Ibid., t. II, p
5. Sonnet de la 2e édition des Amours (1553) : Depuis le jour que mal sain je souspire....
Aussi le recueil de 1550 contient-il plutôt des réminiscences que des imitations directes de Pétrarque ; encore y sont-elles rares et discrètes. Dans l'ode Chanson voici le jour, il célèbre la beauté inspiratrice de Cassandre, l'influence esthétique et morale qu'elle a exercée sur lui ; dans l'ode Le printemps vient, il la présente comme un composé des merveilles du ciel et l'ornement du monde ; au début de l'ode de la Défloration de Léde, il lui déclare son amour éternel et se plaint de sa résistance. Deux odes enfin, qui ont pour sujet d'autres amours, l'une adressée A Macée, l'autre A Cupidon pour punir Janne cruelle, contiennent des souvenirs indéniables du canzonicre, mêlés à des imitations directes du pseudo-Gallus et d'Horace \
La question s'est donc posée, de savoir si Ronsard avait déjà dans son portefeuille en février 1550 des sonnets destinés à un recueil pélrarquesque analogue à Y Olive. A quoi certains critiques ont répondu négativement, alléguant que, si Ronsard avait écrit des sonnets pétrarquesques avant 1550, il n'aurait pas manqué de les publier à la fin de son premier recueil ; que, d'ailleurs, dans la préface des Odes, il n'a pas caché son dédain pour les poètes courtisans, « qui n'admirent qu'un petit sonnet petrarquizé, ou quelque mignardise d'amour qui continue toujours en son propos », au lieu de la « copieuse diversité » et des « admirables inconstances » de Pindare. « Il est probable, a-t-on dit, que Ronsard ne partagea pas d'abord la haute opinion que Du Bellay avait de cette forme poétique, et fut amené à changer d'avis seulement par le succès de Y Olive' ».
Que Ronsard avant 1550 ait fait moins de cas du sonnet (genre à forme fixe), que de l'ode (genre à forme libre), malgré l'avis de Peletier et de Du Bellay, il est permis de le penser. Mais de là à prétendre qu'il n'a pas écrit de sonnet amoureux durant son séjour au collège de Coqueret, il y a loin, et les arguments très faibles invoqués en faveur de cette thèse n'infirment nullement l'opinion contraire. Non seulement Ronsard admirait les sonnets de Du Bellay quand ils n'étaient encore qu'en manuscrit, les égalant à ceux de Pétrarque, mais tout porte à croire qu'il a « pctrarquisé » lui-même, après que Cassandre, mariée en novembre 1546, fut devenue à son égard une autre Laure ; il est de même très probable qu'il adopta dès ce moment pour la chanter une forme rythmique illustrée en Italie par maints pétrarquistes récents, entre autres Sannazar, Arioste et Bembo, qu'il prisait fort avant 1550. Au reste, parmi les 183 sonnets que contiennent ses
1. Œuvres complètes, édit. cit., t. I, p. 200 ; II, p. 51, 67, 117, 187.
2. II. Evcrs, Critical édition of the Vie de Ronsard, par Cl. Binet (Philadelphie, 1905), p. 123.
Amours, publiés en septembre 1552, quelques-uns portent la date de leur composition, par exemple : Je voy tes yeux, et : L'an mil cinq cens ; si les indications chronologiques contenues au premier vers de leurs tercets ne sont pas seulement un procédé pétrarquesque, mais correspondent à une réalité biographique, ils ont été composés un an après la rencontre de Ronsard et de Cassandre, c'est-à-dire à la fin d'avril 1546 ou à la fin d'avril 1547.
Il y a mieux. Ce que naguère encore je me contentais de pressentir et de croire, je puis aujourd'hui l'affirmer avec certitude, ayant découvert que Ronsard a publié ayant 1550 deux pièces « pétrarquisées », dont un sonnet1.
On sait qu'en 1549, vers le mois d'octobre, notre poète fit paraître V Hymne de France, une plaquette pl in-8, de huit feuillets non chiffrés, imprimée à Paris par Michel Vascosan. C'est ce que les bibliographes se sont contentés de nous dire2. Mais aucun d'eux n'en a fait connaître le contenu. Grâce à une obligeante communication de M. Abel Lefranc, dont je lui exprime toute ma reconnaissance, j'ai pu constater de visu que cette plaquette contient plus que ne promet son titre. Après le feuillet liminaire, dont le verso est blanc, Y Hymne de France occupe les feuillets 2 à 5 et le recto du sixième ; puis vient une pièce de quatrevingts vers, la Fantaisie à sa dame, qui occupe le verso du feuillet 6, le feuillet 7 et empiète de quatre vers sur le recto du huitième ; enfin un Sonnet à elle mesme occupe le reste du recto du feuillet 8, dont le verso est blanc. Nous n'avons pas besoin d'autres preuves pour affirmer que ces deux dernières pièces ont été publiées en 1549, en même temps que Y Hymne de France, bien qu'elles ne figurassent pas au titre de la plaquette3.
Or la Fantaisie à sa dame, qui commence ainsi :
Il estoit nuict et le présent des cieulx,
Plus doulx que miel couloit dedans mes yeux
s'inspire visiblement du canzoniere de Pétrarque. Les vers 21-38 viennent des stances m et vi de la canzone Nel dolce tem]>o ; les vers 39-50, de la stance ni de la canzone Si è débile ; les vers 65-76, du sonnet Passa la nave mia et de la fin de la sextine Chi è fermato ; les