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LE MAGISTÈRE

Le siège de Pierre est, éminemment, le signe de son autorité enseignante : aussi on appelle les oracles de Rome, des réponses du Saint-Siège ; la définition d'un article de foi, une décision ex cathedra; et c'est, probablement, à l'imitation du Juge suprême des controverses doctrinales, que tous les autres juges prononcent leurs sentences dans l'attitude d'une magistrature assise, la Vérité n'ayant à se lever devant personne, tandis que tout le monde doit paraître, en sa présence, le front découvert. Eh bien ! que vous dirai-je du magistère, si bien exprime par cette image

érigée en votre église? Certes, je pourrais le considérer par le côté de ses di'oits, de ses influences, de son origine divine ; mais parlons seulement de son infaillibilité, qui est aujourd'hui son aspect le plus en vue et le moins compris. Et puisque ceci n'est point la place d'un traité, élevons notre foi par quelques pensées de circonstances sur le lieu, les motifs et les conditions de l'infaillibilité pontificale en la séparant de celle de l'Église.

L'infaillibilité des Papes a pour centre le lieu le plus célèbre de la terre. Rome, je viens de le dire, a effacé Jérusalem dans les pieux respects de la chrétienté ; et si les deux alliances ont pleuré, tour à tour, sur la perte de la seconde, nul ne peut évaluer la somme de ruines et de malheurs que représenterait le renversement de h première. Qu'est-ce quelalumière émanée d'Alexandrie, d'Athènes, de Florence des Médicis et des autres capitales de la civilisation, en comparaison des vérités conservées par celle-ci ?

Il est ici-bas une colline auguste, qui participe de la grandeur du Sinaï et de celle du Thabor : comme le Sinaï, elle lance des foudres et des éclairs, et ses foudres ont exterminé toutes les hérésies, et ses éclairs illuminent la marche de la civilisation depuis dixhuit cents ans; comme le Thabor, cette colline reçoit des rayons supérieurs aux clartés de notre monde, et ses perspectives tiennent le milieu entre les visions de la terre et celles de l'éternité. Or, ce sommet fatidique a été justement nommé la montagne des oracles ou le Vatican. Eh bien! là, il y a un voyant en qui l'Esprit de Dieu réside par une assistance perpétuelle, et qui prononce des arrêts irréformables toutes les fois qu'il s'assied sur la chaire de Pierre pour décréter.

C'est cette montagne, c'est cette chaire, c'est ce voyant qui sont, aujourd'hui, transportés dans votre église ; et, en vérité, ce serait à ne pas oser parler en leur présence, si je ne vous parlais pas en leur nom. 0 vous qui avez cherché parmi tous les maîtres de la sagesse profane, dites-moi s'il en est un de comparable à celui-ci î Ses traits furent jadis vénérés par Béiisaire; sous son pied s'inclina le vaste front de Charlemagne; devant sa chaise curule, dix-huit siècles écoutent à genoux.

Sans doute, il ne fait pas la révélation, mais il la garde; il ne

peut en accroître l'objet, mais il le déroule. Aussi les décrets qu'il promulgue dans le cours des âges, touchent de plus près aux intérêts de l'humanité que la découverte des mondes inconnus, et ses décisions sont une introduction lointaine de l'humanité aux visions du Paradis.

Sans doute, les Papes sont des instituteurs répudiés par un grand nombre d'esprits, et la lumière de Rome diffère de celle de Paris. Mais la lumière de Paris tient de celle du pétrole et menace d'incendier l'univers, tandis que celle de Rome éclaire le penchant des abîmes. Sans doute, enfin, les Papes n'entendent pas le salut des nations comme nos tribuns; mais, en doctrine sociale comme dans le sens matériel, les voies romaines sont les plus indestructibles. Une génération les couvre de la poussière de son mépris, une autre les retrouve avec admiration sous ses pieds et fait passer sa civilisation en triomphe sur ces dalles inébranlées.

