‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 82 sur 276 · Essaisl · texte numérisé non relu

Essaisl

équilibrée de notre philosophe. « Je fay coustumierement entier ce que je fay, et marche tout d'une pièce ». Ses « mouvements » ont beau le pousser : i! demeure tranquille. Tout en moi se conduit « à peu près par le consentemettl de toutes mes parties... mon jugement en a la coulpe ou la louange entière ».

En conclusion, il fait tout ce qu'il peut, tout ce que la nature veut et concède : « Mes opérations sont réglées et conformes à ce que je suis et à ma condition. Je ne puis faire mieux, et le repentir ne touche pas proprement les choses qui ne sont pas en nostre force, ou bien le regret ». Il regarde en arrière et il se trouve satisfait : « Lorsque je consulte des deportements de ma jeunesse avec ma vieillesse, je 1 r»>u\e que je les ay communément conduits avec ordre, selon moy ». il est tellement satisfait de sa conduite présente et passée que dans l'édition de 1595, il peut ajouter, en toute assurance : « Si j'avois à revivre, je revivrois comme j'ay vescu » et encore : « C'est une des principales obligations que j'aye à ma fortune que le cours de mon estât corporel ayt conduit chasque chose en sa saison ». Il est vrai que dans les affaires il aurait pu se montrer plus actif, mais ses « conseils ont pourtant bien choisi ». Et pour finir, si je me suis trompé, dit-il « j'accuse ma fortune... j'ay selon ma règle sagement procédé ' ».

La nature qui l'a aidé en toute chose lui a octroyé aussi la beauté physique. On peut s'étonner qu'il s'en complaise, lui, le philosophe, toujours est-il qu'il s'admire en cela aussi. Il est vrai que, dans le deuxième livre, il se reconnaît d'une taille au dessous de la moyenne, ce qui constitue une sorte d'infériorité, parce que « la beauté de la taille est la seule beauté des hommes » mais que de charmes compensent ce défaut de quelques pouces ! La taille forte et ramassée, le visage non pas gras, mais plein, la complexion entre le jovial et le mélancolique, moyennement sanguine et chaude. Il a aussi le 1 ton heur d'être velu comme un ours et de pouvoir par conséquent, s'écrier avec Martial : « Unde rigent setis mihi crura, et pectora villis », ce qui charmait évidemment les dames du xvie siècle. Son front est large, rond, puissant ; les dents d'une blancheur éclatante, les yeux doux, l'oreille petite, la bouche mignonne. Il se plaît aussi à décrire « l'épaisseur bien unie de sa barbe brune à escorce de châtaigne - » et dans le premier livre, Montaigne avait déjà attiré l'attention de ses lecteurs des deux sexes sur les mérites particuliers de ses moustaches. Il vaut la peine de les indiquer : « Celuy qui se plaint de nature, de quoy elle a laissé l'homme sans instrument à porter les senteurs au nez, a tort ; car elles se portent elles-mesmes. Mais à moy particulièrement les moustaches que j'ai pleines, m'en servent ; si

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