‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 73 sur 276 · Essais · texte numérisé non relu

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davantage? Que personne n'ose le faire ; il a tout dit, il n'a rien caché '. Il a regardé son vice en face « pour le redire » sans contrainte '. S'il se permet quelque réserve, c'est pour ménager la pudeur des autres : « Je dis vray non pas tout mon saoul, mais autant que je l'ose dire '' ». Il sait bien qu'on murmure à ses dépens : « L'uniformité et simplesse de mes mœurs produict bien un visage d'aisée interprétation; niais, parce que la façon est un peu nouvelle et hors d'usage, elle donne trop beau jeu à l'envie ». On augmente le nombre et la portée de ses erreurs ; on veut deviner ce qu'il a ommis : « Les vices de quoy je luy (à son ennemi) montre des racines chez moy, il les estire en arbres4 ». Sa confession tourne ainsi au plaidoyer ; nous verrons bientôt qu'elle tourne même à l'apologie et que cette modestie n'est qu'un genre qu'il se donne.

Voyez tout d'abord sa défense pour ce qui est des emprunts. Ses opinions, quoi qu'on en dise, ne sont pas « communes' » ; seulement il lui arrive parfois, à cause de sa mémoire défaillante, de ne pas toujours distinguer ce qui lui appartient en propre de ce qui appartient aux auteurs lus et assimilés. « Je feuillette les livres, je ne les estudie pas ; ce qui m'en demeure, c'est chose que je ne reconnois plus estre d'autruy'; ». En tout cas, il s'agit toujours d'emprunts secondaires : « Je veux bien... que ces ornements empruntez m'accompaignent, mais je n'entends pas qu'ils me couvrent et qu'ils me cachent ' ». Dans l'édition de 1595, il fait quelques concessions : « Je m'en vay escorniflant, par-cy, par-là, des livres les sentences qui me plaisent, non pour les garder, car je n'ay point de gardoire, mais pour les transporter en cettuy-cy, où, à vray dire, elles ne sont non plus miennes qu'en leur première place8 ». Le plus court serait de citer toujours les textes, plutôt que de se défendre ainsi qu'il va le faire. Ce ne sont pas des imitations, ajoute-t-il, mais des rencontres. L'idée s'était déjà présentée bien nette à son esprit lorsqu'il lui est arrivé, « de rencontrer de fortune dans les bons autheurs ces mesmes lieux que j'ay entrepris de traiter » et alors il les a transcris pour « me reconnoistre au prix de ces gens-là... foible et chetif... poisant et endormy ». C'est ainsi qu'il reconnaît « l'extrême différence d'entre eux et moy... et laisse ce néant moins couvrir mes inventions ainsi faibles et basses comme je les ay produites, sans en replastrer et recoudre les defaux que cette comparaison m'y a descouvert ; car autrement j'engendrerois des monstres, comme font les escrivains indiscrets de nostre

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