Qu'on ne parle donc plus de l'immobilité de Rome : si elle est immobile, c'est comme le pivot autour duquel l'univers tourne, et autour duquel il ne saurait cesser de tom^ner sans s'échapper par la tangente vers le chaos. Pékin, Constantinople, Pétersbourg, peuvent disparaître de la terre, la lumière n'en sera point amoindrie; mais, le jour où Rome serait effacée de la carte du monde, celui-ci, semblable à un vaisseau sans phare, serait ballotté dans une nuit effrayante ; et les seuls qui n'en soient pas effrayés, sont ou les aveugles, qui ne souffrent point des ténèbres parce qu'ils n'y voient pas, ou les malfaiteurs, qui les aiment parce qu'elles sont favorables à leurs criminels desseins.

Aussi, je ne suis point étonné si notre siècle a regardé comme un martyre la mort pour cette Rome des Papes oi^i reposent les fondements de l'ordre universel. Autrefois, on réservait son sang pour la foi; de nos jours, on le donne pour le sol où elle rend ses oracles. Voilà longtemps, néanmoins, qu'une telle passion possède les peuples. Tertullien la désignait par ce sublime néologisme : PiOiuanitas. Et aujourd'hui, même quand les enthousiasmes de l'inexpérience sont passés, même quand les imperfections de la partie humaine de Rome sont connues, à la vue de sa partie divine, qui est le Sinaï de la vérité dans le monde, on éprouve, tout comme aux temps de Tertullien, cette dévotion à part : Ronianitas. Belle

expression et allusion consonante à un autre amour non moins universel : Humanitas ! L'amonr de Rome, l'amour de l'humanité, deux affections qui se répondent, et qui, en se rencontrant dans un cœur, rélèvent au sommet de la grandeur dans la lumière et dans la sympathie.

Et, ici, ne m'accusez pas d'être suranné dans mes sentiments : c'est vous qui êtes du moyen âge, moi je suis de mon temps. Qu'on gardât de prudentes réserves dans la soumission envers les Papes quand ils soumettaient eux-mêmes les princes et les peuples, je le comprends ; mais aujourd'hui que l'oracle de l'infaillibilité n'a plus que la force de sa faiblesse, je n'ai pas le triste covu^age de lui marchander mon obéissance. J'aurais pu contester son diadème de Roi des rois, je me déclare courtisan de sa couronne d'épines.

Le lieu de l'infaillibilité, si auguste soit-il, l'est cependant moins que la base doctrinale sur laquelle elle repose; or, l'infailUbilité est-elle un dogme susceptible de démonstration ? est-elle une superstition catholique? A Dieu ne plaise que je me permette de glisser le sujet d'un livre dans un point de discours ! à Dieu ne plaise, surtout, que je vienne vous écraser du poids d'une érudition devenue banale ! mais plus notre siècle s'obstine à repousser le sens commun théologique à cet égard, plus c'est mon devoir de le lui rappeler.

Consultez l'Évangile. C'est Pierre qui est déclaré le fondement de cette Église contre laquelle l'Enfer ne prévaudra pas : comment l'édifice serait-il inébranlable, si le fondement pouvait être ébranlé? Jésus, parlant à Pierre nommément, lui dit : « Tout ce que tu lieras « ou délieras sur la terre, sera lié ou délié dans le ciel. » N'était-ce pas là l'infailUbilité des Papes annoncée par Dieu lui-même, puisqu'il s'engage à ratifier tout ce qui sera enseigné par eux? Satan ayant désiré passer au crible les apôtres, Jésus prie en faveur de Pierre seul, afin que sa foi ne défaille pas et qu'il soit à même de confirmer ses frères ; il n'est pas admissible qu'après avoir été institué pour confirmer ses frères, il ait jamais besoin d'être confirmé par eux. Enfin, le divin ^laître dit au primat de son Collège apostolique : « Pais mes brebis, pais mes agneaux. » Les pâturages dont la dispensation lui est confiée, étant, avant tout, la doctrine

véritable, si l'Église pouvait, réformer l'enseignement du souverain Pontife, ce ne serait plus lui qui nourrirait les brebis, ce seraient celles-ci qui lui offriraient la nourriture. Eh bien! qu'en ditesvous? Ne faut-il pas ou ignorer l'Évangile, ou le corrompre, ou le renier, pour décliner ces conclusions ?

