‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 83 sur 276 · Essais · texte numérisé non relu

Essais

j'en approche mes gans ou mon mouchoir la senteur y tiendra tout un jour ; elles respondent du lieu d'où je viens. Les estroits baisers de la jeunesse, savoureux et gourmans, s'y colloyent autresfois et s'y tenoient plusieurs heures après. Et si pourtant je me trouve peu subject aux maladies populaires ' ». Ces moustaches sont ainsi des désinfectants de premier ordre.

Dans le troisième livre, notre écrivain s'attarde à décrire encore une fois les charmes de sa personne. Au seuil de sa vieillesse, il se retourne en arrière et pense, avec regret, au beau temps des amours. Socrate, remarque-t-il, n'était guère beau : « J'ay un visage favorable et en forme et en interprétation « et qui faict une contraire montre à celuy de Socrates. Il m'est souvent advenu que, sur le simple crédit de mon port et de mon air, qui n'avoyent aucune cognoissance de moy s'y sont grandement fiées... et en ay tiré es pays estrangiers des faveurs singulières et rares ' ».

Il est prouvé par l'expérience que ceux qui possèdent les grandes vertus ont, du moins, quelques petits défauts. Il faut bien concéder quelque chose à la nature humaine. Montaigne qui déclare « qu'il n'est si homme de bien... qui ne soit pendable dix fois en sa vie3 », lui qui définit cet homme « estre flottant, incertain, contradictoire », se montre sculpté dans un bloc de granit, aussi parfait qu'un héros de Corneille. Toutes les vertus, il les possède à la fois, les grandes et les petites. Il hait la flatterie : « Je hais à mort de sentir un flatteur1 » il se moque des vanités, des titres et des honneurs u ; il se déclare surtout, dans ce siècle de tromperies, absolument sincère et loyal. Sa parole il l'a toujours gardée : « J'aymeroy bien plus cher rompre la prison d'une muraille et des loix que de ma parole6 » et dans le texte de 1595, il a soin d'ajouter : « Je suis délicat à l'observation de mes promesses jusques à la superstition ». Aucun juge n'est aussi sévère que lui lorsqu'il se juge7.

En rapportant les vers de l'Arioste :

« Fu il vincer sempre mai laudabil cosa Vincasi per fortuna o per inganno »,

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