‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 48 sur 276 · Cf. Histoire de la mise en scène, p. 95 à · texte numérisé non relu

Cf. Histoire de la mise en scène, p. 95 à

A Anthonne de Vricourt, dit Fagho, pour 2 grandes peau de vellin servant à 1 thonneau de sapin, et une peau de parchemin servant à couvrir une caudiere, le tout pour VEnjfer : 36 s.

Ce lieu a deux portes, témoin ces lignes du f° 18 v° :

A Maistre Jehan du Fayt pour 2 paires de pentures à marteau servant à 2 huisses à V Enfer : 8 s.

Il se pourrait que les « 12 plancques de 8 pies de long de blan bois servant à le roelx » (f° 21 r°) aient servi à rouer les damnés, cette roue constituant ainsi, comme dans la miniature du Mystère de Valenciennes, une réplique terrible et grotesque des sphères qui tournent autour de Dieu dans le Paradis.

Si celui-ci est tout harmonie, douceur et clarté, l'Enfer est tout discordance, rudesse et flammes. Aussi un des accessoires principaux de celui-ci est-il le tonnerre, dont le devis des entrepreneurs va nous révéler le secret :

(F0 18 v°) : item, pour 3 toiïgnon de fer, portant chacun 4 bendes et 3 oeilles pour tourner sus et deux manevelles, 16 crampons pour les atacquier [attacher] sur deux grandes keuwes [cuves], pour faire les tonnoiresen Enffer, pesant 24 livres, à 2 s. le livre : 48 s.

Il est probable que ces cuves étaient remplies de pierres qui, remuées par ces manivelles, faisaient un « bruit de tous les diables » l. De plus, comme, pour imiter aujourd'hui les grondements de l'orage, on agite dans les coulisses une plaque de tôle, on frappait alors sur des « bassins d'airain » :

A Pierart Viscave, caudrelier [chaudronnier], pour l'amenrissement de deux grans plas bachins d'airain, par lui livret audit mistere et qui furent mis à V enffer pour faire tonnoires a esté payez... : 32 s.

Avec le bruit, le feu, comme déjà dans le Jeu d'Adam2. C'est pour le produire que, dans cette capitale du « pays noir », on donne « pour 2 [muids] de carbon fauldre [charbon de fosse], achetét sur le marchiét, pour servir à V Enfer, à 15 s. le muy... : 30 s. » (f° 24 r°), mais on emploie aussi la poudre, qui n'avait pas tardé à passer du champ de bataille de Crécy sur le « champ » des mystères :

(F0 27 v°) : A maistre Jehan du Fayt, pour 6 journées par lui employées tant audit hourt, comme à faire pouldre pour V Enffer etc., à 8 s. parjour : 48 s.

(F0 25 v°) : item pour dix instrumens à jecter feu en Enfer et deux grosses buzes 3 de fer : 24 s.

1. L'expression moderne pourrait bien venir des Mystères ainsi que : « faire le diable à quatre ».

2. Cf. Le Mystère d'Adam, an anglo-norman Drama of the twelfth century, édité par P. Studer, Manchester University Press, 1918 in-18.

3. Le mot buse, qui en France ne s'emploie guère que dans le langage technique, est usuel en Belgique. Cf. Le Parler belge, déjà cité, p. 13.

C'est, sans doute, aux démons aussi que sont destinées « une buze de fer et une fourquette à jecter feu, de 9 polz [pouces] de long et 9 polz et demi en croix » (f° 7 v°), ainsi que « une grosse buse de fer, servant à getter feu, ayant ung fon par le deriere » (f° 12 r°).

Les unes et les autres étaient vraisemblablement disposées dans les barbacanes de la forteresse d'Enfer :

(F0 36 v°) : Item pour 4 havès [crochets] de 1 piet de long chacun servant à pendre les quatre barbacannes en Enffer : 8 s.

Pour manier ces beaux « secrès » d'Enfer, il ne fallait pas moins de jdixj&gpjt personnes, témoin les deux mentions du f° 31 v°.

Lucifer enchaîné, mannequin de Satan, roue, barbacanes, chaudière, tonnerre, « crapaud d'Enfer », eussent constitué un ensemble assez confus, si le tout n'avait été, en quelque sorte, maçonné ensemble par argile et mortier :•

(F0 12 v°) : A Jehan Helle dit Vacquenot, pour 3 journées et demie par lui employées à placquier Y Enffer, à 12 s. par jour, lui et son valet : 42 s.; et pour poil mis en son mortier affin de poindre [peindre] dessus : 2 s. ; ensemble : 44 s1.

(F0 15 v°) : A Jaquemart du Bos pour 10 benneaux d'arsille [argile] employés audit Enfer, à 2 s. 6 d. du benneau : 25 s.

En dehors de ces deux décors capitaux : Paradis et Enfer, l'effort des machinistes paraît avoir porté -sur le Pinacle, le Mont de Tabor, d'autres tours et casteaux et la mer dudit hourt, bacquel semblable à celui de la miniature de Cailleau.

Quand les décors ne semblaient pas assez parlants, on y épinglait des pancartes ou « brevets », pour les désigner plus clairement aux ignorants ou changer au besoin l'affectation d'une mansion2 :

(F0 27 v°) : A Se Jehan Portier, prebstre, pour au command de Messrs Eschevins et commis, avoir fait 98 briefvès [brevets] de grosse lettre des lieux sur le hourt, cy mis par apointement : 48 s.

(F° 38 r°) : Pour esplinges [épingles] cedit jour sur le hourt pour atachier pluiseurs briefvets.

Si la place ne m'était si étroitement mesurée dans ce recueil, je pourrais parler de la distribution et des acteurs, que l'on connaît tous par leur nom, du mouvement des entrées, auquel on peut mesurer le succès de chaque journée, du lundi 5 au lundi 12 juillet 1501, mais

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