. Soit qu'ils s'encourageassent et menassent une joie diabolique à la mort de celle qui leur faisait une cruelle guerre ; soit qu'ils muglassent de rage la voiant sur le point destre enrichie de- leurs dépouilles et de la perte de leur gloire. Mais quoy que ce puisse estre de ces bestes velues comme les appela le prophète Izaye, elle a fait une mort convenable au train de sa vie que nous avons descrite et certes si les anges mouraient, ils ne scauraient souhaiter une plus heureuse mort dans la souffrance continuelle d'infinité de douleurs, dans la patience d'un âme décharnée du monde, dans la douceur dé l'esprit angélique, dans la lumière d'un jugement rassis, dans l'avant-goust d'une gloire bien heureuse, qui la contraignait souvent de tressaillir de joie, et de la soubsrire au milieu des larmes de ses filles.
En somme à l'exemple de Jésus Christ dans l'obéissance de suite aiant