‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 58 sur 276 · LOCUTIONS FIGURÉES D'ORIGINE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LOCUTIONS FIGURÉES D'ORIGINE RELIGIEUSE

Je veux qu'en sachiez tout le tu autem et cognoissiez la malice d*un vieillard et la folie et cruauté d'un autre. Laritey, le Morfondu,

Savoir une chose comme son Deus det, c'est la savoir très bien. Les mots Deus det sont empruntés à une prière : Deus det nobis patem :

En moins de deux jours il sceut toutes les rues, ruelles et traverses de Paris comme son Deus det. Rabelais, II, 16.

Qui diable est celuy qui ne me cognoistroit en ces rues icy, que je sçay par cœur mieux que mon Deus det? Tournebu, Les Contens, I, 2.

Faire le sanctificetur, c'est avoir les allures d'une dévotion affectée :

Tontes les femmes se ressemblent, et celles qui, en gestes et paroles, se monstrent tant revesches et font le sanctificetur, qui jeusnent et ont toujours un livre sous le bras, ou un chapelet entre les mains, sont pires que les autres. Larivey, Les Escolliers, I, 3.

N'est besoing de tirer icy l'espaule, ne de faire le retenu, comme nous voyons aucuns de nos théologiens délicats et mollets, qui trenchent icy du Sanctificetur. Marnix, Differ. de la Relig.. I, iv, 8.

Il faut éviter la contenance affectée, puisque tout ce qui est affecté doit estre abhorré, évitant soigneusement de faire le sanctificetur quand il n'y a point de nomen tuum après, je veux dire les dévots et les saints en nostre contenance extérieure. Saint François de Sales, Les Vrays Entretiens spirituels, IX (variante).

L'expression aussi estourdy que le premier coup de matines nous rappelle les moines s'éveillant péniblement pour se rendre à l'office :

Auquel son s'esveillerent les ennemys, mais sçavez vous comment? Aussi estourdys que le premier son de matines. Rabelais, II, 28.

Quand nous disons qu'un homme est plus estourdy que le premier coup de matines : C'est que les Religieux estans endormis, ne se peuvent aisément resveiller au premier coup de cloche que l'on sonne, pour les sommer d'aller à Matines. E. Pasquier, Recherches, VIII, 33.

A cet office nocturne se rattachent d'autres expressions figurées : se rendre au premier coup de matines, c'est-à-dire céder à la première sommation ; chanter magnificat à matines, faire une chose mal à propos ; — le retour de matines, un moment dangereux :

Vous qui vous trouvères engagés, faictes vous sages aux despens de ces bravaches qui se rendent au premier coup de matines, et cependant font les Rollands. Monluc, Comment., 1. IL

Faisoyt chanter magnificat à matines, et le trouvoyt bien à propous. Rabelais, I, 11.

Je vous retiens... pour periphraser ou esclaircir un proverbe. Vous vous faites tort que vous ne donnez sur les Proverbes de Salomon ou sur les Adages d'Erasme, vous y rencontrez aussi à propos que fait Magnificat à matines. Cholières, Apres Disnees, V.

Sont condamnez d'heresie, tous ceux qui maintiennent qu'à l'entrée du sermon l'Ave Maria ne sert non plus à propos pour invoquer le

Saint Esprit, que le Magnificat aux matines. Marnix, Differ. de la Relig., III, i, Préface.

Estans les Juges (aussi bien que le commun peuple) asservis sous la tyrannie des plus forts, ils craignent le retour des matines, lors que vous aurez desemparé le pays. E. Pasquier, Lettres, VII, 6.

L'on dit aussi qu'il n'y a rien tant à craindre que le retour de Matines : C'est-à-dire que quand un Religieux porte quelque inimitié à un autre, il luy est plus aisé de le surprendre, pour l'obscurité de la nuit, qui le garantit des tesmoins. Id., Recherches, VIII, 33.

Faire le prestre Martin signifie répondre soi-même à une question qu'on a posée. Au sens propre, cette expression s'applique au prêtre qui dit seul la messe, qui par conséquent chante et répond, obligé de remplir à la fois le rôle de l'officiant et celui du clerc :

Si je te demande lequel des deux a esté formé le premier, ou l'ardoise ou la marcassite, tu ne me sçaurois respondre ; je seray donc le prestre Martin, je me respondray moy mesme. Palissy, Discours admirables ; Des Métaux et Alchim.

Le Physicien fut contraint de faire le prestre Martin, et de se respondre luy-mesme. Guill. Bouchet, Serees, XXVII.

Clément Marot, reprochant à Lyon Jamet de ne pas lui répondre et de l'obliger à se répondre lui-même, emploie la même expression :

Puis que respondre ne me veulx, Je ne te prendray aux cheveulx, Lyon : mais, sans plus te semondre, Moymesme je me veulx respondre, Et seray le prebstre Martin.

Epislre 44.

Montaigne donne à cette expression un sens différent : Dire une chose et la contre-partie :

En une contrée près de nos montaignes, les femmes font le prestremartin : car comme elles agrandissent le regret du mary perdu, par la souvenance des bonnes et agréables conditions qu'il avoit, elles font tout d'un train aussi recueil et publient ses imperfections : comme pour entrer d'elles mesmes en quelque compensation, et se divertir de la pitié au desdain. Liv. III, chap. iv.

Un bénéfice sans cure, c'est, littéralement, un bénéfice ecclésiastique n'imposant aucune obligation et n'astreignant pas à la résidence. Au figuré, c'est un profit qu'on obtient sans peine ; et quand on dit ce n'est pas un bénéfice sans cure, on veut dire que la chose dont on parle est difficile ou pénible.

Ce n'est bénéfice sans cure d'avoir affaire à la royne de Navarre, et à monsieur le prince son filz, qui est desjà grand, et le principal gouverneur et contraire à nostre religion. Monluc, Comment., L. VII

Un bénéfice à simple tonsure, c'était celui qu'on pouvait obtenir

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