PREMIERE PARTIE
Tous les saints ont des rapports étroits avec le Dieu fait homme, en ce sens que la sainteté, en général, n'est pas autre chose que la ressemblance plus ou moins parfaite avec Jésus. Mais Ignace ressemble à Jésus par les vertus comme les autres saints, et aussi par les diverses phases de sa vie ; ce qui lui est propre et le marque d'une physionomie à part. De cette sorte, dans la destinée du disciple comme dans celle du maître, je découvre cinq accidents identiques: un désert, une vie publique, un Thabor, un Calvaire, et une résurrection. Quelle que soit l'étrangeté de ces termes, je maintiens la réalité des rapprochements qu'ils expriment, et j'en appelle au développement pour leur justification.
Le désert est, dans l'ordre divin, le creuset des âmes prédestinées et la patrie des futurs sauveurs des peuples. Les grands hommes sont le produit des civilisations où ils naquirent, les saints viennent souvent de la solitude. Dieu aime à façonner ses chefsd'œuvre loin du monde, afin que le monde ne puisse pas se les attribuer ; aussi à peine Ignace est-il converti, qu'il est conduit par l'Esprit, à l'exemple de Jésus, dans un lieu séparé : Ductus est in desertum a Spirilu *. Vous savez comment cela se fit. A trente-trois ans, malade d'une blessure glorieusement reçue et vaillamment endurée, il demande un roman pour se distraire, et on lui donne une Vie des saints ! Comme il s'entendait en vrai courage, cet énergique gentilhomme qui faisait fracturer sa jambe, après la guérison d'une première dislocation, pour être plus élégamment redressée, il trouva les saints plus grands que les cheva-
1 Matth., IV, 1.
iiers ; et constatant, leur histoire en main, que le désert est l'école de ces héros, malgré les répugnances de l'orgueil et de la chair, il part pourManreza.
La principale opposition qu'il subit, en effet, fut celle de l'orgueil. Épris de rêves ambitieux et de gloire militaire, sa difficulté première fut le sacrifice de toutes ces vanités à la fois. Aussi, dès ses débuts dans la perfection, comme le divin Maître, il est porté sur les hauteurs par Satan, qui lui dit : « Sois donc un saint illus- « tre au milieu des cours, non un mendiant méprisé à l'hôpital ; il ft vaut mieux convertir le monde que l'effrayer ou le faire sourire. « Eh ! pourquoi livrer aux insultes de la populace un honneur de « famille quêtes ancêtres ont acheté au prix de leur sang? Ad'au- « très les folies de la Croix et les exemples repoussants du désert ; « toi, demeure un chrétien poli et chevaleresque dans les palais des c( rois: et bientôt les âmes, la gloire, l'influence dans l'État et dans a l'Église, t'appartiendront. Jîa?c omnia tibi dabo, s^i cadens adorave- « ris me ^ » Voulez-vous connaître l'attitude d'Ignace devant cette captieuse tentation? Son avenir va nous l'apprendre.
Quel est ce mendiant mystérieux que les enfants attroupés poursuivent de leurs huées dans les rues de Manreza? C'est un ancien preux renommé dans les batailles, qui brave aujourd'hui les insultes, comme autrefois il allait à l'attaque, avec un bonheur de triomphateur. Quel est ce prédicateur de l'hôpital en qui de vagues bruits signalent un grand seigneur déguisé ? C'est un chevalier cantabre qui contrefait la vulgarité, et la folie quelquefois, pour tromper la curieuse admiration attachée à ses pas.
Et qu'on ne lui envoie pas dire, du château de Loyola, de ne point manquer de respect à son nom. Sa noblesse, aujourd'hui, c'est l'ignominie de son divin Maître. Il la veut, non point pour le mérite qu'elle procure, mais pour l'amour de Celui qui l'a portée le premier. Ah ! jadis sa passion dominante fut l'ambition de monter ; maintenant son ambition a changé de cours, comme les fleuves dont on détourne la pente : au lieu d'aspirer aux sommets, elle se précipite vers le bas. Aussi, laissez-le faire, cet orgueilleux en réaction contre lui-même : il creuse dans l'abjection volontaire jusqu'à des
1 Matth., IV, 9.
profondeurs inouïes. Satan a essayé de l'arrêter sur le chemin du sacrifice par des séductions d'amoiir-propre ; voici les réponses qu'il lui fera.
