Thèse latine sur Philibert Bugnyon
2. De ce que Habert qui latinisait en prose s'adresse ici aux poètes, faudraitil conclure que le latinisme lui paraissait inutile ou même fâcheux en poésie, forme déjà assez noble et littéraire par elle-même, tandis qu'il était le seul moyen d'élever et de poétiser la prose? Cette explication est peut-être un peu subtile.
sieurs remarque? : nous voyons tout d'abord que l'italien servait aussi bien que le latin à ce renouvellement du vocabulaire. Et en effet, si Geoffroy Tory distingue les latiniseurs qui transfretent la Sequane des plaisanteries qui réclament une lesche de jour, Rabelais en revanche prête avec raison ces deux expressions à son écolier. Aussi bien, encore une fois, ce que recherchaient ces « maraux » ce n'est pas de paraître savants, c'est comme dit d'Aubigné, d'être « élégants », de se distinguer du vulgaire, tout comme vers 1835 quelques-uns de nos romantiques affectionneront les termes d'origine ou de forme allemande et substitueront au participe démodé stupéfait la forme plus originale stupéfié*. Mais ce qui est peut-être le plus curieux dans ce passage, c'est de voir blasonner tenu pour un mot latin et tout récent, alors qu'il est d'origine purement française et qu'il remonte au moins au xve siècle. Pas plus que ses contemporains et que beaucoup de critiques modernes, Ronsard n'hésitait à traiter de latiniseurs tous ceux qui par recherche d'élégance et pour se singulariser employaient des constructions ou des termes étrangers à la langue courante.
Si latinisme est bientôt dit, émule de l'écolier limousin n'est pas un reproche beaucoup plus clair. Il s'agirait d'abord de déterminer l'intention de Rabelais dans ce chapitre fameux. On en connaît les sources livresques ou orales. Geoffroy Tory a fourni textuellement plusieurs des phrases qu'il met dans la bouche de son écolier, et c'est en effet à propos des latiniseurs et escumeurs de latin que l'auteur du Champ fleuri/ avait fait ces citations. Mais il serait inexact de juger de l'intention de Rabelais uniquement d'après celle de son modèle, et c'est à lui-même qu'il convient de demander si dans ce passage il a voulu critiquer ceux qui prétendaient parler latin ou français. Sans doute l'écolier écorche le latin, et Rabelais ne manque pas cette occasion d'un facile calembour : « Tu escorches le latin, dit Pantagruel ; par Sainct Jean, je te feray escorcher le renard, car je te escorcheray tout vif. » Sans doute aussi le Limousin déclare lui-même qu'il desprime la verbocination latiale. Mais cette déclaration a-t-elle dans la pensée de Rabelais toute l'importance qu'on lui prête d'ordinaire. Est-elle bien la définition de l'écolier et de ses semblables? Je ne le crois pas. Non seulement en effet cette phrase est un souvenir littéral de Tory, mais elle se trouve liée à d'autres phrases qui ne font qu'exprimer sous une forme recherchée et avec un vocabulaire latin prétentieux les occupations habituelles de notre écolier : « Nous transfretons la Sequane au dilucule et crépuscule... comme versimiles amorabonds captons la benevolence de lomnijuge omniforme et omnigene sexe féminin. . . ; nous cauponizons es tabernes méritoire de la pomme de pin..,. » Pourquoi attribuer à l'une de ces indications une valeur excep-