Consultez la Tradition. La Tradition, c'est une vibration incessante de la voix du Christ dans la série des siècles, c'est la foi vivante des Églises depuis leur origine, c'est la déposition des anciennes chrétientés ; or, rien de plus émouvant que d'entendre, sur le long parcours de dix-huit cents ans, ce concert de docteurs et de saints en l'honneur de l'infaillibilité papale. Par la même raison, rien de plus auguste que l'affirmation du concile du Vatican résumant toutes ces affirmations dans la sienne: car il n'a pas créé une vérité, il l'a dégagée de l'histoire de la révélation comme d'une sorte de sein maternel, où elle avait déjà vie. Par conséquent, revenez de votre erreur, vous qui prenez ce dogme pour une invention du présent : il est une acclamation immense des générations passées. Sans doute, le concile a statué avec l'assistance du Saint-Esprit, mais c'est sur le témoignage que les siècles lui ont fourni ; et si les siècles n'avaient rien dit, le concile n'aurait rien statué.

Consultez l'autorité des conciles précédents. Ce sont eux qui sont les organes de l'infaillibilité pour ceux qui ne reconnaissent pas celle du Pape. Or, d'après ces conciles eux-mêmes, c'est le Pape qui est juge de l'opportunité de leur convocation, président nécessaire de leurs délibérations, contrôleur tout-puissant de la vérité de leurs décisions ; et le suffrage du Pape, uni à leur minorité, l'emporte sur l'opinion de la majorité séparée du Pape. Voilà donc un assentiment implicite de l'Église universelle au dogme de l'infaillibilité papale ; voilà cette infaillibiUté, maintenant contestée, de tout temps affirmée par celle des conciles, que l'on ne conteste pas. De tout temps, en effet, les décrets conciliaires ont passé pour être ou n'être pas irréformables, suivant qu'ils étaient confirmés ou rejetés par le souverain Pontife; mais, s'il n'est pas infaillible, il peut approuver des dispositions contraires à la foi, n'en pas ratifier d'autres qui lui sont conformes : d'où il suit que, loin d'être opposée au magistère de l'Église universelle, l'infaillibilité

du Pape a été professée par ce magistère, dix-huit siècles avant d'avoir été imposée à notre foi.

Consultez le gallicanisme, c'est-à-dire, l'école de la théologie anti-infaillibiliste. Elle place le privilège de l'incrrance dans le grand nombre, pour éviter les inconvénients del'inerrance personnelle. Eh bien ! voici la question dirimée par cette opposition ellemême. Le plus grand nombre des docteurs a été favorable à l'infaillibihté papale. La théologie de tous les âges a été ultramontaine. Les seuls dissidents engagés dans un mouvement contraire furent de notre pays, et subirent une influence césarienne qui a ses trois apogées historiques dans Philippe le Bel, Louis XIV et Napoléon I". Donc, à la presque unanimité des voix, les Papes sont proclamés infaillibles : car, au fond, ce ne sont pas les théologiens qui ont voté contre cette infaillibilité, ce sont les potentats.

Consultez l'histoire de la Papauté. Si les souverains Pontifes ne sont pas infaillibles, ils sont une collection de grands criminels. On a dit avec raison de Notre-Seigneur : 11 s'est proclamé le Fils de Dieu ; donc, ou il est Dieu, ou il n'est pas même un honnête homme. On peut conclure avec la môme vérité : Les Papes ont toujours décrété, commandé, agi com.me s'ils étaient infaillibles; donc, ou ils le sont, ou ils sont les usurpateurs les plus tyranniques et les plus orgueilleux de l'ère moderne. Entre les deux termes de ce dilemme, il n'y a point de place pour une opinion mitoyenne, conciliant le respect envers les Papes avec l'incrédulité à leur infaillibilité. Aussi, que des rationalistes la contestent, cela se comprend, parce qu'ils n'ont aucune difficulté à insulter les Papes ; mais que des catholiques professent la vénération pour le vicaire de Jésus-Christ, en lui déniant l'infaillibilité qu'il s'attribue, cela ne se comprendrait pas, si le parti des vieux-catholiques était autre chose qu'une faction de nouveaux protestants.