S'il est ravi en extase, en s'éveillant de ce sommeil de séraphin, il se fait répéter : « Souviens-toi de tes péchés. » Si on lui demande ce qu'il ordonne en sa faveur après sa mort, il voue son âme à Dieu et son corps aux animaux immondes. Si on le traite de saint, il gourmande et il punit celui qui profane la sainteté en la lui attribuant. S'il a des familiers initiés aux beautés de son intérieur, il prie le Ciel de les faire mourir avant lui, afm que leur indiscrétion ne soulève point, sur sa tombe, le voile dont il couvrit ses vertus. Ah ! je ne suis point étonné qu'Ignace soit un des saints les plus insultés par les mépris du monde : y en a-t-il un qui les ait plus fièrement méprisés ? Et cependant, ce n'est point des injures du monde que je vous demande pardon aujourd'hui, ô sublime patriarche ! c'est de mes louanges, car vous avez tout fait pour les rendre impossibles ; et tandis que nous cherchons les applaudissements par des mérites empruntés, vous avez essayé de mutiler votre histoire, pour vous préserver de notre admiration.
La seconde tentation que notre saint essuya au désert, comme Jésus, fut celle de l'immortification : Die ut lapides isti panes fiant^. Un jour, épuisé de fatigue et dévoré par la fièvre, il s'abat sous les voûtes humides de sa grotte isolée. Tandis que le Galdenero coulait auprès avec ses murmures accoutumés, et que les alentours respiraient cette sérénité riante dont le charme les faisait surnommer vallée du Paradis, le solitaire de Manreza tombe dans une sorte d'agonie ; et, durant cette défaillance, une voix de l'enfer ne cesse de lui répéter : « Ta vie est un effort contre nature, qui te confondra a sans glorifier Dieu. Épargne donc ton corps, dans l'intérêt même a de ton âme; ou ton austérité sera un suicide stoïque, au lieu d'un c( martyre chrétien. » Certes, si le défaut caractéristique d'Ignace, c'est l'ambition, son avantage non moins distinctif, c'est l'énergie: aussi le démon de la sensualité sera encore plus honteusement repoussé de ce désert que le précédent.
Pson, non, prudence de la chair, conseils suborneurs des sens,
1 Matth., IV, 3.
PANÉGYRIQUl' DE SAINT IGNACI' 1)1^ LOYOLA. 113
n'essayez pas de le désarmer, ce pénitent courroucé contre son corps. Trente ans d'égarement sont présents à son esprit; il a de nobles vengeances à tirer de son passé. Aussi, dès qu'il a parcouru la Vie dessainls, cette sublime épopée du christianisme le ravit; et, en voyant passer sous ses yeux ces géants de la souffrance volontaire, tantôt exténués déjeunes, tantôt couverts de chnînes de fer, tantôt couchés sur la pierre nue, tantôt ensevelis dans les cavernes de la terre, il dit à cette armée d'ancêtres dans la mortification, anachorètes, solitaires, martyrs sans nombre des combats de l'esprit contre la chair: Je réunirai toutes vos vies dans ma vie. Et, en effet, le voilà qui fait de ses exemples un abrégé de la Thébaïde, comme un résumé de l'hagiographie catholique par laquelle il fut converti.
Plus tard, on parlera beaucoup des miracles de ce fondateur; mais déjà la science a déclaré que sa vie de Manreza, avec une caverne pour séjour, la terre gelée pour lit de repos, un seul repas de pain noir et sept heures d'oraison à genoux par jour, constitue le plus grand des miracles. C'est en vain que la nature se révolte d'être si cruellement domptée par lui et le menace d'une ruine prochaine s'il ne se ménage pas : lui sait que le creuset de la pénitence développe les hommes au lieu de les diminuer. Arrière donc la sagesse qui lui demande grâce pour le corps ! Il se confie en Dieu, et il ne craint rien des vicissitudes de la chair : In Deo speravl .• non timeho quid facial mihi caro *.
0 générations énervées de mon temps, contemplez ce Jean-Baptiste en son désert. Vous ne vous mortifiez pas, parce que vous ne pouvez pas, dites-vous: eh ! n'est-ce point à cause de vos immortificalions mêmes que vous pouvez si peu de chose? Il y a des trésors de force dans la nature, qu'un jeûne et quelques coups de discipline font éclater. Le parfum a besoin d'être broyé pour se répandre, et l'homme, d'être mis au pressoir, pour exprimer sa grandeur intérieure. Remettons donc la chair sous nos pieds, les âmes se relèveront; qu'il y ait moins d'épicuriens parmi nous, on comptera bientôt plus de héros.
Et remarquez que, lorsque Ignace crucifiait ainsi ses sens, il
^ Ps. LV, 5.
n'avait plus à punir leur rébellion. On dit qu'en vertu d'une grâce qu'il avait voulu répandre sur son enfance immaculée pour la consacrer, Jésus communiquait le don de chasteté à ceux qui venaient l'admirer. Ignace participa à cette miraculeuse faveur : car, un jour, Marie lui apparut tenant le divin Enfant ; elle le plaça sous son regard, et, à cette contemplation purifiante, la fougue de l'ancien page de Ferdinand de Castille s'éteignit ; il ne resta plus en lui qu'un ange vivant dans un corps transfiguré. Ainsi, tandis que, selon l'Évangile, c'est par la pureté de cœur que les amis de Dieu méritent de le voir, c'est par la vision de Dieu que la pureté d'Ignace est achevée. Mais nous, qui ne pouvons aspirer à la même vertu par le même privilège, au moins tâchons d'y arriver par l'imitation de cet austère désert. Les âmes innocentes sont plus belles; les âmes trempées dans les eaux de la pénitence sont plus aptes aux grandes choses, après avoir été fécondées par les grands remords.
