‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 85 sur 276 · II. Essais · texte numérisé non relu

II. Essais

Lanson. — Mélanges. 10

personne : « Je me sers rarement des advis d'autruy, si ce n'est par honneur de cérémonie... es choses où je n'ay à employer que le jugement, les raisons estrangères peuvent servir à m'appuyer, mais peu à me destourner. Je les escoute favorablement et décemment toutes ; mais qu'il m'en souvienne, je n'en ay creu jusqu'à cette heure que les miennes1 ». Il est aussi bon consolateur. C'est lui qui a donné la paix de l'âme à une dame accablée de douleur, c'est lui qui a calmé un prince et qui l'a détourné de la vengeance ".

L'envie il ne la connaît point : « Cette passion, qu'on peinct si forte et si puissante n'a de sa grâce aucune addressc en moy » ; de la jalousie il ne garde qu'un lointain souvenir3. Il est inutile d'ajouter qu'il respecte le bien d'autrui : « Je suis Gascon, et si n'est vice auquel je m'entende moins* » qu'il méprise la débauche et le culte de la dive bouteille : « Mon goust et ma complexion est plus ennemie de ce vice que mon discours ; car outre que je captive aysement mes créances soubs l'autorité des opinions anciennes, je le trouve bien un vice lasche et stupide, mais moins malicieux et dommageable que les autres0 ».

Aucune curiosité ne révèle en lui le fds d'Eve. On peut laisser sur sa table des lettres grand ouvertes, sans que son œil soit poussé à les regarder. « Je n'en ouvris jamais, non seulenent de celles qu'on m'eust commises, mais de celles mesme que la fortune m'eust fait passer par les mains ; et fais conscience si mes yeux desrobent par mesgarde quelque cognoissance des lettres d'importance qu'il lit quand je suis à costé d'un grand. Jamais homme ne s'enquit moins et ne fureta moins es affaires d'autruy '' ». Et quel respect n'est pas le sien pour les opinions de tout le monde7 et quel mépris pour les superstitions de la foule8 ! Cependant nous apprenons, à un certain moment, qu'il craint le vendredi, le treize et d'autres histoires de ce genre, mais tout cela n'est dû qu'à la force de l'habitude'.

Simple dans son langage, dans ses mœurs, il l'est aussi dans son habillement « blanc et noir », comme celui de son père, et bien que sa nature soit paisible, il a donné des preuves indubitables de son courage et de son mépris de la vie. Il insiste sur ces preuves, comme s'il avait besoin d'en persuader quelque ami malicieux. « Je n'eus jamais peur sur l'eau, comme je n'ay aussi ailleurs (et s'en est assez souvent offert de justes, si la mort l'est) qui m'ait troublé ouesblouy....

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