‹ Mélanges offerts par ses amis et ses élèves à M. Gustave LansonChapitre 90 sur 276 · Essais · texte numérisé non relu

Essais

« On trouvoit i\ redire au grand Scipion d'estre dormant.1 ». Et Montaigne paraît ne pas réfléchir que Messala Corvinus, Aristote, Scipion n'ont pas été célèbres à cause du manque de mémoire, de trop de faiblesse et de trop dormir et que c'étaient là des défauts qu'on leur pardonnait à cause de leurs mérites réels. Et le défilé des comparaisons continue de plus belle. On approuve les tromperies, « mais le philosophe Chrisippus n'eust pas esté de cet advis, et moy aussi peu" ». 11 n'aime pas le rôle de confident des princes : « Philippides respondit sagement, à mon gré, au roy Lyzimachus qui luy disoit : Que veux-tu que je te communique de mes biens? — Ce que tu voudras, pourveu que ce ne soit de tes secrets3 ».

Montaigne s'est marié à trente-trois ans. « Je loue l'opinion de trentecinq, qu'on dit estre d' Aristote4 ». Quel dommage qu'il n'ait connu cette opinion auparavant ! Il fuit le vice et dans l'édition de 1595, il ajoute un autre rapprochement : « Laresponce d'Antisthenes àceluy qui luy demandoit le meilleur apprentissage : — Désapprendre le mal — semble s'arrester à cette image. Je les ay, dis-je, en horreur"». Il redonne la liberté aux animaux : « Pithagoras les achetoit des pescheurs et des oyseleurs pour en faire autant b ». Nous entretient-il de la vanité des honneurs? « Chrysippus et Diogenes ont esté les

premiers autheurs et les plus fermes du mespris de la gloire C'estoit

aussi des principaux dogmes d'Epicure7... ». Lorsque j'étais enfant, dit-il ailleurs, « on remarquoit en moy je ne sçay quel port de corps et des gestes tesmoignants quelque vaine et sotte fierté ». Cela était, sans doute, blâmable, cependant « c'estoit une certaine mollesse affectée qui faisait un peu pencher la teste d'Alexandre et qui rendoit le parler d'Alcibiades mol et gras.... Julius Caesar se gratoit la teste d'un doigt8 ». Plus loin, notre Montaigne déclare son aversion pour toutes sortes d'emprunts et aussitôt il se compare à d'illustres personnages qui les adversaient de même.

Si sa taille est petite, il se souvient de l'aventure de Philopœmon9 ; s'il admire sa loyauté foncière, il a soin d'ajouter «Apollonius disoit10...» Quant à son irrésolution, n'était-ce pas là l'état habituel de Pétrarque et les Saintes-Écritures elles-mêmes ne disent-elles « sors cecidit super Mathiam? n ». Comme Horace, il offre ses écrits à peu d'amis1";

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