La mortification et l'humilité furent la part d'Ignace envers Dieu dans la solitude ; quelle sera la part de Dieu envers Ignace? Il est écrit que, lorsque Jésus eut souffert la faim au désert, les anges descendirent du ciel pour le servir. Après ses heures de tentation et de combat, notre patriarche, lui aussi, reçut des visites célestes, et son livre des Exercices peut être regardé comme le fruit et l'inspiration de ce commerce. Semblable au prophète placé dans le trou de la pierre pour contempler la gloire de Dieu, du sein de son obscure caverne, Ignace voit des choses ineffables; et, à ce spectacle révélateur, il monte en quelques bonds, de la licence des camps, au troisième degré d'humilité. Du haut de ces sommets, il lève le plan géographique des chemins par où ily arriva; et, sublime pionnier de cette voie inexplorée, il en marque les stations et les accidents. Ainsi, pendant que les navigateurs espagnols découvrent des continents et des mers inconnus, lui, explorateur de l'infini, mesure les distances qui séparent la vertu chevaleresque de la perfection chrétienne ; et les notes de cette traversée au long cours forment le livre peut-être le plus divin que je connaisse après les livres inspirés.
Oui, le plus divin: car, pour celui-ci, les autres livres n'ont rien fourni, c'est l'Esprit de Dieu qui a tout dicté. Plus ou moins, les autres sortent des bibliothèques, qui sont les archives de la parole de
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l'homme ; celui-ci est un fruit delà solitude, où Dieu seul est entendu. C'est pourquoi, quand je parcours tous les chefs-d'œuvre du génie, depuis la Cité de />/>/^ jusqu'îi la Somme de saint Thomas, je n'en trouve pas un dont je fusse aussi heureux d'être l'auteur. Aucun n'a, au même degré, remué, passionné et amélioré le monde. C'est dans la méditation de ces pages que se renouvellent, à Trente, les rénovateurs de la catholicité. Par elles la discipline monastique refleurit, les taches de la maison de Dieu s"effacèrent, l'épiscopat représenté par saint Charles Borromée dit en les feuilletant : Voilà toute ma bibliothèque! Aussi, quand le nouveau Moïse descendit de son Sinaï de Manreza, tenant en main ces tables de sa loi, il portait la vraie réforme de son siècle ; celle de Luther n'avait été qu'une parodie orgueilleuse, bouffonne et impie. Ducam eam in solitiidinem, et loquar ad cor ejus^.
Le voilà disposé pour parler aux hommes, celui à qui Dieu luimême vient de parler. Comme Jésus, Ignace s'est recueilli loin des foules ; son heure est venue de les évangéliser. Suivons-le de son désert à sa vie publique et à son apostolat.
L'apostolat est un enfantement, selon cette expression célèbre de saint Paul : Filioli mei, quos itei-umparturlo, d on ec forma fur Christus in vobis -. Or l'Eglise seule enfante sans douleur, parce qu'elle est immaculée comme Marie et comme l'humanité à sa naissance ; mais l'Apôtre, ayant participé à la déchéance du premier père, multiplie les enfants de Dieu dans un labeur à part : car cet engendreuicut ne s'accomplit d'une manière très efficace que par l'union d'un prêtre avec ces trois austères compagnes de son ministère : la liberté du cœur, la pauvreté et l'obéissance.
Oui, plus un apôtre est libre des liens du sang, plus il est apte à la génération des âmes ; plus il délaisse ses proches naturels, plus il voit s'accroître sa postérité spirituelle, conformément à cette promesse : « En échange de vos parents que vous avez sacriiiés, o: Dieu vous donnera des fils a : Pro patribus nali sunt tibi filii '^.
1 Osée, II, 14.
2 Galat. IV, 19.
2 Ps. XLiv, 17.
Ignace le savait bien : aussi, à trente ans, il quitte le toit de ses ancêtres pour une hospitalité mendiée chaque soir sur la route. Quand ce toit est dépeuplé par la mort, il envoie des inconnus en prendre possession à sa place. Plus tard, sa postérité revêtira de marbre et d'or les murs de cette demeure ; mais jamais le château de Loyola ne sera honoré par la magnificence de vos décorations, mes Révérends Pères, autant qu'il le fut par l'abandon de votre patriarche : la plus grande gloire qu'il lui procura, ce ne fut pas d'y naître, ce fut lie n'y vouloir ni vivre ni mourir.
