‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 42 sur 276 · Les écho vins · texte numérisé non relu

Les écho vins

2. Cf. Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, Paris, IL Champion, 1911, in-8, p. 130, d'après Dclaborde, Les Ducs de Bourgogne, t. III, n° 6236 ; voir aussi Champion, p. 126, note.

3. Gargantua, chap. xxiv, édit. Abcl Lcfranc (Paris, Champion, 1913, in-4), p. 240-241 et notes, où est cité Etienne Pasquier, Recherches, VII, 5 : « Nous avons veu en nostre jeunesse les Jovingleurs se trouver à certain jour tous les ans en la ville de Chauny en Picardie, pour faire monstre de leur mestiei devant le monde. » Cf. aussi Ed. Fleury, Trompettes, jongleurs, et singes de Chauny, 1874, in-8, et G. Cohen, Rabelais et /<• Théâtre, extrait de la Revue des Etudes rabelaisiennes, t. IX, 1911, Paris, IL Champion, 1911, in-8, p. 46 et notes.

Lansox. — Mélanges. 5

(F0 32 v°) : A Maistre Guillaume de le Chiere et son frère pour le parfait des 48 £, dont il avoit marchandét à ladicte ville pour faire les secrès dudit mistere, comme aussi pour le recreue de 42 1. 1. à eulx ordonnées depuis par Messre Eschevins, a par moy esté payez, outre 52 £ 10 s. t. à eulx délivrées sur lesdictes parties, ycy mis la somme de 37 £ 8 s.

Audit maistre Guillaume, pour le secret du Pinacle, le fau-corps sainct Jehan, le couteau Herodias faint, le couteau faint dont llerode se tua, les polions [poulies], dont Judas se pendi, le lance, le fer et le custode | prison , deux coulons [pigeons] faint, dont [un] estoit rouge, troix escories [courroies] de secret, troix molles [moules] à fuzées, deux faulx visaigèfi de mors, le molle de deux bastons dont Dieu fu batut, a esté payez pour l'achat desdictes parties fait par Messrs eschevins audit maistre Guillaume : 60 s.

Ce sont là des parties mobiles de la décoration. La partie fixe, sur laquelle elles reposent, est constituée par des praticables, « plantés » sur le « hourt » ou scène, vaste échafaud, dont le « massart » eût bien fait de nous donner la situation, la forme et les dimensions exactes au lieu d'en métrer les lambourdes de « 14 pié chacune, payez au pris de 2 sous pour chacune lambourde » (f° 5 r°), les soles et les chênes débités pour les y tailler. On peut cependant localiser le hourt par les mentions suivantes, la première, toute générale :

(F0 5 r°) : A Jehan Horion dit Ninchon, pour 43 voitures de bois atout [avec] son chariot et cheval, amenées audit hourt sur le Marchiet...

qui indique assez nettement que la scène était, comme il fallait s'y attendre, sur la Grand'Place ou grand Markiet, lequel atteignit ses limites actuelles dès le milieu du xive siècle1.

La deuxième mention va nous permettre de préciser davantage :

(F0 3G v°) : Item pour 2 oeilles 2, servant à Vengien estant en la maison d" Allemaigne pour avaler [faire descendre] la nuée du déluge.

Le secret ou truc du déluge étant, comme nous le verrons, au Paradis, il est certain que celui-ci est adossé à la maison d'Allemaigne. Or, d'après ce que m'apprend l'érudit archiviste de Mons, M. Poncelet : « Aucun immeuble de la Grand'place (Grand Marché) n'était enseigné « à l'Allemagne », mais une maison était occupée en 1501 par une famille Du Rieu, dont les membres, en l'occurrence Jean, puis le fils, Jacques, et ensuite le petit-fils, Olivier, étaient appelés Du Rieu dit d'Allemagne (je ne sais pour quelle raison). Je crois donc que, dans ce cas,

1. Son agrandissement fut décidé en 1348, cf. Devillers, Carlulaire dea comtes de Hainaut, t. I, p. 316.

2. Cf. Dictionnaire général de la Langue française de Darmcsteter, Hatzfeld et Thomas, V° Œillet : « bague pratiquée au bout d'une manœuvre pour y passer un cordage. »

le nom de l'occupant a été attribué à l'immeuble, immeuble qui d'ailleurs n'eut point d'enseigne avant la fin du xvne siècle. Cet immeuble, qui est actuellement occupé par un débit de boissons enseigné Café de la Paix, fut acquis, le 24 août 1494, par Jean Du Rieu dit d'Allemagne, qui y habita certainement jusqu'en 1504, année durant laquelle il acquit, le 9 mars, une autre maison, située proche de la première et qui est actuellement la maison Franeau ».

Un troisième article enfin nous indique où était l'entrée de la scène :

(F° 21 recto) : Item pour 1 aisselle [aisseau] sur Ventrée du hour envers le Seuwe :2 s.

Voici encore, sur ce point, l'explication de M. Poncelet : « J'ai trouvé nombre de mentions d'une maison dite de le Seuwe, située assez près de la maison d'Allemagne, dont elle n'était séparée que par un seul immeuble. Cette maison avait appartenu à une famille de le Seuwe, dont un représentant, Jacques, la vendit à la fin du xve siècle ; cette maison contenait un coulant d'eau longeant une ruelle et dans l'immeuble qui y correspond aujourd'hui (Bazar de l'Hôtel-de-ville), on constate encore l'existence de cette particularité. Je vous fais tout de suite remarquer que ce bazar représente en superficie plusieurs immeubles du Mons de l'an 1501, et que la maison dite de le Seuwe occupait la partie de ce bazar attenant au Café de Jemappes l.

D'après ces précisions il est probable que la scène ou hourt, s'appuyait à la ligne de maisons du côté sud-est de la Grand'place, face à l'hôtel-de-ville, depuis la maison dite de le Seuwe jusqu'à l'angle de l'actuelle maison Franeau en passant par l'ancienne maison d'Allemaigne, aujourd'hui Café de la Paix. Si, d'après ces données, on veut évaluer la longueur de la scène en la reportant sur un plan moderne, on obtient une quarantaine de mètres ce qui est, pour l'époque, une bonne moyenne. A Romans, en 1509, la scène a 33 m. 50 de long sur une largeur moindre de moitié, et, à Rouen, en 1474, 60 mètres de long ".

Il s'agit maintenant, ce hourt étant localisé, d'interpréter différentes expressions du compte des Despenses de la Passion, qui s'y rapportent. On en peut déduire qu'il y a un hourt et qu'il y a un pareque, d'où dérive notre « parquet ». Le hourt est 1' « échafaud » plus spécialement destiné aux acteurs et sur lequel sont plantés les décors.

Hourt et pareque sont clos de toute part. On accède à ce dernier par deux grosses portes sur gonds et fermant à clé. L'une d'elles est barrée

1. Il ne s'agit donc évidemment pas, comme nous l'avions cm d'abord, du lieu-dit Le Seuwe, c'est-à-dire le coulant d'eau, la rigole, au bas de la me des Clercs, lieu-dit dont il est souvent question dans le Registre aux cens seigneuriaux du chapitre de Saintc-Waudru, de l'an 1349. Les maisons sises en le Sewve furent abattu* s wrs 1350, pour l'agrandissement de la place.

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