‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 60 sur 276 · Ronsard poète lyrique, p. 43 et suiv. ; p. 477 et suiv · texte numérisé non relu

Ronsard poète lyrique, p. 43 et suiv. ; p. 477 et suiv

2. Voir mon édition critique des Œuvres complètes, t. I et II, dans la collection de la Société des testes français modernes (Hachette, 1914).

de Ronsard. Quand Ronsard trace, avant 1545, le portrait de l'amie qu'il rêve pour compagne, il souhaite

Qu'el' seust par cueur tout cela qu'a chanté Petrarcque en Amours tant vanté ' ;

quand il glorifie, en 1548, la verve facile de son ami Du Bellay, qui préparait alors son premier recueil de vers et lui montrait ses essais manuscrits, il le félicite de porter en lui « l'âme de Pétrarque ' » ; peu après, il prédit à son Olive, qui va bientôt paraître, la gloire du canzoniere écrit en l'honneur de Laure de Noves : tu mériteras, dit-il à Du Bellay, d'être mis au premier rang des fils d'Apollon,

Si tu montres au jour tes vers Entés dans le tronc d'une olive, Qui hausse sa perruque vive Jusque à l'égal des lauriers vers 3.

Il n'ignorait pas d'ailleurs le poison corrupteur que peut receler pour certaines lectrices le canzoniere, car, ayant eu l'occasion, vers 1544, de regretter la décadence morale de la jeunesse française, il l'avait attribuée en partie à la lecture de ces chants d'amour :

La fille preste à marier, accorde

Trop librerrfent sa chanson à la corde

D'un pouce curieus :

Et veut encor Pétrarque retenir, Affin que mieus ell" puisse entretenir

L'amant luxurieus *.

Pour lui, dilettante de l'amour bien plus qu'amoureux passionné, il ne s'était pas d'abord laissé prendre aux effusions de Pétrarque ; il était si loin de penser qu'on pût souffrir comme lui, avant de voir sa « dame » convoler avec un autre en justes noces, que, tout en admirant l'art du poète, il trouvait ses plaintes ridicules :

Quand je soulois en ma jeunesse lire Du Florentin les lamentables vois, Comme incrédule alors je ne pouvois, En le mocquant me contenir de rire 5.

Il préférait à ces soupirs quintessenciés, à cet idéalisme chrétien, les franches étreintes corporelles conseillées par la nature.

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