Une seconde condition pour être puissant dans l'apostolat, c'est d'être pauvre : si la fortune est aujourd'hui la séduction des cœurs, c'est la pauvreté qui reste l'aimant des âmes. Les vrais thaumaturges de la parole convertissante sont ceux qui peuvent dire avec saint Pierre : « De l'or et de l'argent, je n'en ai pas ; mais ce que « j'ai, je le donne : au nom de Jésus-Christ, je vous le commande, (c levez-vous et marchez. » Or, voulez-vous savoir quels étaient les trésors de notre étrange prédicateur? Mendiant, il en nourrit d'autres du superflu que l'aumône lui donna; pèlerin, il abandonne sur le rivage l'argent qui le dispenserait de tendre la main durant la traversée. On peut dire que, durant sa vie publique, il ne se départit de la prudence que dans l'cKercice de la pauvreté ; et tandis que saint François l'appelait son épouse, il lui donna le doux nom de mère.
Enfm, pour exercer un grand empire sur les âmes, il faut être obéissant ; car les forts aiment à se rendre dans les mains de ceux qui ne sont rien, d'après cette loi connue : Dieu choisit l'infirmité 'pour terrasser la puissance. Eh ! qui pourrait dire à quel degré Ignace porta l'héroïsme de cette abnégation ? x\u milieu d'un monde que la révolte menace de faire crouler, il inaugure ce principe de réédification : l'obéissance à la façon des cadavres ; et il pratique si bien cette théorie effrayante, qu'il se déclare prêt à s'embarquer au premier signe du Pape, sur un vaisseau sans pilote et sans voiles, sans provisions et sans agrès. Aussi, fort de cette triple puissance, il était populaire, ce prédicateur que les écoles n'avaient point formé ! Pour nous, l'apostolat peut être, si nous ne sommes pas surnaturels, une délectation de l'amour-propre, un dilettantisme de la parole ; mais comme il était peu exposé à la tentation
de l'art pour Tart, ce catéchiste de la place publique, se faisant du mélange de toutes les langues de l'Europe un idiome universel, un bégayement cosmopolite où le style était remplacé par l'amour : verbe de Pentecôte, qui rendait à la fois Ignace étranger à tous les pays par la grammaire, mais citoyen de tous les pays par l'asile assuré que sa parole trouvait au fond des cœurs !
Qui dit apostolat, mes frères, ne dit pas seulement un enfantement, il exprime l'idée d'une conquête : or, par l'ampleur de ses vues et par l'immensité de ses ambitions, Ignace était de la race des conquérants. Dès les premiers jours de sa conversion, il conçoit le dessein de refaire la carte du monde catholique, et il se recueille en mesurant la vaste étendue de la terre : Stetit, et mensus est terrain ^ La terre ! les potentats de cette époque désirent en connaître les limites pour la subjuguer; les navigateurs, pour la décrire : Ignace ne la convoite que pour la donner à Jésus-Christ. Mais l'Enfer a peur de ses aspirations, et tâche de les déshonorer. Aussi toutes les passions, depuis la haine la plus stupide jusqu'à l'envie la plus cauteleuse, se coalisent contre les envahissements d'un tel apostolat. Quand Ignace ne s'occupe que de sa sanctification personnelle, le monde le laisse en paix ; quand il travaille au salut du prochain, le monde devient à son égard cruellement persécuteur. C'est que déjà on sent en lui ce pouvoir mystérieux pour le bien, qui excitera bientôt la superstition de la répulsion chez les méchants, celle de l'envie chez les bons, celle de la terreur dans les cours des rois, et celle de la défiance, parfois, jusque dans les conseils de la Papauté.
Néanmoins, Ignace poursuit sa marche conquérante contre tous les scandales du siècle, peu soucieux que la perversité des hommes tire le scandale de sa conquête elle-même. J'ai vu son apostolat représenté, dans l'église du Collège romain, sous la splendide allégorie d'un chef de famille rehgieuse qui emprunte des flammes au Cœur de Jésus, et qui, faisant passer sa torche incendiaire à ses enfants dispersés, embrase de ce feu divin toute la terre ; mais je l'ai admiré, surtout, dans une page non moins éloquente, quoique plus modeste. C'était dans la chambre où Ignace rendit le dernier sou-
^ Habac, m, G.
dis MÉLANGES ORATOIRES.
pir, changée depuis en chapelle de dévotion. Là, on lit, sur une ïenille de papier noircie par le temps, le pacte de société par lequel le saint fondateur et ses premiers compagnons s'engagent au service des âmes. Certes, quand on aperçoit, au bas de ce contrat, la signature de François-Xavier, tracée de cette main qui allait bientôt baptiser tant d'infidèles, on y colle ses lèvres avec amour, et l'on dit en son cœur : Voilà un serment qui n'a pas été violé ! Mais quand on découvre, tout à côté, cette signature d'Ignace, que Xavier lui-même baisait à genoux, alors l'admiration se détourne, et, rapportant au père la gloire de tous ces apostolats nés du sien, on s'écrie avec une piété émue : a 0 patriarche ! c'est par vous que a vos fils ont reçu de si iécondes bénédictions ! » Benedixit f'diis tiiis in te *.