Enfin, consultez les adversaires eux-mêmes. La prérogative d'inerrance, disent-ils, réside dans le corps des pasteurs unis à son chef; mais, supposé que le chef soit faillible, qu'arrivera-t-il? Ce n'est point l'édifice qui redressera l'équilibre de la pierre fondamentale, ce ne sont point les membres qui guériront la tête malade : d'où il suit que si le Pape venait à errer, il ne resterait plus de moyen divinement institué ni pour ramener le Pape de son égarement, ni pour maintenir l'Église dans la vérité.

Donc, qu'on ne nous oppose plus cette possibilité d'un Pape s'opiniàtrant dans l'erreur et décrétant le taux par témérité perverse : c'est là une chimère et une difficulté commune aux deux opinions. Oui, une difficulté commune aux tleux opinions: car à quoi servirait la majorité des évêques unie à son chef, si elle pouvait être décapitée de ce chef lui-même par les mensonges systématiques de ce dernier ? J'ai dit encore une chimère : car y eut-il une seule constitution pontificale qu'il fallût réformer pour de tels motifs? Attaquer l'infaillibilité des Papes par cette hypothèse, n'est-ce pas préjuger, au profit de l'objection, ce qui est en question, à savoir que les Papes peuvent errer? Évidemment, Dieu, leur ayant promis rinfailli])ilité, leur doit les moyens d'atteindre cette tin ; et supposer le contraire, c'est aller contre l'évidence du plan divin et celle de l'histoire.

A tant faire que d'être cathoHques, soyons-le donc entièrement. Est-ce que le dogme de l'infaillibilité est plus accablant pour la raison, que l'Eucharistie ou l'éternité des peines? est-ce qu'il n'est pas garanti par la même parole que tous les autres articles de notre Symbole? Ah ! convenons que l'impopularité du concile du Vatican est un grand scandale du sens commun. Encore, si l'infaillibilité des Papes n'avait point fourni ses preuves, on comprendrait qu'elle fût tenue en suspicion ; mais voilà déjà de longs siècles qu'elle fonctionne, corrigeant les idées de tous, sans jamais avoir besoin d'être corrigée elle-même : elle n'est plus un thème d'école, elle est un fait éclatant comme le soleil. Et ceci n'est point rinfailbbilité des Papes affirmée par elle-même, c'est cette infaillibilité certifiée par le bon sens du monde. Aussi, qu'allèguent les anti-infaillibilistes à rencontre d'une telle certitude? Trois faits qui ne l'ébranlent pas.

Le reniement de saint Pierre? 11 fut une défaillance morale, non un écart doctrinal; défaillance qui ne fut pas libre de toute crainte, ce qui est une condition requise pour le fonctionnement normal de l'infaillibilité : sans compter que saint Pierre n'avait reçu alors que la promesse, non l'investiture de la primauté, de telle sorte qu'il a prévariqué comme disciple, non comme Pape.

L'adhésion de Libère à la formule de Sirmium? D'abord, cette formule ne renfermait pas l'hérésie arienne; elle n'était répréhen-

sible que par ses réticences. D'ailleurs, Libère ne la souscrivit point parlant ex cathedra, mais vaincu par les souffrances de l'exil, par la crainte du supplice, et, plus encore, par la peine de savoir un antipape sur le Saint-Siè^e : grâce donc pour la mémoire de ce Pontife, qui manqua de courage plutôt que de fidélité au Symbole, et qui mourut saintement !

L'erreur d'Honorius ? Elle fut une faiblesse de conduite, non une défection dogmatique. La réponse de ce Pape aux questions insidieuses de Sergius est une lettre privée, qui n'a aucun caractère de jugement pontifical. Ajoutons qu'il ne professe point d'bérésie dans les pièces incriminées, et que s'il a été condamné par le sixième concile œcuménique, c'est pour avoir imposé silence aux deux partis, c'est-à-dire, non point pour avoir enseigné le monothélisme, mais pour ne l'avoir pas condairmé.

