‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 59 sur 276 · LOCUTIONS FIGURÉES D'ORIGINE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LOCUTIONS FIGURÉES D'ORIGINE RELIGIEUSE

sans avoir reçu les ordres, pour lequel il suffisait d'avoir atteint le premier degré de la cléricature, c'est-à-dire d'avoir été tonsuré. Au figuré, l'expression à simple tonsure s'appliquait à un personnage de rang inférieur, et particulièrement à un homme ou à une femme de noblesse médiocre :

On dit d'un petit gentilhomme, et qui ha bien peu de moyen. C'est un hobreau. Comme il me souvient avoir ouy dire, par une autre sorte de métaphore, C'est un gentilhomme à simple tonsure. H. Estienne, Précellence, 128.

Si la femme d'un grand seigneur porte quelque habillement selon son rang et grandeur, une Damoiselle à simple tonsure et de bas alloy, par faulte de se mesurer, en voudra faire autant. Du Fail, Contes d' Eutrapel, IV.

Le péché, la confession, l'absolution ont donné cette expression figurée : mettre (qqn ou qqch) au rang des péchés oubliés, ou des péchés effacés. C'est n'en faire aucun cas, n'en pas tenir compte, ne pas s'en soucier plus que des péchés dont on n'a pas même gardé le souvenir, ou de ceux qui ont été effacés par l'absolution.

Les Grecs ne le congnoissent que bien peu (le peuple de Pannonie) : et n'ayans rien peu avancer sur eux, les ont laissez comme au rang des péchez oubliez. Thevet, Cosmogr., XX, 6.

Les Evesques s'oublians encores ce coup-cy à l'endroit de l'Université, et mettans au rang des péchez oubliez les personnages de mérite, distribuoient les bénéfices à gens de peu d'effect et valeur. E. Pasquier, Recherches, III, 28.

De mesme est de ces gens dont la grandeur se joue, Aujourd'huy gros, enflez sur le haut de la roue, Hz font un personnage, et demain renversez Chacun les met au rang des péchez effacez.

Régnier, Sat. 14.

Les pèlerinages avaient donné lieu à diverses locutions, dont plusieurs subsistent encore. Mais nous avons perdu celle-ci : Vendre ses coquilles à ceux qui viennent du mont Saint-Michel, ou simplement vendre ses coquilles, c'est-à-dire offrir une chose à des gens qui en sont déjà pourvus, qui n'en ont pas besoin, vouloir en remontrer à de plus habiles, ou tromper ceux qui sont capables de déjouer toutes les ruses :

Tu trionfes de dire. Ce n'est à moy à qui tu dois vendre tes coquilles. Mais di moy, quel est ce grand pouvoir dont tu te vantes? Louise Labé, Débat de Folie et d'Amour, Disc. 1.

Il nous faut venir devant le siège judicial de celuy qui cognoist tout, qui n'est point comme les hommes mortels qui se contentent de menus fatras, et envers lequel nous ne pouvons point faire valoir nos coquilles. Calvin, XXXIV, 415. Serm. sur le livr. de Job, 94.

N'avez-vous jamais ouy dire, qu'il ne faloit pas vendre ses coquilles

à ceux qui revenoyent du mont sainct Michel? On ne m'apprendra pas quel estoit le langage des anciens : mais ce seroit de moy qu'il faudroit l'apprendre. H. Estienne, 2e Dial. du lang. fr. ilalian.

Etudier une langue, c'est étudier la vie d'une nation. Même dans les mots et les locutions qui vivent encore aujourd'hui, nous pouvons retrouver notre passé. Mais l'image devient plus précise quand nous allons chercher dans les vieux textes tout ce que nos prédécesseurs ont laissé tomber dans l'oubli.

Edmond Huguet.

Professeur à la Faculté des letti

de l'Université de Paris.

J'ai dit ailleurs combien Ronsard est venu tard à l'imitation de Pétrarque, surtout aux procédés du pétrarquisme '. Alors que Du Bellay publie dès le printemps de 1549 cinquante sonnets de son Olive, où il chante sa douce et cruelle cousine Olive de Sévigné à la façon de Pétrarque et des poètes pétrarquistes de l'Italie, Ronsard publie son premier recueil en février ou mars 1550, et ce recueil est composé exclusivement d'odes, imitées surtout de Pindare et d'Horace et semées de réminiscences d'autres poètes grecs et latins. Quand il y chante Cassandre Salviati, il prend pour modèles les élégiaques sensuels de la vieille Rome, entre autres Catulle et Ovide, et un poète néo-latin qui les résumait tous et les dépassait en sensualité, le Hollandais Jean Second. Enfin, dans le même recueil il ne se gêne pas pour célébrer d'autres femmes que sa chère Cassandre, Macée, Marguerite, Rose et Jeanne, avec des accents également sensuels, qu'il emprunte au pseudo-Gallus, au napolitain Pontano, au loudunais Salmon Macrin, à Clément Marot, à l'Arioste, à Horace encore. Nous sommes à l'antipode de Pétrarque 2.

Pourtant Pétrarque n'est pas absent des Quatre premiers livres des Odes ni du premier Bocage, qui en est un appendice. Comment Ronsard eût-il échappé à son influence? Vanté par Lemaire de Belges, imité et paraphrasé par Clément Marot et Jacques Peletier, traduit par Jean Meynier (le baron d'Oppède) et Vasquin Philieul, lu et retenu de mémoire à la cour de François Ier, où les Italiens pullulaient, et dans celle de Henri II, où trônait une reine florentine, proclamé enfin « le prince des poètes italiens » par Th. Sebillet, Pétrarque, on peut l'affirmer hardiment, figurait parmi les livres de chevet

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