Durant sa vie publique, Ignace, toujours semblable à Jésus, se reposait quelquefois sur le ïhabor. Notre paradis ne devant être autre chose que la vision de Dieu dans la lumière de la gloire, pour nous rattacher à cette espérance. Dieu envoie quelquefois à notre monde quelques clartés de l'autre : tantôt il lève un coin de son voile sur le Sinaï, tantôt il resplendit sur la cime du Thabor, tantôt il découvre ses traits aux yeux dé certains confidents privilégiés ; et la nouvelle de ses apparitions, transmise de génération en génération, conserve ici-bas la mémoire de sa beauté et le désir de sa possession. Ce seuil sacré, cette station glorieuse d'où l'on plonge sur les magnificences divines, semblable à cette colline de la captivité d'où les Juifs exilés apercevaient Jérusalem, s'appelle l'extase. Parmi les saints, nul ne jouit autant que celui-ci de cette familiarité du Seigneur ; et, par un contraste dont la grâce seule donne l'explicalion, nul n'eut, au même degré, le génie des combinaisons profondes et l'àme d'un voyant.
Maintenant, j'en viendrai à vos révélations, ô séraphique fondateur ! Et, à ce récit sublime, que vos détracteurs sachent combien ils vous ont mal compris. Ignice fut ravi, d'abord, jusqu'à l'extase des prophètes. De môme que David eut, par avance, une lointaine
^ Ps. C.XLVII, 2.
PANÉGYRIQUE D\i SAINT I(iNAC7. DE LOYOLA. 119
vision de Tarchitecture du temple, il aperçoit, par intuition surnaturelle, le plan de la société qu'il doit fonder. Il reçoit plus de quatre-vingts visites miraculeuses de Jésus et de iJarie, après lesquelles l'avenir devient transparent à ses yeux ; et c'est lui-môme qui, en descendant de son troisième ciel, certifie ces faveurs qu'il ne sait pas raconter. Il est ravi encore jusqu'à l'extase des honnnes inspirés. Quand il travaille, une langue de feu est aperçue sur sa tête ; et, tout comme les clercs de saint Augustin s'arrêtaient au seuil de sa chambre, de peur de troubler sa méditation, ainsi, pendant qu'Ignace écrit ses constitutions, un religieux se place à sa porte pour que nul ne vienne interrompre son tête-à-tête avec Dieu.
Enfm, on peut dire qu'il fut ravi jusqu'aux transports des anges. Souvent il fut regardé comme un diplomate de l'Église, comme un Machiavel du mysticisme, en qui la politique étouffe la sensibilité : révoltante iniquité d'insulter la prudence des saints, sous prétexte et par ostentation de grands sentiments ! Combien de comédiens de loyauté ont attaqué celle d'Ignace, pour faire croire à la leur ! Eh ! quel cœur exhala, dans l'ordre surnaturel, des amours plus ardents que les siens ? L'Eucharistie est sa première tendresse, et il perce, aux murs de sa cellule, une ouverture qui plonge sur le tabernacle, pour passer sa vie sous la garde de son bien-aimé. En descendant de l'autel, comme un chérubin enivré, il tombe dans une sorte de pâmoison ; et pendant deux heures, les siens n'osent approcher, de peur de troubler ce sommeil de bienheureux : Neque evujilare faciails dilectum ^ Vers la fin de sa vie, il ne célèbre plus que de deux jours l'un, pour se reposer de ses émotions et mieux soutenir le poids de son bonheur en le diminuant.
Mais quel est ce bruit qui agite tout à coup sa demeure silencieuse? Ce sont les Pères qui se convient à venir contempler Ignace élevé en extase à la vue d'un parterre émaillé de fleurs. Ne vous étonnez pas : il entend, dit-il, un concert au fond de son àme, et depuis longtemps il aurait succombé à l'ivresse de son ravissement, si le même amour qui menace sa vie ne l'empêchait de mourir. Ensuite, quand il quitte ces hauteurs, languissant et dépaysé, il pleure comme un ange tombé du Paradis, et il tres-
' Gant., II, 7.
