Ibid., p
4. Ibid., -pi. III et surtout, pour une description plus exacte, voir monarticle du Bulletin de la Société d'histoire du Théâtre, 1911, p. 90-92.
En tout cas, il est vraisemblable que c'est sur elles qu'est ménagée la chambre haute où se tenait Madame la Baillive et qui fermait à clé. Je ne sais si « le comble dudit hourt » et les tentes, dont il est question quelque part dans le compte, couvrent les galeries ou les décors.
Quoiqu'il en soit, ces diverses constructions devaient empêcher les habitants des maisons riveraines du Grand Marché d'offrir leurs fenêtres à leurs amis ou de les louer à des curieux, et de diminuer, par là, la recette des organisateurs.
Examinons ces décors qu'il s'agissait de cacher aux non-payants. Les deux principaux assurément, ceux sur lesquels ont porté le plus grand effort, c'est l'Enfer et le Paradis :
L'ung me fait paour, l'autre joye et liesse,
avait écrit, quelque quarante ans auparavant, François Villon, parlant de ceux qu'on voyait au moustier :
Paradis paint où sont harpes et lus
Et ung Enfer ou damnés sont boullus l.
Les sentiments que le poète vagabond prête à sa mère étaient ceux de tout le public, mais il est probable que lôs réalisations grossières de la scène n'éveillaient pas dans l'âme des spectateurs des sentiments aussi purs et aussi pieux que les nobles et chatoyantes verrières. Nous sommes d'ailleurs plus près de la Renaissance, et le Wallon, comme le Français, est assez goguenard. On songeait un peu à son salut et beaucoup à son plaisir. Il s'agissait de réjouir la vue et d'émerveiller la curiosité par un prodigieux déploiement de trucs, autant et plus que de travailler à s'assurer l'éternité.
Je ne sais si le Paradis de la Passion jouée à Mons en 1501, eût justifié la boutade de ce peintre décorateur dont parle Guillaume Bouchet dans sa vingt-huitième Serée et qui, «se vantant de son ouvrage », disait à ses admirateurs : « Voilà bien le plus beau Paradis que vous vistes jamais. . . ne que vous verrez ' ! » Toujours est-il qu'on n'y épargne ni les « f oelles d'or », ni les « foelles d'argent », ni le « bleu d'azur », ni le « vermillon », ni les « estoilles dorées », les « ciels peinturés » et les « nuées ».
Pas plus que les bonnes gens d'aujourd'hui, les hommes d'alors ne pouvaient imaginer le Paradis qu'au-dessus de leur tête, et la machinerie matérialisait la conception métaphysique, ce qui a contribué aussi à propager la fausse hypothèse dont nous parlions tout à l'heure
1. Ballade pour prier Xostre-Dame, dans Œuvres de Fr. Villon, édit. Longnon [Les Classiques français du Moyen Age), Paris, II. Champion, 1911, in-12, p. 40-41.
2. Cf. Rabelais et le Théâtre, Paris, Champion, 1911, p. 18-19 du tirage à part.
d'une scène à trois ou même cinq étages superposés, souvent déduits d'une mauvaise traduction des mots estai1 ou estage2.
On lit dans le compte des Despenses de la Passion les articles suivants se rapportant au Paradis :
(F0 13 verso) : Item pour 3 aisselles de 14 pies de long chacune dont l'on a couvert les deux secrès et montant(s) servant au Paradis, à 3 s. pièce : 12 s.
(F° 12 recto) : Item 2 autres pièces de fer de piet et demi de long chacune et ung oeillet 3 pour bouter cordes par le deseure, servant au secret du paradis [et] pesant 16 £, à 2 s. le livre : 32 s.
(F0 15 recto) : Item pour 2 cordes de cavenne [chanvre], pesant 16 livres, à 3 s. le livre : 6 £ 3 s., l'une d'icelle servant au Pinacle et l'autre à Paradis.
Cette grosse corde de 16 livres est vraisemblablement destinée à tirer « le giste [poutre ou plateforme] de 8 pies servant au Paradis [et] qui monte et avalle [descend] », sur laquelle se placeront Jésus et les âmes des Limbes, dans leur Ascension, Ascension qui implique que le Paradis est une mansion dont le plancher domine la scène et qui est aussi fermé par une porte :
(Cf. f° 16 r°) : « Item pour une paire de pentures à marteau, 1 locquet et 1 kaisnette et 2 crampons servant à l'huys du paradis : 10 s ».
Cette porte doit être située sur le côté, parce que, au milieu de ce noble lieu, Dieu le Père, coiffé d'un diadème, en robe de pourpre, bordée de martre, tel qu'il apparaît dans le fameux retable de L'Agneau mystique'', et ganté, les pieds appuyés sur un « passet »5 ou petit tabouret, est protégé par un rideau, qui s'ouvre et se ferme au besoin. La scène médiévale, et il en est de même jusqu'au xvne siècle, ne connaît pas
1. Ce mot pour lequel Godefroy dans son Dictionnaire donne les divers sens de : pieu, poteau, tréteau, plate-forme, siège, gradin, lieu, sens qui, à part les deux premiers, sont aussi ceux de estage, se présente dans lo compte des Despenses de la Passion, sous la forme esleau que ne signale pas Godefroy, et probablement avec la valeur de « poteau », quoiqu'on puisse hésiter pour le premier des deux passages que voici :
« A Maistre Collart Ghossuin, pour un quesne contenant 3 quevirons 3 quars, à 12 s. le keviron : 16 sous, ledict quesne employét à faire deux esteaux à deux dosses au Paradis dudit hourt. »
Le cheviron a 10 pieds carrés douaisiens, sur 10 de long. La « dosse », selon Littré, «est une grosse planche non équarrie d'un côté; se dit des planches très épaisses qu'on place d'étage en étage sur un échafaud, pour tenir lieu de plancher ». Citons encore :
« (F0 9 r°) : A Jehan Ghossuin, pour 1 esteau à 3 errestes [arête] de 30 pies de long employés au Paradis ».
2.Cf.la note précédente et Godefroy, qui donne le sens de : habitation, séjour,etc.