QUI EST VÉNÉRÉE DANS LA BASILIQUE VATICANE A ROME
PANÉGYRIQUE
FA-P^XJTE
Data est mihi ownis poleslas in calo et in terra. Eûmes ergo docele onî?ies gentes, baptizanles eos in nomine Patris, et Filii, et Spirittis sancli, docentes eos servare omnia guœcumqne mandavi vobis.
Toute puissance m'a él& donnée au ciel et sur la terre. Allez, instruisez tous les peuples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et leur enseignant à observer tout ce que je vous ai ordonné. {Matth., xxviii, 18-20.)
Monseigneur *,
Voilà le résumé des attributions dévolues à la puissance spirituelle, voilà l'objet des sympathies et des pieux respects qui nous réunissent autour de cette image consacrée par le culte de tant de générations. Une statue, fût-elle composée de la matière d'un ancien Jupiter Capitolin, et fût-elle un souvenir de la délivrance de Rome sous Léon le Grand, comme on le croit de celle qui orne la basilique vaticane, n'aurait jamais eu son pied de bronze usé par les baisers des pèlerins de tout l'univers, si ce bronze lui-même n'eût exprimé, avec des traits vénérables, des vérités sublimes. Les vérités coulées en métal, aux yeux du monde, par cette représentation symbolique, sont renfermées dans mon texte : Allez, instrui- Sc^y eic.
Mgr Desprez, archevêque de Toulouse.
Comment et pourquoi ce monument de Saint-Pierre de Rome a-t-il été transporté dans Saint-Pierre de Toulouse ? Il est aisé d'en donner l'explication. Il y a deux villes qui se partagent le souvenir et l'amour religieux des populations catholiques, Jérusalem et Rome : Jérusalem, où fut le calvaire du Christ ; Rome, où est son thabor ; l'une qui fut le lieu de sa mort, l'autre qui est le foyer de son immortalité. L'histoire s'étonne des sacrifices que l'Occident s'est imposés, quatre siècles durant, pour la conquête de Jérusalem ; tout le moyen âge est une aspiration ardente vers cette possession ; mais la catholicité, ne pouvant rester maîtresse de la première de nos villes saintes, a reporté presque toutes ses affections sur la seconde. Par une sorte d'usurpation qui a sa raison providentielle, le tombeau des Apôtres a disputé la gloire à celui de Jésus, et l'on se console de la difficulté de faire le pèlerinage du Saint-Sépulcre, en visitant la Confession de saint Pierre.
Il y a plus : le monde catholique, ne pouvant jouir, à sa guise, de ces deux villes si chères à son cœur et si éloignées de ses yeux, a pris le parti de supprimer la distance en les faisant, pour ainsi dire, venir au-devant de nous, pour nous épargner la peine d'aller à elles. De là, l'idée des calvaires et des chemins de croix, qui sont une reproduction de Jérusalem dans toutes les bourgades de la terre ; de là, aussi, l'idée de ces statues de saint Pierre qui sont une multiplication des chefs-d'œuvre et des grâces de Rome chrétienne dans l'univers. Ajoutons que Toulouse n'a pas manqué de réunir les deux capitales de sa foi religieuse au sein de ses murs, déjà célèbres par les reliques auxquelles ils donnent l'hospitalité : car on voit, à l'une de ses extrémités, Jérusalem reproduite dans les stations d'un calvaire très vénéré, de même que l'on viendra visiter, sous cette élégante coupole, Rome personnifiée dans l'image du prince des Apôtres.
Mais que dit à votre foi cette image, à propos de laquelle Grégoire II s'écriait: ce Le Christ m'est témoin que, lorsque j'entre dans « le temple de saint Pierre et que je contemple ses traits, je me sens a pénétré d'une telle dévotion que mes larmes coulent comme la « pluie du ciel » ? Cette image est un abrégé de la majesté de Rome chrétienne, dans ce sens qu'elle en symbolise les principales grandeurs. Saint Pierre est assis dans l'attitude d'un docteur
qui enseigne ; c'est l'emblème de la puissance doctrinale : Ite, clocete. Saint Pierre lève la main pour bénir les générations qui passent devant lui ; c'est l'emblème de la puissance sacramentelle : Bapthantes eos 'm nomine Palris. Enfin, saint Pierre tient en main les clefs du royaume céleste; c'est l'emblème de la puissance gouvernementale : Docentes eos servare omnia quxcumque mandavivobis. En d'autres termes, les trois prérogatives appelées par les tliéologiens : magisterhariy ministerium, imperium, c'est-à-dire, le magistère, le ministère, l'empire de saint Pierre, voilà l'ensemble du pouvoir spirituel tel que Dieu l'a constitué à Rome pour le service de son Église ; voilà aussi les grands attributs que vous devez saluer dans les vicaires de Jésus-Christ en vous inclinant devant cette statue. C'est à vous enseigner ce devoir que je consacre aujourd'hui mon allocution.
Ce n'est point sans émotion que je remonte, après vingt-six ans, sur cette chaire, où je donnai à la ville de Toulouse les premiers bégayements de mon apostolat. En parcourant ce passé déjà long, je compte avec émotion les amis que j'ai perdus ici durant la route ; toutefois, il en est un qui me reste fidèle jusqu'à l'héroïsme, et qui me console des autres, sans me les faire oublier : je veux parler de mon auditoire. Puisse-t-il recevoir de ma parole une édification proportionnée à la gratitude que je lui conserve ! Et daigne la Mère de Dieu seconder mon dessein, en m'inspirant tout ce que l'intégrité de la foi et la vraie piété réclament de vos âmes en faveur de la Papauté ! Ave, Maria.