saille il l'espoir de bientôt y remonter. Alors, haletant, n'en pouvant plus de la mélancolie de l'exil, il gravit le sommet d'une tour qui domine sa demeure; et là, embrassant de vastes horizons, appelant l'infmi dans ce cœur que le mal de l'infmi dévore, il s'écrie : « Comme je prends à dégoût la terre, quand je regarde « le ciel ! » Quàmsordel terra, cum cœlum asplcio /En un mot, il passait si bien ici-bas comme un homme de l'autre bord, et l'on trouvait ses pensées et ses désirs si pleins du ciel, que, d'après l'opinion de ses premiers enfants, un archange avait été préposé à la garde de son âme. 0 sublimes tristesses ! ô touchante nostalorie des saints ! comme vous confondez les inclinations rampantes de notre cœur ! Brisez donc, mes frères, les liens qui vous attachent au sol ; montez par la pensée au Thabor des grands contemplatifs, et, jetant de là un regard sur ce monde où votre âme s'emprisonne, dites-moi si vous ne le trouvez pas vide comme un désert : Aspexi terrain, et ecce vacua erat '.
Après le Thabor vient le Calvaire, dans la vie d'Ignace comme dans celle de Jésus. 11 est écrit que, durant sa transfiguration, Jésus parlait avec Élie et Moïse de sa Passion prochaine. Cette coïncidence avait un sens prophétique : elle exprimait que, dans toute destinée illuminée par les clartés du Thabor, bientôt se dresserait un Calvaire, et Ignace est bien moins renommé par le premier de ces caractères que par le second. Ce ne fut pas, d'ailleurs, sans une mystérieuse prédestination qu'il fonda sa Compagnie dans h modeste église du Mont-des-Martyrs plutôt que dans tant de superbes basiliques ; une indication providentielle se déoaf'eait de cette circonstance : c'est que le fondateur et la fondation seraient à jamais marqués des stigmates du martyre.
Et d"a!)ord, à l'ouvrier et à son œuvre le martyre de la contradiction. Étrange mélange de pour et de contre, que la vie et la mémoire de ce grand lutteur ! Dès qu'il parle, les uns disent de lui, comme de Jésus : « Il faut le faire roi » ; les autres disent : « Il faut le lapider ». Les uns s'écrient : a II est bon » ; les autres répondent : a II ne l'est pas ». Rome le proclame un second Paul ;
1 Jerern., iv, 23.
Alcala le condamne comme novateur dangereux. Heureusement, la persécution est sa force plutôt que son obstacle : car, pendant qu'on le mène en prison, il est rencontré pour la première fois par le fils du duc de Gandie, et c'est la séduction <le ses chaînes qui attire à la Compagnie François de Borgia. Un jour, on le surprend le visage abattu : il s'attristait parce que, dans une province, les affaires de la Société réussissaient trop bien. Aussi il choisit comme grâce de son ordre la béatitude de ceux qui souffrent pour la justice ; et quand on lui demande ce qu'il souhaite à ses enfants après sa mort, il leur lègue cet héritage effrayant : (( Beaucoup de persécutions- » 0 Père ! votre dernière bénédiction a porté son fruit ; vous avez passé tout entier dans votre postérité, avec votre caractère de signe de contradiction : car toujours elle sera reconnaissable à cette ressemblance paternelle, qu'aimée avec passion et haïe de même, elle est posée pour la ruine ou pour la résurrection.
A l'ouvrier et à son œuvre le martyre de la calomnie. De tous les saints, aucun n'a été plus dénigré que saint Ignace ; aucun ordre n'a été aussi vilipendé que le sien. La spécialité des Jésuites, c'est de servir de point de mire aux mensonges les plus effrontés de l'impiété. Sans doute, tous les gens de bien ne sont pas leurs amis, mais tous les méchants sont leurs ennemis. Au temps de saint Ignace, on avait déjà formé une bibliothèque des pamphlets composés contre lui ; Ignace, dans son œuvre, serait enseveli sous les tombereaux d'immondices que les siècles lui versent en passant, si ce limon impur de la terre pouvait monter jusqu'aux gloires du ciel. La calomnie, quand elle s'en prend à lui, se dispense de la pudeur et môme de la vraisemblance. On a répandu sur son compte plus de fables que sur les monstres mythologiques de l'antiquité. Tour à tour poursuivi comme théologien du régicide et séide du despotisme, émancipateur des esclaves en Amérique et organisateur de l'esclavage dans son institut, comme prédicateur du relâchement et soldat de l'intolérance, les témoignages à sa charge ne prennent point la peine de se mettre d'accord ; et, dans le prétoire où il est traduit par-devant le tribunal de l'histoire, comme dans le prétoire oi^i Jésus fut condamné, l'accusation tombe de la haine dans l'insanité, tant l'iniquité se
122 MÉLANGES ORATOIlîES.
ment aveuglément à elle-même ! Convenientia testimonia non erant *•.
