‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 57 sur 276 · D'ORIGINE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

D'ORIGINE RELIGIEUSE

DANS LA LANGUE FRANÇAISE DU XVIe SIÈCLE

Les locutions figurées sont une des richesses de notre langue, un de ses meilleurs moyens d'expression. Tout le monde connaît les pages si intéressantes que Henri Estienne dans la Précellence du langage françois, a consacrées aux locutions empruntées à la vénerie, à la fauconnerie, au jeu de paume, à la fabrication et à l'usage des monnaies. A cette collection de précieuses ressources, chaque forme de notre activité a fourni son contingent. On sait combien sont abondantes encore aujourd'hui les locutions figurées d'origine religieuse. Elles l'étaient encore plus autrefois. J'en réunis ici quelques-unes qui s'employaient au xvie siècle et qui ont maintenant disparu.

Plusieurs expressions rappelaient les usages religieux, les cérémonies, les mots des chants et des prières. Ainsi bien battre quelqu'un, c'était lui en donner usque ad vitulos, ou, pour employer l'expression complète, depuis miserere jusques à vitulos. Miserere et vitulos sont le premier et le dernier mot d'un des psaumes de la Pénitence, que l'on récitait sans doute dans les monastères pendant qu'un moine subissait le châtiment du fouet.

Que feroit-on à un tel galand, sinon de le remettre à son chapitre, où sa leçon luy soit chantée, selon le proverbe des Moynes, usque ad vitulos? Calvin, IX, 127, Reformat, contre Antoine Cathelan.

Auquel le maistre d'hostel dit... qu'il se hastast de déloger, sur peine non qu'il auroit le fouet, mais un autre qui le feroit dancer depuis miserere jusques à vitulos. Du Fail, Contes d'Entrapel, XVII.

Si j'avoie envie de vous estriller, j'en ay à présent bien les moyens, et de vous en donner du long et du large usque ad vitulos.

Cholières, Après Disnecs, V.

Vouloir corriger le Magnificat signifie avoir la prétention d'améliorer ce qui est parfait, ou se permettre de le critiquer :

Tout le commencement de la belle vie de Mahomet... fut à dérober

de tous costés où il en pouvoit griper, et puis estant par je ne sçai quel destin hazardeus entré en estime et réputation envers les siens, il se voulut mesler de corriger le Magnificat. Tahureau, 2e Dial. du Democrilic.

Je ne veux point contreroler le mot duquel usent aujourd'huy les enfants des roys, usent aussi leurs femmes, usent ses frères, en parlant à luy (car on diret que ce seret vouloir corriger Magnificat). H. Estienne, 2e Dial. du lang. franc, italianisé.

Pour dire que l'on met en oubli une personne ou une chose, qu'on les passe sous silence, ou qu'on les confond avec d'autres, on employait l'expression passer (qqn ou qqch) sous un fidelium. Fidelium était à la fin de la messe des morts, et cette locution faisait allusion à l'habitude de dire une seule messe pour plusieurs morts :

En voyla quatorze (clous de la croix) de compte fait. Chascun lieu allègue bonne approbation en son endroit, ce luy semble. Tant y a que chascun a aussi bon droit que les autres. Pourtant il n'y a meilleur moyen que de les faire passer tous soubz un fidelium : c'est de reputer que tout ce qu'on en dit n'est que mensonge. Calvin, VI, 421, Traicté des Reliques.

Si ne faut-il pas que nous mesurions tout à une aune... il ne faut point que nous enveloppions tout ensemble, et que nous facions passer tout sous un fidelium (comme on dit), mais... que nous y allions par mesure et compas. Calvin, XXXIV, 536. Serm. sur le Iw. de Job,

Quand au lieu de nous acquitter de plusieurs charges, esquelles sommes obligez, nous les passons à la légère, on dit que nous les avons toutes passées par un Fidelium. Il ne faut point faire de doute que nous avons emprunté ce commun dire des fautes qui sont faites par nos Curez, quand ils ne rendent le devoir qu'ils doivent aux morts. Car comme il advient que l'on ait fondé plusieurs Obits en une Eglise, esquels par longs laps de temps, pour la multitude d'iceux, il seroit impossible de fournir, ou bien que la négligence des Ecclésiastiques soit telle, nos anciens disent que tout cela se passoit par un Fidelium, qui est la dernière Oraison dont on ferme les prières des Morts : Voulans dire que l'on avoit employé une seule Messe des morts, pour toutes les autres : Aussi fut employé ce mesme proverbe en toutes autres affaires, où l'on commettoit pareilles fautes. E. Pasquier, Recherches, VIII, 33.

Le tu autem, c'est, dans une affaire, le point important ou difficile. L'expression est empruntée au bréviaire : lu autem, Domine, miserere mei :

J'ay revolvé toutes les Pantarches des cieulx... crocheté tout ce que jamais pensèrent tous les Astrophiles.... Et tout le tu autem ay icy en peu de chapitres rédigé. Rabelais, Pantagruel. Prognost., au Liseur.

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