PROPHÈTE
Nous voici arrivés au point culminant de cette grande existence : c'est l'heure d'en venir aux révélations, dussions-nous offenser les oreilles d'un siècle qui n'y croit pas. La prophétie, dans un sens précis et purement intellectuel, est une vision de l'homme par delà les limites de la nature. François est favorisé de ces intuitions plus qu'angéliques, au point d'étonner les croyants eux-mêmes par le côté merveilleux de son histoire.
Il est averti, dans la prière, de la rencontre prochaine de M'"*' de Chantai ; et quand il l'aperçoit pour la première fois à Dijon, du haut de la chaire, il la reconnaît sans l'avoir jamais vue. Il révèle souvent en confession aux pénitents les péchés qu'ils lui cachent. n annonce, d'une manière précise, Tavenir de certains hommes ; et il semble que la vénérable congrégation de Saint-Sulpice soit née de la bénédiction, accompagnée de promesses, que François de Sales agonisant répandit, à Lyon, sur la tête de M. Olier encore enfant. En passant dans un monastère de Port-Uoyal, il prédit à la mère Angélique que sa maison perdra la foi. On le surprend, au sortir de l'oraison, le visage encore illuminé des feux qui le couronnèrent durant son extase. Enfin, bien des fois, il reçut du Ciel des confidences privilégiées, pendant lesquelles tout un peuple le vit resplendissant du nimbe des bienheureux ; ensuite, quand il descendait de ce Sinaï de la prière dans la vie ordinaire, il répétait avec la nostalgie d'un ange exilé sur la terre : « Plus je regarde le monde, « et plus je le prends à contre-cœur. »
La prophétie, dans un sens moins restreint, n'est pas seulement une vision ; elle est une action qui s'étend par delà les limites de
la nature,carnul n'est thaumaturge sans être prophète, c'est-à-dire, sans voir par avance les choses extra-naturelles qu'il va opérer. Ce don des miracles, qui fut une gloire éclatante de la vie de François, fut surtout une vertu inhérente, tantôt à son tombeau, tantôt à sa mémoire, et forme, dans son histoire, comme une sorte d'histoire à part, dont je trouve un bel abrégé parmi les pièces de son procès de béatification.
a Nous l'affirmons comme témoins, » disent les auteurs de cette déposition, signée par les plus grandes autorités du siècle, ce il a a ressuscité trente-sept morts, guéri dix-neuf sourds-muets, dixft neuf épileptiques, vingt aveugles, cent deux paralysés, sans <i compter les fièvres pestilentielles, plusieurs cas de lèpre, des (c naufrages apaisés, des villes délivrées de la contagion, et toute (( sorte de renversements opérés dans la nature physique et morale a par sa puissante intervention. » Aussi, à cette vue, la dévotion des peuples, impatiente de placer François de Sales sur les autels, demanda au Saint-Siège la dispense des cinquante ans d'intervalle laissés par l'usage entre la mort et la canonisation. Et l'Église, confirmant par son infaillible jugement les prodiges qui précèdent, dit, en étendant la main sur ces glorieuses reliques : Peuples de l'avenir, accourez avec confiance aux pieds de l'apôtre héroïque, du pasteur aimant, du docteur aimable, du puissant thaumaturge de Genève : car par lui les aveugles ont vu, les sourds ont entendu, les boiteux ont marché, les morts sont ressuscites.
Un jour, mes frères, saint François de Sales fut prié de laisser faire son portrait, et il s'y refusa. Mais, ayant appris que le peintre était pauvre et qu'il pourrait retirer un grand profit de cet ouvrage, le saint attendri céda à ses instances, à la condition, néanmoins, qu'il ne poserait que deux heures. Quand le travail fut achevé, le peintre reconnaissant ajouta : « Merci, Monseigneur ! vous m'avez « accordé peu de temps, mais vous venez de me faire une grande (( aumône. » Aujourd'hui, le peintre, c'est moi ; le modèle, je le reconnais, n'a pas assez longtemps posé sous mes yeux ; mais, s'il n'est qu'imparfaitement reproduit, du moins il a fait une grande aumône à mon âme. Puisse la vôtre participer aux fruits que j'ai retirés de cette douce contemplation ! Quel exemplaire plus accessible et plus séduisant pourrait vous être proposé ?
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Je n'en connais pas un qui rappelle mieux la simplicité, les tendresses, la suave amabilité, et ce que j'oserai appeler le naturel de notre divin Maître. Donc, vous qui n'êtes point faciles à l'espérance, parce que vous avez beaucoup péché, emportez de cette fête la ferme confiance qui lui faisait dire : ce Baisons tendrement les « pieds de la justice, mais jetons-nous dans les bras de la misé- « ricorde. » Vous qui gravissez votre calvaire en murmurant, répétez avec lui sous le poids de vos croix : ce Ma chair en frémit, ce mais mon cœur les adore. » Vous qui avez une piété inquiète et troublée par de chimériques aspirations, apprenez de lui à a jeter doucement votre cœur dans celui de Jésus, non à force de ce bras. » Et que tous les orgueilleux de cet auditoire conservent dans leur âme cette déclaration si effrayante pour la nature : a Je ce me suis fait, dans l'oraison, l'idée de mourir sur un échafaud, a et j'étais heureux de sacrifier à Dieu mon honneur avec ma vie. » Enfin, vous tous qui êtes coupables d'aimer trop ou de ne point aimer assez, gravez dans votre âme ce beau témoignage de son histoire : ses deux passions dommantes étaient l'amour et la colère. Quant à l'amour, il lui donna le change en l'appliquant à Dieu, et il comprima si énergiquement la colère, qu'après sa mort on trouva son fiel desséché.
Maintenant, ô vaillant apôtre ! qui avez si généreusement travaillé pour l'àme des autres, accordez-nous d'être plus attentifs à la nôtre ; ô bon pasteur! toujours prêt à sacrifier votre vie, enseignez-nous à sacrifier nos sensualités ; docteur pieux et séduisant ! qui avez écrit tant de saintes et ravissantes pages, détachez-nous des lectures qui dissipent et amollissent, pour nous attirer vers vos ouvrages ; enfin, prophète et thaumaturge du Seigneur ! inspirez-nous la confiance en votre intercession, et faites-nous passer, par la grâce de cette puissante tutelle, de votre imitation sur la terre à votre société dans le ciel. Amen.
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