A l'ouvrier et à son œuvre le martyre du crucifiement. Crucitiement matériel : car, en moins d'un siècle, trois cents Jésuites périssent de mort violente, soit parmi les gentils, soit parmi les hérétiques; tantôt brûlés à petit feu, tantôt précipités dans la mer, tantôt écartelés, tantôt percés à coups de flèches ; tantôt par la torture de la fosse, tantôt par le supplice de la croix; et cependant la Compagnie a contracté, dans la crypte ensanglantée où elle naquit, un tel goût pour le martyre, que, si l'on cédait au vœu des solliciteurs, assurent ses historiens, la moitié de ses membres partirait pour les missions étrangères. Crucifiement moral : car on peut dire que le désir d'en fmir avec Ignace en sa postérité par le Calvaire fut le délire de tout un siècle. La même époque qui a dit, en parlant de Jésus : « Écrasons l'Infâme ! » a dit, en parlant de l'institut de Jésus : « Qu'il soit crucifié ! »
Autrefois l'empereur Maximin inventa une procédure apocryphe intitulée les Actes de Pilate, la présentant comme un extrait des archives du prétoire à Jérusalem, et comme une flétrissure authentique de la divine innocence de Jésus. Eh bien ! ces Ac/^5 dePilate^ je les ai vus dressés, il y a cent ans, par les jansénistes et par les incrédules, par les rois eux-mêmes et par les ennemis des rois, contre le juste que nous louons aujourd'hui. Tous déclarent à l'unisson que sa vie est incompatible avec le repos du monde; tous renouvellent à son égard la justice des anciens Césars envers les chrétiens. «Êtes- vous chrétien?)! s'écrie avec indignation TertuUien. tt — Oui. — Eh bien ! alors, point de pitié ! tous les crimes sont (c renfermés en celui-là. » Êtes-vous jésuite ? demande à Ignace le dix-huitième siècle. — Oui. — En ce cas, il suffit : vous êtes convaincu de toutes les scélératesses.
Bientôt, d'un bout du monde à l'autre, la conjuration s'organise et les faux témoins s'avancent. La France a dit : « Il est digne de mort » ; l'Espagne, Naples, le Portugal surtout, ont crié à leur tour : (( Supprimez-le et le crucifiez. Reus est mortis: toile eum ^ ». Catherine de Russie et Frédéric de Prusse sont les seuls à deman-
' Marc, XIV, .56.
2 Matth., xxTi,. 66. Joan., xix,, 15.
PANÉGYniQUE DE SAINT IGNACE DE LOYOLA. 123
der ce qu'il a fait de mal : Qu'ici enim mail fecit ^ ? Mais princes et ministres, sectaires et faux frères répondent avec une obstination forcenée : « Il est digne de mort ! » et en l'année 1773, Ignace ayant été livré à ses ennemis et condamné à cesser de vivre, une des plus grandes iniquités que le monde ait vues, depuis le Calvaire de Jésus, fut consommée.
0 noble victime î d'autres vous applaudissent pour avoir élevé le siècle de Louis XIY ; moi, je vous félicite surtout d'avoir subi l'ostracisme du siècle do Voltaire. D'autres ambitionnent vos influences ; moi, je porte envie à votre crucifiement même, car il est la preuve historique de votre ressemblance avec Jésus ; et tandis que tant de faux témoins vous envoient au Calvaire par leurs calomnies, que tant de faux amis vous abandonnent en route par crainte de se commettre, que tant de faux apôtres vous renient au prétoire par mesure de prudence, je suis heureux de vous accompagner jusqu'au sommet de la montagne sainte, devons confesser au pied de votre croix, et de crier avec le centurion aux scribes et aux pharisiens, auteurs de votre crucifiement : « Celui-là était vraiment le fils de Dieu. » Vere Filius Bel erat isie.
Enfin, cinquième analogie entre la destinée d'Ignace et celle de Jésus : une résurrection. Ceci est une marque encore plus exceptionneilo de la carrière de notre saint. Seul, entre tous les fondateurs canonisés, il a été mis à mort dans son ordre ; seul, il est ressuscité. Les instituts se relèvent comme les corps malades, après une crise ; ils ne revivent pas après extinction. Il y eut un grand vide dans l'Église pendant le demi-siècle que la postérité d'Ignace passa au tombeau. La jeunesse catholique, séparée de ces maîtres chéris, les pleurait ; les missions qu'ils évangéiisaient jadis, étaient en deuil; les âmes, privées de ces vingt mille conducteurs, gémissaient orphelines ; leurs collèges pieux étaient remplacés par des universités philosophiques ; enfin, de la même institution où les Jésuites formèrent des génies religieux et bienfaisants, à Paris, sortirent, après eux, Robespierre, Desmoulins^ ïallien et Fréron. Aussi, sur le sépulcre fermé de la Compagnie, Lalande, interprète