Après cela, rappelez- vous la multitude innombrable des décrets pontificaux, comptez tous les périls d'erreurs courus par les suprêmes législateurs de la catbolicité, et le peu d'erreurs même douteuses qu'on leur reproche : vous serez étonnés de cette infaillibilité de fait, corroborant la thèse de l'infaillibilité doctrinale. Ah! quand on est fatigué de la frivolité des opinions, des contradictions des livres, du désespoir de n'être pas enseigné ou de l'être mal, comme il est doux de saluer le maître assis sur ce siège vénérable, et d'embrasser la plus grande autorité possible dans cette foi de deux cent millions d'hommes : Je crois l'infaillibilité des Papes! Mon Dieu ! nous avons assez, dans notre vie intellectuelle, de l'instabilité des systèmes, de la tyrannie des partis et de la fatigue de ne dépendre que de nous-mêmes. Heureux ceux dont vous daignez être l'instituteur ! Beatus quem tu erudieris!

Par ses conditions, l'infaillibilité papale ne s'impose pas moins à l'esprit que par ses preuves. Certes, les objections lui ont été prodiguées avec une ingratitude inintelligente: car c'est une erreur grossière de croire que le Pape est infaillible pour son propre relief, tandis qu'il ne l'est que pour notre avantage. En ceci, Jésus- Christ ne se propose pas d'exalter son Vicaire aux dépens de notre soumission, mais de fournir des garanties à notre soumission par les prérogatives de son Vicaire. Soit dit pour la centième fois, une religion qui ne se reconnaît pas infaillible n'est qu'une philosophie,

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et livre ses adhérents au tourment d'un scepticisme fatal. Cela posé, manquerait-il quelques conditions à l'inerrance des souverains Pontifes pour triompher de votre difficile raison?

Oui, me direz-vous, elle attribue à un seul le privilège qui était départi à la collectivité des évêques. Mais il est plus aisé d'admettre toute l'infaillibilité dans un juge qu'un millième d'infaillibilité dans la tète de chaque Père d'un concile. Miracle pour miracle, celui de l'infaillibilité en commun, entre tous les évêques, est moins simple que celui do l'infaillibilité individuelle: on l'a dit avec raison, il est plus aisé de faire résonner juste un seul instrument que tout un orchestre. D'ailleurs, vous qui tenez pour l'infaillibilité à l'instar du système constitutionnel, prenez garde de n'avoir pas plus de foi aux majorités qu'à la parole de Dieu ; et si vous avez été, tour à tour, si coulant sur l'infaillibilité de l'Église et si pointilleux sur celle du Pape, n'est-ce point parce que vous souscriviez à la première en vertu d'un principe parlementaire plutôt que d'un motif surnaturel, en philosophe plutôt qu'en vrai croyant ?

Ce qui manque, ajoutez-vous, à l'infaillibiUté papale pour me subjuguer, c'est l'ancienneté. Est-ce que, par hasard, vous la prendriez pour une création du progrès moderne? Non, non, l'Église n'invente point de dogmes quand elle définit dogmatiquement des croyances contenues, de tout temps, dans le dépôt de la révélation qui lui est confiée. Non, non, le dernier concile n'a rien imaginé: car, parmi les oracles de l'école, les théologiens hostiles à l'infaillibilité papale sont, relativement aux autres, dans la proportion de trois à cent. Non, non, enfin, l'Égbse n'a point fait une vérité nouvelle, en faisant passer ce qui était de foi divine aux articles de foi catholique : c'est là un développement, non un accroissement de l'objet de la foi ; et ceux qui ne comprennent pas de telles différences, sont logiques comme celui qui nierait l'Eucharistie parce qu'il n'en est pas question dans le Symbole des apôtres.

Ce qui manque, poursuit le rationalisme, à l'infaillibilité papale, c'est le bon sens: car comment admettre qu'un homme soit converti en Dieu, et parle toute la vie sans se tromper jamais ? Ce qui manque à une telle objection, c'est la bonne foi : car qui donc enseigna que le Pape soit infaillible sans conditions ? 11 ne l'est

qu'en parlant e.v cathedra, c'est-à-dire, comme autorité suprême du monde intellectuel, s'adressant à l'Église universelle ; il ne l'est qu'avec les conseils qu'il estime nécessaires à l'exercice de cette prérogative ; il ne l'est, ni dans les choses de l'ordre naturel, ni même dans la théologie quand il en traite comme docteur privé, l'infaillibilité étant attachée à la charge, non à la personne; il ne l'est que par l'assistance divine qui conserve, en son enseignement, les choses révélées, non par l'inspiration qui les édite; enfm, il ne l'est que lorsqu'il agit en dehors de toute intimidation, de toute séquestration, de toute violence extérieure : ce qui revient à dire que le Pape est l'organe d'une vérité raisonnable, non le promulgateur automatique d'un Credo stupide, et que, vénérable dans l'infaillibilité que Dieu lui donne, il n'est ridicule que dans celle que vous lui prêtez.

