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LEURS RAPPORTS AVEC NOTRE ÉPOQUE

Mementole operum patrum.. .

Souvenez-vous des œuvres de vos pères. {Mac, I, 51.)

Monseigneur *,

Pour moraliser les individus, il faut leur rappeler la fin de leur existence ; pour relever les institutions religieuses, il faut entretenir et honorer la mémoire de leurs commencements. Les vertus de l'homme, qui sont le fruit des efforts et de l'expérience, s'accroissent avec son âge ; les fondations inspirées de Dieu sortent de son sein, comme Adam et comme l'Église, dans la splendeur de la jeunesse, et ne sont jamais plus belles qu'à leur naissance. Aussi, de même qu'il y a une primitive Église, il y a une primitive Compagnie de Jésus, dont Pierre Lefèvre fut, après saint Ignace, la personnification la plus accomplie, et dont le souvenir est à la

1 Monseigneur l'Archevêque de Toulouse.

fois une des gloires du catholicisme et une de ses plus grandes écoles de vertu.

Qui ne les a lus et relus avec émotion, les débuts de cette milice, s'élevant du milieu des ruines entassées par la fausse réforme pour opérer la vraie, offrant le double miracle de ses vertus et de ses travaux à l'Église déchirée par l'apostasie pour la consoler, et suscitant une noble lignée de grands hommes du bien, destinée à tenir en échec les puissants génies du mal alors conjurés contre la vérité en Europe ? Qui n'a suivi avec amour ces apôtres de la place pubhque et de l'hôpital, n'ayant que leur sainteté pour sauf-conduit, leur bâton de voyage pour appui, leurs chaînes pour recommandation, et qui, en moins de vingt ans, remuent les nations depuis le fond de la Pologne jusqu'à l'extrême Orient, et font chanter le nom de Jésus-Christ dans toutes les langues de l'univers ? Oh ! qu'ils sont beaux les pas d'Ignace sur les chemins qui mènent de Rome à Jérusalem, et ceux de Xavier sur les flots courroucés de la mer des Indes, et ceux de Pierre Lefèvre au milieu des universités et des cours sanctifiées par sa parole, depuis Cologne jusqu'à Coïmbre et à Madrid ! Eh ! quel prêtre n'envia de servir de catéchiste à ces nouveaux Pauls de la renaissance catholique ? Qui n'a baisé avec les respects du cœur, dans l'histoire, la trace de leurs pas ?

C'est de cette sublime légende, où la réalité surpasse le merveilleux de beaucoup d'autres, que je veux déduire quelques moralités utiles à notre présent. La Compagnie de Jésus ayant cela de commun avec l'Église, je l'ai dit, qu'elle est née dans une maturité sans enfance, ses fondateurs ont quelque chose de cette grandeur au-dessus de nature qui caractérise les Patriarches, premiers pères de la race humaine, et les Apôtres, premiers aïeux des générations chrétiennes. Vrais géants de l'apostolat, de la science et de la sainteté, ces fondateurs confondent quand on les mesure, ils écrasent quand on les regarde de près, et nous leur trouvons des proportions en quelque sorte préhistoriques, par où ils sont, à la fois, la terreur et le remords, l'épouvantail et le stimulant de notre lâcheté. Eh bien ! donnons-nous la leçon de cette contemplation, et prouvons-nous à nous-mêmes, par comparaison, notre petitesse : c'est encore une manière de n'être pas trop indignes des saints que de s'en reconnaître très éloigné.

Saint François de Sales m'a fourni le plan d'un beau panégyrique en déclarant Pierre Lefèvre le premier prêtre, le premier prédicateur et le premier théologien de la Compagnie primitive : si je voulais étudier celle-ci comme mère des prêtres, des apôtres, des théologiens les plus admirables que le monde eût vus depuis les jours de saint Dominique et de saint François, quelle mine j'ouvrirais d'aperçus et d'exemples instructifs ! Mais les misères de notre époque doivent profiter des enseignements que les premiers fils de saint Ignace nous envoient. Ce sont donc les à-propos qu'il y a dans l'exhumation de ces saintes mémoires, c'est le rapport qui existe entre leurs influences et les besoins de notre siècle qui vont faire le sujet de ce discours.

Deux symptômes tristement significatifs résument nos abaissements actuels : aberration et prostration. Aberration dans les idées, et dans un très grand nombre d'idées; prostration dans les espérances, et dans les plus indispensables espérances. Les souvenirs de la Compagnie primitive sont un correctif providentiel de telles déchéances, en ce sens qu'ils offrent à nos aberrations un principe de redressement, à nos prostrations un principe d'espérance.

En ouvrant devant vous ces glorieux tombeaux, et en montrant les reliques de ces grands ancêtres, je sens ma main trembler de respect et d'appréhension. C'est que ma difficulté n'est pas seulement de m'élever jusqu'à mes héros; j'ai encore celle de ne pas rester trop au-dessous de mes sentiments pour leur famille. Daigne la Mère de Dieu m'être propice dans une tâche où sa gloire est intéressée ! car la Société de Jésus fut confiée à Notre-Dame des Martyrs dès le berceau, et les choses que je vais exposer sont l'histoire de sa protection et de ses bienfaits. Ave, Maria.

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