1 Matth., xxYii, 23.
de la douleur générale, jetait ces mélancoliques regrets : « Le nom « de Jésuite intéresse mon esprit et mon cœur... L'espèce humaine « a perdu pour toujours cette réunion de sujets occupés sans relàa che et sans intérêt des fonctions les plus chères et les plus utiles « à l'humanité... Je les ai vus de près : c'était un peuple de héros « pour la religion et pour la société. Deux ministres ont détruit ft sans retour le plus bel ouvrage des hommes, dont aucun établis- « sèment sublunaire n'approchera jamais, l'objet éternel de mon « admiration, de ma reconnaissance et de mes regrets *. »
Quarante et un ans s'écoulèrent entre la destruction et la résurrection de la Compagnie ; et cette époque représente une somme de blasphèmes, de crimes et de larmes, qui atteste qu'en l'absence d'Ignace le monde ne fut ni meilleur ni plus heureux. Cependant bien des hommes de foi gardaient cette tombe avec espérance. Quand les ennemis des Jésuites constatèrent eux-mêmes que personne n'avait gagné à une telle suppression, excepté la Révolution et ses suppôts, en présence de ce sol secoué et de tant de lumières éteintes, un sentiment réparateur demanda qu'on levât la pierre sous laquelle Ignace paraissait endormi pour toujours. Déférant au vœu de la catholicité, en 1814, Pie YII s'approcha du sépulcre scellé par la main tremblante de Clément XIV ; de cette voix puissante qui retentit d'un bout du monde à l'autre et qui commande à la mort elle-même, la Papauté s'écria : a Lazare, viens au dehors ! » Lazare, veni foras ! '^et Ignace reparut dans toute la splendeur de sa première vie.
Depuis, pourraient-ils douter de sa résurrection, ces persécuteurs qui demandent pour lui le supplice d'une seconde mort? Non, non, Ignace est ressuscité : car les saintes femmes l'ont revu, les disciples incrédules l'ont confessé, les Madeleines en pleurs le recherchent ; il apparaît à la tête de la jeunesse dans les écoles, à la tête des missions dans les déserts, sans cesse debout sur les remparts de la cité sainte, le premier à prendre les armes et le dernier à les rendre. Ignace est ressuscité : car, toujours posé pour le scandale des politiques sans foi, des peuples et des hommes sans Dieu,
' Année philos., inor. et littér., t. I^'. - Joan., XI, 43.
PANÉGYRIQUE DE SAINT IGNACE DE LOYOLA. 12o
ainsi qu'autrefois il est encore objet d'amour et de répulsion inexprimables. Ignace entin est ressuscité, et sa vie est si peu contestable, qu'elle personnifie, dans bien des cas, celle de TÈglise.
La tolérance qu'on lui accorde, est, pour la religion, la mesure de la sérénité atmosphérique d'un pays : quand il prospère, c'est une preuve que les révolutions sont loin ; quand il est obligé de fuir, comme les hirondeJles à l'approche de l'hiver, c'est une preuve que le ciel se trouble et que les orages montent à l'horizon. En un mot, quand on veut avoir une individualité, une effigie en qui frapper Jésus-Christ, c'est toujours le fils d'Ignace que l'on choisit ; et la meilleure preuve qu'il vit, c'est l'acharnement que ses ennemis mettent à le tuer.
Et non seulement Ignace est ressuscité comme le Christ, mais, — que ses ennemis en prennent leur parti ! — comme le Christ, // ne meurt plus. J'en atteste ses relations étroites avec la Papauté mieux informée : jamais celle-ci pourrait-elle conniver à la seconde exécution du juste qui lui sert de Simon de Gyrène sur le chemin de tous ses calvaires, et remettre au tombeau celui qu'elle en a tiré ? Ignace ressuscité ne meurt plus, j'en atteste la nature même des antipathies qu'il inspire. On ne peut haïr à ce point que le bien, a dit un fort penseur, parce que le bien, devant être l'objet d'un amour ardent, s'il est détesté, doit l'être d'une haine proportionnée ; or, les instituts finissent par leurs vices, non par leur pureté. Enfin, Ignace ressuscité ne meurt plus, j'en atteste cette constatation historique en l'honneur de son œuvre : « Un pape contraint la sup- (c prime, un pape libre la rétablit ; la réhabilitation d'un con- « damné prouve mieux son innocence que sa condamnation ne c( prouva sa culpabilité ^ » Donc, tous les prétextes sont ôtés aux plagiaires de Pombal qui voudraient corrompre au détriment des Jésuites la justice de l'avenir ; et, pour qu'Ignace meure dans ses fils, il faut que le sentiment moral de l'Europe meure avant lui. Mais si telle est, mes frères, la beauté du parallèle entre le fondateur de la Compagnie de Jésus et Jésus lui-môme, quelles ne seront point l'onction et l'instruction renfermées dans les points de contact entre la Compagnie et l'Église ?
1 Vicomte de Bonald.