Seriez-vous de ceux qui, en garantie de l'infaillibilité, demandent aux Papes l'impeccabilité? Étrange confusion de deux ordres différents ! Plusieurs Papes, saint Pierre le premier, ont failli dans la charité ; aucun n'a défailli dans la foi. Tous les Papes ont eu besoin d'un confesseur pour leur remettre les péchés, pas un n'a eu besoin de censeur pour corriger ses erreurs; et de même qu'à l'autel la vie sacramentelle peut se répandre sur le monde par des mains impures, de même, sur le trône de saint Pierre, la vérité arrivant du ciel à la terre peut être contenue dans un vase souillé, sans s'y souiller elle-même.

Enfm, j'ai entendu votre suprême fin de non-recevoir : c'est le nombre et l'illustration des antagonistes de l'infaillibilité. 11 est vrai qu'elle a été combattue par les Césars, qui jalousent toujours rinfluence des Papes dans les affaires de ce monde ; mais de tels adversaires, c'est votre honte de les avoir pour vous, et notre gloire de les avoir contre nous. Il est vrai, encore, que ce dogme a été repoussé par tous les libres penseurs, qui, ne croyant pas en Dieu, n'ont pas de raison de croire à l'infaillibilité de son Vicaire ; mais, au lieu de vous applaudir en voyant de tels adhérents avec vous, rougissez plutôt de vous trouver avec eux. Il est vrai que cette doctrine est le scandale de tous les docteurs de revue, de tous les théologiens de café, de tous les oracles de salon qui se fourvoient d ans lacontroverse ; mais tant pis pour qui est capable de préférer

à la religion du Pape les papes d'une telle religion! Enfin, il est vrai que l'opportunité de cet article de foi parut douteuse à une minorité épiscopalc comptant des membres éminents ; mais que prouve leur incrédulité momentanée, comme celle de saint Thomas, sinon l'autorité plus grande de leur foi mieux informée ? Convient-il au vieux-catholicisme de calomnier leur orthodoxie en venant se placer sous leur patronage, qui les repousse ? Piespect à l'adhésion tardive des saints et à la tombe des martyrs ! Ceux-ci étaient des inopportunistes de la veille, les vieux-catholiques sont des schismatiques du lendemain. Les uns sont des opinants éclairant un débat; les autres, des apostats bravant une décision. Les premiers honorent l'infaillibilité parleur soumission, et les seconds la confirment par leur résistance même : car c'est la gloire de la vérité d'avoir pour blasphémateurs des ennemis qui ne méritent pas de la confesser.

Donc, sans transaction et sans restriction, constituons-nous les humbles disciples de l'infaillibilité pontificale. La meilleure façon de porter les chaînes de saint Pierre, c'est d'accepter les liens que sa parole nous impose, et de nous faire les esclaves de ses enseignements. Et cependant, ô folie! combien d'hommes accordent aujourd'hui plus de confiance à leur journal, à leur système, à leurs coryphées parlementaires ou philosophiques, qu'à ce conducteur surnaturel de l'humanité ! 0 pilote qui connaissez les tempêtes, non les naufrages, recevez-nous pour jamais à votre bord. Faites entendre vos signaux durant la traversée obscure que nous accomplissons, et nous serons confiants, malgré les tourmentes de l'air et de la mer. Aussi bien, l'histoire est pleine des désastres qu'engendre le malheur de ne vous point obéir ; et, tandis que l'excès de la déférence à votre égard n'a pour conséquence que de grandes vertus, les restrictions produisirent de grandes catastrophes. Que votre infaillibilité soit donc notre boussole, car vous avez les paroles de la vie éternelle; et à qui irions-nous en nous séparant de vous? Verba vitse xternœ hahes : ad quem ibimus * .^

1 Joan.j VI, 69.

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